AU CHEVALIER DE CLERV1LLE
COMMISSAIRE GÉNÉRAL DES FORTIFICATIONS
Saint-Germain , 9 A octobre 1671.
J'ay reçu vos mémoires des 6 et 1 k de ce mois avec la copie du marché que vous avez passé avec Roger pour faire les travaux ordonnés par le Roy pour la fortification de Philipsbourg. Je ne doute pas qu'avant de les adjuger vous n'ayez observé toutes les formalités nécessaires et que vous n'ayez fait tout ce qui a pu dépendre de vous pour faire faire des rabais considérables. Ainsv je me contenteray de vous dire qu'il est de grande conséquence de faire travailler incessamment à avancer ces ouvrages avec toute la diligence et la solidité possibles. Ce pendant je feray examiner les
plissait à Bordeaux les fonctions d'appareil leur du roi , sous les ordres de Desjardius.
Jl devait répondre de Unîtes les choses faites et exécuter toutes celles qui étaient à faire.
Le Roi accorda à Payen, le 99 avril 1671, un brevet d'ingénieur, «en lesmoi^ii^f de sa satisfaction pour les services qu'il luy avoit rendus dans ses années, et de la confiance que Sa Majesté prenoil en l'expérience qu'il s'estoit acquise pour les fortifications.* (Voir pièce u" 97.) — Payen fut ensuite envoyé au Canada.
1 Le 3 1 du même mois, Colbert communiquait A Daguesseou une proposition qu'on venait de lui faire au sujet des travaux du ChA- Icau-Trornpetle : «Lombard m'ayotit écrit, lui disait-il, que Ton pourrait faire travailler ii rorvée* , pendant cet hyvir, au transport de*
terres qui sont à oster pour les dehors dudit chasteau , par les communautés qui sont obligées A Cure la vidange des fosses, je vous prie d'examiner promptement celle proposition et ensuite de me faire sçavoir vostre avis.» ( Dépôt de* forttf. 1671, fol. 189.)
Le 8 avril 1 673 , Colbert écrivait A de Sève au sujet des mêmes fortifications :
«J'ay reçu Testât abrégé de la recette et dépeuse qui a esté faite eu 1679 pour la fortification du Chàleau-T rompe tic, par lequel je vois que les 1 5o,ooo livres dont le Roy avoit fait fonds ladite année 1679 ont esté consommées aux travaux; sur quoy je dois vous dire qu'avant d'en faire la réception il est nécessaire d'observer que les ouvrages soyeul faits avec solidité et suivant les marchés qui ont .*té passé*. . . . " ( Pép4l <fe» forlif. fol. 1 1 3.)
cautions que ledit Roger offre de donner, et eu cas quelles soyent bonnes, je feray recevoir leurs obligations par-devant notaires.
L'on ne m'a point encore apporté les cartes des costes maritimes de France que vous avez fait faire; aussytost que je les auray reçues, je vous feray sçavoir mes sentimens sur la proposition que vous me faites de les réduire en petit, comme celle de Boulogne à Dunkerque dont vous me parlez
A l'égard du grand magasin à poudre que vous vous proposez de faire à Philipsbourg, j'estime qu'il serait plus à propos d'en faire deux ou trois qu'un seul, par deux raisons : l'une, que la ville seroit moins endommagée si, par quelque accident, le feu se mettoit aux poudres, et l'autre, qu'il en resterait toujours dans la place pour sa défense si un malheur pareil à celuy-là arrivoit en temps de guerre. J'attendray sur ce sujet vostre avis, avec un mémoire de la dépense qu'il faudra faire, pour en rendre compte au Rov...
(Dépôt de» fortifications, Mm. io5, 1671, fol. 17s.)
Saint-Germain, 8 décembre 1671.
Le Roy a encore voulu examiner aujourd'huy avec M. le Prince, M. de Turenne et M. le mareschal de Villeroy, la proposition que vous m'avez envoyée avec vostre lettre du 1 5 septembre , de construire de terre seulement le fort d'entre les ponts du Rhin en le fortifiant de fraises, de palissades et généralement de tous les secours que l'on peut donner à un fort de cette qualité pour le rendre autant bon qu'il le peut estre. Le Roy et ces Messieurs , après avoir bien discuté et examiné toutes les raisons de part et d'autre, et entendu la lecture de vostre mémoire, ont résolu, et Sa Majesté m'a ordonné de vous l'écrire de sa part, qu'elle estimoit trop dangereux de construire ce fort de terre, vu que toute la seureté de la place de Brisach en dépend *. Ainsy Sa Majesté veut que vous fassiez
1 Le ai du 'moi s suivant, Colbert accusait fasse connoistre à Sa Majrsti; la dépense coiwiréception de ces cartes dan» les termes ci- dérable que ce travail vous a coustée , afin de
en procurer la récompense. Cependant e J'ay (ait tendre dans ma bibliolln*|up les j'ay donné ordre à celuy qui m'a remis lesdiles cartes des cottes maritimes de France que voua cartes de les réduire incessamment en pcenvoy éea , et , comme elles m'ont paru tites. . . * ( Dêpàt des fortif. 1 67 1 , fol. 1 86.)
très-belles, je les feray voir an Roy. Vous ne ' Louis XIV avait d'abord approuvé (voir
de<«t pas douter qu'en mwm« temps je no pièce n" Aa.) le projet du chevalier d«> Cler-
achever la demy-lune revestuc du bout des ponts. Et en attendant qu'elle puisse faire la dépense pour revestîr ce fort, elle veut que vous fassiez faire sur les deux islots les retranchemens que vous aviez proposés dans vostre dessein pour défendre les deux faces de ladite deroy-lune et pour assurer ces islots contre les surprises, et que vous fassiez construire, dans le milieu de la place où ce fort doit estre basty, une bonne redoute de pierres à Tépreuve du canon du costé de la dcmy-lune , avec un petit fossé et une bonne palissade pour empescher qu'elle ne puisse estre escaladée, et que vous fassiez faire cette redoute en sorte qu'elle puisse contenir cent hommes et quelques fauconneaux, et qu'elle puisse servir de magasin lorsque le fort sera construit. Pour le surplus , Sa Majesté veut faire achever, l'année prochaine, le corps entier de la place de Brisach suivant les résolutions qu'elle a cy-devant prises. C'est pourquoy vous ferez promptement, s'il vous plaist, Testât de toutes les dépenses qui sont à faire, et me l'enverrez pour luy en rendre compte.
(Dépôt de* fortification* , Mm. io5, 1671, fol. too.)
ville qui consistait à faire en terre et avec des fascines seulement le fort entre les ponts du Rhin; mais Louvois s'y était opposé et, longtemps avant que le Roi fût revenu de son sentiment, avait écrit i Vauban, sous la date du 6 novembre :
«Le chevaKer de Clcrville m'honore depuis peu de ses bonnes gréées; il m'a envoyé le projet d'un fort de terre à faire à Brisach entre les deux ponts, au lieu d'un fort revestu qui avoit esté projeté. C'est , à mon gré , le plus senr moyen que l'on puisse jamais inventer pour faire perdre Brisach.* ( Aperçv tvr Ut forttjicatiotu, par le colonel Augoyat , 1 , 77.)
En recevant avis de la nouvelle détermination du Roi, qui le froissa vivement, Clerville ne put dissimuler son mécontentement, et il écrivit a Colbert , sous ta date du 3 décembre :
«Je me donnent l'honneur de vous dire, louchant le fort d'entre la» ponts, qnc, bien qu'en matière d'affaires éloignées la réplique des gens qui voyent sur les lieux beaucoup de choses que les absens ont peine à découvrir si aysément, ne choque point le respect qui est deu aux supérieurs, quand on n'a d'autre objet que celuy de leur intérest, je me garderay pourtant bien do murmurer du peu de ras
qui a esté fait à la Cour de ma proposition de construire ce fort de simple terre, bien galonnée, et de la préférence qui a esté donnée à la résolution de le rêves tir de maçonnerie. Aussy ne sçaurois-je avec raison contredire cette résolution , si ce n'est sous de certaines conditions, qui sont celles d'une plus grande économie et d'une plus prompte perfection...» (5oo Colbert, vol. iaâ, fol. 307.)
Colbert lui répondit quelques jours après : eJe vous diray que vous ne dévie» pas relardcr le dessein que le Roy avoit pria pour la fortification de la butte d'Eckersberg, et vous voulu bien quo je vous dise que si vous consuliex bien vostre bon sens, vous trouveret que vous n'avei jamais <l< u écrire au sons de vostre dernière lettre, sur une résolution prise par le Roy contre vostre sentiment.
«M. le Prince arrivera anjourd'huy icy. Sa Majesté l'entendra et prendra sa résolution ; mais vous devei estre persuadé que les travaux approuvés par Son Altesse seront résolus par le Roy. Ainsy il faut travailler avec grand soin et application à exécuter tous les mémoires laissés sur les lieux par Son Altesse...* (/*pôtinfortif. 1671, fol. 57.)