A BOILEAU
Le Roy m'a ordonné, Monsieur, de vous accorder un privilège pour vostre Art poétique*, aussytost que je l'auray lu. Ne manquez donc pas de me l'apporter au plus tost3.
(ŒmTf* de Boileau, édition de Saint-Mare, V, ta.)
avoir vu bien du monde, je me retrouve tout seul. Cela va d'une extrémité à l'autre. . . Sa Majesté doit estre contente, car elle a tesmoigné de vouloir revenir. Elle m'a ordonné de ruiner les lapins, de restablir les clostures de la faisanderie, de ne rien omettre pour que son plaisir augmente à son premier voyage. . . Je vais donc travailler i tout, comme si j'avois et vostre parole et tostre bourse...» {I
Coll.ert,
I Uq ,
fol. 107.)
1 Nicolas Boileau-Despréeux, né le 1" novembre i636. Mort le i5 mars 1711.
* On trou te aux Archives de l'Empire, Regittrt du ucrétariat, 0 18, fol. 33, A la date du *8 mars 167A, la permission accordée A Nicolas Boileau , sieur Despréaux , « de (aire imprimer ses ouvrages, sçavoir : VArt poétique, en vers; un poème intitulé U Lutrin , plusieurs dialogues, discours et éptlres en vers, et la traduction de Longin, lesquels il désirait faire imprimer une seconde fois, ensemble ses Saftrw.» Le Roi accordait cette permission à Boileau pour 10 ans f afin, disait-il, de le traiter favorablement et de donner au public, parla lecture de ses outrera, la qu'il en avait reçue. . . 1»
' Quelques jours après, Boileau répondit: «Je vois bien que c'est i vos bons offices que je suis redevable du privilège que Sa Majesté veut bien avoir la bonté de m'aceordor. J'cstois tout consolé du refus qu'on en avoit tait a mon libraire », car c'estoit luy seul qui l'avoit sollicité, estant très-éveillé pour ses inléresis, et sçacbant fort bien que je n'estois point homme à tirer tribut de mes ouvrages. C'estoit donc i luy de s'affliger d'eslre déchu d'une petite espérance de gain, quoyque asses incertaine, à mon avis, dès qu'il la fondoit sur le grand débit d'ouvrages tels que les miens. Pour moy, je me trouvois fort content qu'on m'eus! soulagé du fardeau de l'impression et de l'incertitude des jugemen* du public, n'ayant garde de murmurer d'un refus de privilège qui me laissait celuy de jouir paisiblement de tonte ma paresse. Cependant, Monseigneur, puisque vous daignes vous intéresser si obligeamment pour moy, j'anray l'honneur de vous porter mon Art poétùptê aussytost qu'il sera achevé , non point pour obtenir un privilège , dont je ne me soucie point, mais pour soumettre mon ouvrage aux lumières d'un aussy grand personnage que vous estes.» Boileau n'étant borné A remettre sa lettre au
* Le privilège n'avait point été refusé ; au contraire , il avait été scellé a l'instant , sur la seule demande do libraire Barhin: ma» quelques intrigues de PdlieMa et de Montaueier en sraient suspendu l'expédi D. (Bolrnn'1, n* XI.)