‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 2)Chapitre 238 sur 470 · A M. DE HARLAY · texte numérisé non relu

A M. DE HARLAY

PROCUREUR GÉNÉRAL Ai: PARLEMENT DE PARIS.

{Lettre originale.}

Versatile», 9 k mars 1671.

Le Roy ayant accordé au sieur Lully*, intendant de la musique de sa 1 On trouve à la Bibliothèque Impériale , 1 Ce furent de* ouvrier» anglais qui

dans le volume 1 70 hi» , fol. 3g3 . dos Mélange» Iruisirent ce» yachts, mais on envoya de France CoVwt, une note adressée par Perrault à Col- des sculpteurs et de» doreurs pour les dë-

bert, le a6 août 1675, sur le» petits yachts

venus d'Angleterre et destinés au canal de Ver- » Voir III , Marine, pièces n~ 3*7, 373 el

sailles. Perrault termine en lui disant que le notes.

charpentier Cliquin a beaucoup ndmiré la ma- * Jean-Baptiste Lully, né à Florence, sur-

rhine donl on s'est servi pour transporter ces intendant de la musique du roi. Mort à Paris,

yachts. en mars 1 G87, à l'Age de cim

SCIENCES. LETTRES, BEAUX-ARTS. BATIMENTS. :m

rhambre, le privilège des opéras en musique ' que Sa Majesté avoil donné auparavant au sieur Pcrrin2, ledit sieur Lully a représenté à Sa Majesté que les marquis de Sourdéac3 et de Champerron1, et les sieurs de Sablières et Guichard5 se sont opposés a l'enregistrement de ses lettres, quovque les sieurs de Sourdéac et de Champerron n'ayent aucun droit dudit Perrin el que les autres soyent porteurs d'un écrit fait entre Perrin et eux, qui ne leur donne aucune part en ce privilège et est mesme détruit par une contrelettre.

Le Roy estant persuadé que si le sieur Lully veille à la conduite de cette académie, Sa Majesté et le public en pourront avoir de la satisfaction, m'a ordonné de vous faire sçavoir qu'il souhaite que celte affaire soit jugée le plus tost qu'il sera possible et que vous luy donniez des conclusions favorables, autant que la justice vous le pourra permettre r\

(Bibl. Imp. Mm. Lettre* à M. de HarUf,, Fr. t7.4i3, pière n* o»6 )

1 Nous publions à V Appendice les lettres patentes qui furent alors accordées à Lully.

* Pierre Perrin, né â Lyon. En 1 65g, il acheta la charge d'introducteur des ambassadeurs près de Gaston, duc d'Orléans, et fit représenter son premier opéra, La Piutnrale. Le a8 juin 1 669, il obtint le privilège de faire jouer des opéras en France et de fonder une académie de musique. — Ce privilège se trouve à la Bibl. Imp. Fonda Noritmart, vol. III', fol. 109. — Pcrrin mourut le aô avril 1 675, a l'âge de cinquante-cinq ans.

3 Le marquis de Sourdre possédait le château de Ncubourg en Normandie. Comme on parlait beaucoup de lui, à la suite d'une grande représentation qu'il y avait donnée pour célébrer le mariage de Louis XIV, Pcrrin lui confia la construction et la direction des machines nécessaires à l'acadeniiede musique. Mais Perrin , «'étant brouillé avec Sourdéac et ses autres associés, chercha â se débarrasser d'eux. A cet effet, en mors 1679, il céda son privilège à Lully, qui en obtint la confirmation par arrêt du 1 h avril. — Le marquis de Sourdéac mourut dans la misère.

' Financier. Après avoir fourni a Pcrrin

les premiers fonds pour son entreprise, il s'en retira quand il vit qu'elle ne lui rapportait pas ce qu'il avait espéré.

* Henri Guichard, intendant des bâtiments et jardins du duc d'Orléans. — Nouspublionsà Y App*ndie* le privilège qu'il obtint en août 167A P°"r fonder une académie royale de spectacles.

* L'affaire traînant en longueur, le Roi donna ordre à Lully de commencer les représentations, en attendant le jugement à intervenir sur les oppositions formées par les sieurs de Sourdéac et de Sablières. De son côté, Colbert recommanda de nouveau cette aflaire à M. de Harlay, à qui il écrivit le a 4 du mois suivant :

cSa Majesté désire que vous donniez audit sieur Lully toute l'assistance et la protection qui dépendra de l'autorité de vostre charge. A quoy elle est bien persuadée que vous serex d'autant plus porté que l'expérience du sieur Lully ne luy laisse pas lieu de douter qu'il ne s'acquitte mieux de ces ouvrages que tous ceux qui y ont jusqu'à présent travaillé.-» ( Hep. le romm. 107a, fol. laft.)

:m SCIENCES. LETTRES, BEAl'X-AKTS, BATIMENTS.

( D'après wtt copie fait»- sur l'original.)

Versailles, 4 may 167a.

Je diray pour bonnes nouvelles à Vostrc Majesté que les murs des réservoirs se sont trouvés bons dans leur alignement et leur plomb2, en sorte qu'il n'y faudra point toucher.

La balustrade a esté poussée par la gelée du pavé; j'ay fait lever le pavé en ma présence, et aussytost celte balustrade s'est remise sur son plomb.

Je fais travailler à resserrer les rhaisnes et les ancres, et restablir les pierres et le ciment du pourtour, ot aussytost on y mettra l'eau.

Marée, le jardinier, est mort; Colinot3 demeure seul. L'on demande si Vostre Majesté veut qu'il demeure seul chargé de l'entretenement entier du petit parc, avec toutes les augmentations que Vostre Majesté y a faites et y fera, ou si elle voudroit en donner une moitié à Henry4.

Si Colinot demeure seul, il aura plus de facilité, en ce qu'il n'est pas aysé que deux hommes soyent dans l'intelligence qui est nécessaire pour le service, joint que gagnant quelque chose de plus, il aura plus de courage à s'appliquer à faire son devoir.

Il y a à craindre qu'il ne puisse sullîre à une si grande quantité de diiïérens ouvrages. C'est la seule raison qui peut convier Vostre Majesté a séparer ce travail. J 'attendra y ses ordres sur cela5.

J'ay trouvé l'un des chevaux de l'Apollon couché sur lo costé, ce qui m'a extrêmement surpris. L'on travaille à le restablir.

J'ny estably le sieur Lefèvre6 pour servir de contrôleur; comme il a plus

' Les minutieux détails donné* par Colbert , dans ces mémoires à Louis XIV sur les bâtiments, ont un intérêt particulier. Beaucoup d'autres mémoires du même genre durent être adresses au Roi. Il est bien regrettable qu'il n'en ait été conservé qu'un très-petit nombre. Nous reproduisons tous ceux que nous avons retrouvés.

• Pour «aplomb.»

1 Jean Colinot, jardinier du petit parc de Versailles. — En novembre 167 1 , il figure sur les Regùtres de$ dépense» dm bâtiment* du roi . pour une somme do 56o livres, montant «l'une fourniture de 3able pour les citernes.

* Octavien Henry, jardinier du roi, était particulièrement préposé a la recherche des

fleurs, plantes et arbustes. En 1 67 1 , il fut envoyé en Normandie pour choisir et enlever dans les forêts des ifs destinés aux jardins royaux. En mars 167a , il alla à Avignon acheter 10,000 oignons de tubéreuses pour 1,967 livres, et au mois de décembre de la même année, il recueillit 7,000 épicéas en Daupbiué.

1 %/onse nt marge : «Bon pour Colinot."

• Philippe Lefèvre, contrôleur général trimestriel des bâtiments, jardins, tapisseries et manufactures du roi. Lesprovisionsquile nomment à ceUe charge, lo 18 mai 1679 , en remplacement du sieur Petit , se trouvent aux Archives de l'Empire, carton 0 10,90 1. — Voir les mémoires qui lui sont adressés et que l'on trouvera ci-après, pièces n" 96 et 198.

d'action que le sieur Petit l, j'espère que le service de Voslre Majesté en ira beaucoup mieux.

L'on préparc les verreries (?) pour élever les combles des moulins de l'estang de Clagny ; le plus bas sera élevé de vingt pieds et les autres à proportion. 11 faut mes me élever le plus haut de six pieds pour agrandir les ailes.

Le moulin pour reporter les eaux dans l'estang est fouillé; l'on commencera demain les fondations. Il y a dcsjà cent toises de l'aqueduc faites pour conduire les eaux du canal audit moulin.

Les deux plombiers Leroy3 et Vitry travaillent aux deux conduites de douze pouces: le premier, de l'estang à l'Apollon, et le second, des moulins aux réservoirs s.

L'on nivelle l'estang de Porchefontaine pour en tirer les eaux dans les estangs du parc, s'il est possible, et y eslablir ensuite des pompes; sinon je feray faire encore une seconde pompe à costé de celle de Denis*; mais il faudra donner quelque symétrie aux combles de ces pompes pour leur donner quelques ornemens; j'en enverray un dessin à Vostre Majesté.

Les deux réservoirs du dehors du petit parc s'avancent et seront entièrement achevés dans douze ou quinze jours. La salle des Festins s'avance aussy et l'on y mettra les tuyaux dans peu de jours.

Les tablettes de gresscrie1 de la pièce du Marais0 s'avancent; mais il me semble qu'il faudra nécessairement faire le mur pour soutenir les terres

1 Petit, père, préposé au contrôle et à la surveillance des ouvrages de Versailles et de Saint-Germain, recevait 3,6oo livres par an.

Les Mélange» CoUitrt renferment un grand nombre de notes ou billets adressés par Petit à Colbcrt et pleins de détails sur les travaux qu'il avait à surveiller.

Ainsi, le i5 janvier i665, il écrit que les glacières de Versailles sont en bon élal et pleines de glace pour trois ans.

Le i" juin : le Roi a été content de ce tjue Ton fait à Versailles et à la Ménagerie, — des glaces placées dans sa chambre, etc. — Les travaux sont poussés avec vigueur, et le curé a permis de travailler le dimanche après la messe, ee que le Roi avait d'abord défendu.

Le 1 5 juin , détails sur la terrasse.

Le 17 juillet, compte rendu sur l'ensemble des travaux. ( Voir Mélange» CoU#rt, vol. 197, 199 (m, i3o, t3o l'i», 1 3 » , fol. i6h, u.r>i, 991, 793, 33o. etc.)

* La tige était ,1c font. (Voir page 33o,

* Gilles Leroy, plombier.

* Voir la note 1 de la page suivante.

* Claude Denis, maître fontainier. Il était chargé de l'entretien des tuyaux de plomb et des fontaines de Versailles et recevait 3,ooo livres de gages.

» C'est-à-dire en grès.

* En 1 679 , madame de Monlespan , qui encourageait Louis XIV dans son goul pour les embellissements, voulut lutter avec les artistes chargés de décorer Versailles. Elle présenUi un Roi l<> plan d'un bosquet qu'elle avait ellemême dessiné. Ce bosquet, dont il ne reste plus de traces aujourd'hui, était le Marais. Dans le milieu de cette pièce d'eau était un arbre en cuivre* des branches duquel s'échappaient de petits jets. Tout autour, une foule de joncs du mémo métal jetaient aussi de l'eau. (Travaux hydraulique» de Vertailk* tous Imuu XIV, par M. Le Roi.)

32(i SCIENCES. LETTRES, BEAUX-ARTS. BATIMENTS.

de la pièce au-dessus, encore que Vostre Majesté n'ayt point fait de fonds pour cola, d'au I an t qu'elles s'ébouleroient assurément cet hyver.

L'on travaillera, dès après-demain, aux décharges des deux bassins des Lézards pour eu conduire les eaux dans le bassin de la fontaine de Cérès, et de là par la conduite dans les réservoirs hors du parc.

Le rocailleur eslablit trois ateliers pour restablir tout ce qui est de son métier.

On lève le carreau de marbre de la petite cour du chasteau, et aussytost les charpentiers estayeront le comble pour restablir le mur qui bombe.

Le ciment de la terrasse ne vaut rien, pour avoir esté fait trop tard; l'on travaillera incessamment à le restablir entièrement.

Les marbriers travaillent avec diligence dans toutes les chambres des appartenions.

Le fondeur commence demain à restablir les robinets, ajustages, soupapes et tout ce qui est de son métier.

Tous les ouvrages de Trianon sont ordonnés, et aussytost qu'ils seront un peu avancés, j'en feray sçavoir le détail à Vostre Majesté.

Les deux fontaines du parterre vont à présent d'une égale hauteur.

Il y a 3oo voituriers au canal qui enlèvent près de hoo toises de terre par jour.

Les moulins de la montagne 1 s'élèvent lentement à cause de l'épaisseur des murs et de la hauteur de ces moulins. La montagne est percée de neuf toises.

L'on travaille au modèle des quatre fontaines nouvelles.

Voilà, Sire, le détail de tout ce qui se fait à présent; toutes les semaines j'auray l'honneur d'en rendre compte à V ostre Majesté, et j'espère que, dans les semaines suivantes, elle apprendra quelque progrès qui la satisfera davantage.

Je la supplie de me faire sçavoir si ces relations luy sembleront ou trop longues ou trop courtes, alin de suivre en cela comme en toutes choses ses volontés2.

(Cobinet de M. le duc de Luyne». M», n* 93, carton i.)

1 * A peu de distance do Versailles, sont les sources de la Bièvre. Une digue fut établie dans la vallée, au bas de la bulle de lajMinierc, de manière i relever les eaux et à former un étang permit d'y puiser largement. Des puisards, creusé:- dai* la montagne et communiquant à l'étang, permirent «l'y jioser des tuyaux d'aspiration, et sur la monla;;ne on établit cinq

pompes mises en mouvement par des moulins à vent. Les pompe* versaient l'eau dans des bassins correspondant à un grand ivservoir placé au haut ûV> la Imite do Salory, et, de là, cette eau était conduite dans les réservoirs du cWteau."(' Trav. kijdr.de tvr»*iMe*.parM.l.c Koi.)

1 Repoittc tle Louis XIV. ttt Mtttrgr : <• l>v longues. — 1,0 détail de tout.*

Page 1