‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 2)Chapitre 262 sur 470 · LOUIS XIV A COLBERT · texte numérisé non relu

LOUIS XIV A COLBERT

(Lellrc nulograpbe '.)

Nancy, 19 septembre 1673.

J'ay vu Testât que vous avez envoyé des ouvrages de Versailles, dont je suis très-content. Je me prépare à sentir quelque plaisir quand j'y arriveray ; ce ne sera pas encore sitost.

Ce que vous me mandez des pompes me fait grand plaisir; il faudra mesurer les fontaines du parterre, le Triton, la terrasse et la cour de ma mère; qu'elles ne vident en douze heures de jour qu'elles iront d'ordinaire que ce que les pompes hautes, ou celles qui peuvent aller au réservoir, y lèveront d'eau en vingt-quatre heures.

Il me paroist qu'elles pourront estre d'une grosseur raisonnable. Examinez bien ce que je vous mande, afin que je trouve cela juste en arrivant. Les pièces que vous avez fait faire pour les pompes basses, en cas qu'il rompe quelque chose, sont à propos.

Il seroit bon que Trianon fust recouvert et propre quand j'arriveray; c'est pourquoy il seroit bon de commencer à recouvrir les orangeries de bonne heure, afin que je trouve tout achevé.

Je m'attends à trouver beaucoup de fleurs tardives ou avancées, car mon frère m'a dit que le jardin n'en estoit pas si plein qu'à l'ordinaire et que Le Bouteux en avoit en réserve; je crois que c'est pour cela. Prenezen un peu connoissance.

1 Arnoul, qui éluit chargé do recevoir le» animaux destine» à Versailles, avait écrit le ai» septembre 1 fi68 a Colbert :

* Voyant périr tous mes pauvres animaux par les chemins et ne m'apporlant que de» peaux , je me rétous de vous envoyer ce que j'ay avant l'Iiyver: troi» patelles, la chèvre angora , trois biche» de Sardni|me et des pigeons ,

les rats de Pharaon estant morts, et les perdrix apprivoisées, les faisans et les demoiselles de Numidie. J'ay des poules et de» coqs de Conslantinople, mais je ne les trouve pas asseï beaux pour le Roy.» (Milangn Colbert, vol. 168 bit, Toi. 779.)

1 Celte lettre est scindée. La première partie sera publiée, à sa d«te, aux Affmrr* gtnèrakt.

De mes gens m'ont dit qu'on travaille à la terrasso devant mes fenestrcs à Saint-Germain1. Vous ne m'en avez rien mandé; failes-moy sçavoir ce qu'on y fait.

Je suis bien ayse que la chambre de madame de Montespan soit si avancée, et la maison. Faites faire et avancer les peintures le plus que vous pourrez, afin qu'elles ne sentent plus quand nous arriverons.

Mandcz-moy le véritable estât des moulins de la montagne3 et si je peux espérer d'en avoir de l'eau cet byver. Il faut me dire aussy Testât des conduites qui la doivent mener, et du réservoir de Lalourcey "...

(Cabinet de H. le due de Luynes, Mu. n* 93, carton 9.)

( Lettre autographe. )

Sceau 1, 98 septembre 1673.

Je fis hier, Sire , faire une expérience des pompes de Versailles.

Je puis assurer Vostre Majesté que les deux dernières pompes en chapelets du sieur Francines 4 portent 79 pouces d'eau dans le réservoir haut, et par conséquent que les quatre en porteront 1 h h pouces.

Le réservoir d'en haut estoit entièrement plein; je fis marcher continuellement ces deux pompes et deux autres des quatre basses dudit Francines et de Denis, et cela pour faire l'expérience sur la moitié des pompes seulement; d'autant qu'il y aura huit pompes nouvelles qui seront dans le réservoir haut et que je n'en fis aller que quatre, avec l'une des deux de la grande pompe.

Je fis ouvrir les huit jets, sçavoir cinq du parterre, le Triton, la cour et la terrasse, à une heure précise du matin. Ils jetèrent jusqu'à cinq heures et demie du soir que le réservoir se trouva vide; en sorte que je crois que Vostre Majesté peut faire estât que lorsque les dix pompes portc-

' Voir à Y Anpmàit* , k la date du 6 décembre 1 673 , la lettre de Petit sur lea travaux

1 Voir la note 1 de In page 3afi.

* Lalourcey, dont il n été question page 33o, était un entrepreneur de terrassements. Il fut

mr la groUe, qui était le plus élevé et l/plus important.

4 Les premières pompes étant trop faibles.

Colbert, sur les ordres de Louis XIV, avait pressé Francines d'en augmenter la puissance. On eut alors plus d'eau, et le ministre avait déjà pu écrire au Roi , le \ s septembre : « Le sieur Francines double le chapelet de la pompe qui reporte Peau du parterre dans le réservoir haut , en sorte que j'espère qu'elle portera plus de 190 ponces d'eau.» (Voir II, Finance*, Anne*?* . pièce n'nn, 1 9* paragraphe.)

ront toutes dans le réservoir haut, ces hait jels pourront aller douze heures sans difficulté; mais il y a deux choses à observer : l'une que les dix pompes rempliront le réservoir haut en six heures de temps, cl l'aulre que la grotte, le Dragon et l'orangerie tirent de ce mesme réservoir.

Je fais travailler nuit et jour aux deux autres pompes en chapelets, et j'espère qu'elles seront en place dans quinze jours'.

L'on couvre tout à Trianon, et Le Bouteux promet que Vostre Majesté sera satisfaite sur les fleurs1.

Le Labyrinthe8, le Marais, la Cérès, les groupes du Théâtre et de la cour et les six pièces du grand appartement de Vostre Majesté seront entièrement achevés dans le mesme temps3.

Il n'y a plus que des doreurs dans l'appartement de madame de Montespan à Saint-Germain. Le tout sera achevé dans huit jours.

J'ay fait payer 5 00,000 livres à compte des 1 ,9 00,000 que Vostre Majesté a demandées sur le mois de décembre, outre les a 00,000 qui estoient desjà payées. J'espère avancer de quatre ou cinq jours le temps que Vostre Majesté m'a donné jusqu'au iok.

J'expédieray ce que Vostre Majesté ordonne sur le sujet du parc de Folembray * et de la terre d'Aubigni ».

KtPnxM M LOUIS HT, ■* Mi RftB :

' Je suis très-ayse de ce que vous me mandez louchant les eaux. Quand toutes les pompes seront achevées, vous ferez une «preuve des huit fontaines que vous avez desjà éprouvées et vous y joindrez les deux dernières du parterre, car elles doivent toujours aller aussy , afin que je règle là-dessus le temps qu'elles devront aller et la grosseur des jets.

Faites poser, le plus promptemenl que vous pourrez, les figures qu'on doit mettre, afin que je trouve tout approprié, en cas que je retourne bientosl à Saint-Germain.

1 Voir la pièce précédente, S 5.

* « Rien de plus original que re bosquet. A l'entrée était la statue d'Ésope, et à chauue angle des allées du Labyrinthe, la représentation d'une de ses fables, formant un petit

par M. Le Roi.)

1 Le ao juin précédent, Colbert avait écrit du Roi :

«Le Labyrinthe, lesappartemens de marbre , la pompe, les appartement de Saint-Germain s'avancent également. J'espère que le lonl sera achevé dans la fin de juillet ou au i5 aoust an

plus lard ; j'y apportera y toute la diligence qu'il sera possible.»

« Le parc de Folembray faisait partie du domaine de Coiicy (Aisne).

* Cette terre située en Rcrri , à 1 o lienes de Bourges, venait d'être réunie A la couronne, après la mort des d'-scrndanU de Jean Stnart, connétable d'Éeoase, à qui Charles VII l'avait donnée, en i4n3, pour récompense de ses services. Plus tard, en i684, la terre d'Aubigni fut érigée en duché en faveur de mademoiselle de Kérouallc, duchesse de Portsmoutb, maîtresse de Charles II.

On m'a mandé qu'il y avoit quelques maisons audit Saint-Germain où il y avoit de la petite vérole. Donnez ordre qu'on fasse sortir tous ceux qui sont frappés du mal et qu'on aère les maisons où elle aura esté1.

k Je suis très-ayse et très-content des paycmens que vous faites faire si régulière-

Voicy le lemps où on sera obligé de faire des achats de bleds pour mettre dans les pays où il y a des troupes et où j'en pourray avoir affaire. Voyez avec Bertbelot ce qu'il désire pour cela, et luy donnez des assignations dont il se contente, pour qu'il fournisse ce qu'on luy mandera. Je ne règle point la somme, car je ne sçais à quoy cela pourra aller.

Je suis bien en peine du coup de vent qui a séparé mes vaisseaux. J'es(>ère que j'en sera y quitte pour des câbles et des ancres.

Les ordres que vous avez envoyés au comte d'Estrées sur la flotte d'Ostende sout bien à propos. Quoy qu'il arrive, il sera bon de mettre la main dessus, car, au pis-aller, on sera quitte pour le désavouer.

Vostre fds vous fera réponse à beaucoup de choses que vous luy avez mandées.

Pressez les couvertures de Trianon. Je seray bien ayse de trouver mon grand logement à Versailles en estât d'estre meublé.

J'ay vu Bontemps et je l'ay questionné sur beaucoup de choses dont plusieurs m'ont fait plaisir, quoyqne vous me les eussiez mandées par avance.

Il faudra faire j>crcer la porte qui va du petit appartement, où loge madame de Montespan, dans la salle des gardes du grand appartement, et la mettre en estât qu'on y puisse passer.

(I faudra aussy faire ouvrir la porte qui va de mon petit à mon grand appartement , qui est dans le cabinet où je vais quelquefois, pendant les Conseils, à des choses nécessaires, c'est-à-dire devant le lieu où l'on met des commodités; et, où est le degré qui monte en haut , il faut laisser cet endroit-là comme il est présentement ».

Pour ce que vous me mandez des So,ooo écus de Brandebourg, il sera bon de tirer un peu de longue.

J'ay vu ce que vous m'avez envoyé du mois de septembre.

(Cabinet de M. le dne de Lujitc*. Mm. n*g3, carton s.)

1 Voir, A ffatrt» générale» , une lettre adressée par Louis XIV à Colbert, le 9 octobre 167&. ' Quelque lemps après , Louis X 1 V#ajou lait : «J'ay oublié de dire, daosjmon autre mémoire, qu'il faut ouvrir deux portes pour entrer dans la garde-robe de mon grand appartement. Tune dans le grand cabinet qui fait le coin , et l'autre dans la chambre qui est entre le cabinet cy-dessu» marqué et eeloy qui donne

• Il faut aussy qu'il y ayt une porte do la grande chambra et antichambre dans le» petits cabinets de derrière; il faudra faire les ntesmes portes du costc du logement de la Reyrie, et celles qui sont marquées dans mon autre mémoire pour mon appartement, et l'achever le plus promptemeiit qu'il se pourra.» ( Cabinet de M. le due de Luyne*, hlu. n' g3, carton a.)

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