‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 2)Chapitre 394 sur 470 · M. — COMPLIMENT DE CHARPENTIER · texte numérisé non relu

M. — COMPLIMENT DE CHARPENTIER

DK L'ACADK MIB FRANÇAISE, A COLBERT.

«janvier 167a.

Ce luody, deuxième jour de janvier de l'année 1O73, M. Perrault, chancelier, a dit que M. Colberl luy avoit ordonné de mire «ravoir a la Compagnie que le Roy avoit résolu de faire un fond* tous les flts pour les menues nécessité» do l'académie, comme bot», bougies, journées de copiste» pour transcrire le dictionnaire' et autres besoins, et meame aussy pour faire des jetons qui seront distribués , au nombre de quarante, à chaque jour d'assemblée, sut académicien* qui s'y trouveront préseos, eu la manière (jiu »rr.i rv(;li'>> pur l.i Compncnie.

Ce mrsme jour, l'académie ayant délibéré sur cela a ordonné que M. Colbert sera remercié par députés, au nom de toute la Compagnie, des bons offices qu'il luy s rendus auprès du Roy, et qu'il vn prié aussy de vouloir bien en remercier S» M.ijestc.

Ensuite, elle a fait pour la recette et la distribution des jetons le n^lement qui suit :

Le secrétaire de l'académie, ou en son absence eeluy qui tiendra sa place, recevra les jetons et en donnera son récépissé à eeluy qui les luy délivrera de la part de M. Colbert, et en chargera le registre qu'il tiendra à cet effet.

Il partagera les quarante jetons accordés pour chacun jour d'assemblée entre ceux des académicien* qui seront présens, sans avoir aucun égard aux absent pour quelque cause que ce soit.

Pour estre réputé présent, il faut estre arrivé dans le lieu on se tient l'académie avant l'heure prescrite et n'eu sortir aussy qu'après l'heure qui aura esté prescrite.

Depuis le premier jour d'octobre jusqu'au dernier jour de mars, l'heure de l'assemblée sers à 3 heures après midy jusqu'à 5 ; et depuis le premier jour d'avril jusqu'au dernier jour de septembre, l'heure de l'assemblée sera depuis h heures après midy jusqu'à 6.

L'heure se régters sur la pendule sonnante qui est à l'académie , dont eeluy qui a soin d'ouvrir et de fermer les portes aura la clef et la conduite.

Lorsque , après le partage fait entre les académiciens qui seront présens , il en restera quelque nombre qui ne se pourra partager, ce nombre aecroistra la distribution de l'assemblée suivante.

Aussylost que l'heure avant laquelle il faut estre arrivé sera sonnée, le secrétaire écrira tons les

' Charles- François Poerson, né en 16M, reçu membre de l'académie de peinture en 168a. Il fut pin* tard envoyé à Rome en qualité de directeur de l'académie de France. Mort le s septembre I7s5.

' Jean Tortebat , membre de l'académie de peinture en 1 699. Mort le 1 o novembre 1718,8 l'âge

' Jean Jouvcnot, peintre ordinaire du roi, directeur et recteur perpétuel de l'académie. Mort le 6 avril 1717, à l'âge de soixante et treiie ans.

» Le 19 avril 1673, Colbert autorisa le payement de 1.635 livres pour les gngee de ceux qui tr.inscrivaient le dictionnaire de l'académie.

On trouve, en outre, dans les dépenses de l'année 167 4 , la mention suivsnle :

■ A. Jean-Baptiste Prudhorame, pour remboursement de ce qu'il a payé aox sieur* Jean Cousin, ('•tiillaume-Henri Lhéritier et Charles Lbéritier, écrivains , qui ont travaillé à la transcription de cahiers nécessaire pour la correction do dictionnaire de l'académie française, qui se compose dans ladite académie, au Louvre,.... 799 livres.»

Les frais de copie s'élevèrent, pour l'année • 67&,è la somme de s.oit livres. (Areh.de l'Eir.». Section administrative. — Mtiamgu de* Moments.)

nom» de cous qui tout présens sur «mi registre , el lorsque l'heure à laquelle on peut m retirer sera sonnée, il fera la distribution à ceux dont les noms «c trouveront écrit» et qui • liront esté présens jusqu'à la fin, puii écrira combien il en a est* donné à chacun, et s'il en reste, il l'écrira auasy.

A la fln de l'année, le secrétaire fera voir a la Compagnie la recette et la distribution de» jetons qni luy anront celé remit entre le* maint . et en donnera un estât s M. Colbert. «igné du direrteur et du

Ce mesme jour, a janvier, la Compagnie a ordonné que M. Colbert «croit très-bnmWwnent remercié des soins affectueux qu'il prenoit pour ravaneemeot du dictionnaire 1 et de la grâce qu'il anroit procurée à l'académie auprès du Roy, luy ayant obtenu de Sk Majesté la distribution des jetons dont il est parlé cy-dessus. Pour cet effet, on a nommé cinq députés, du nombre desquels est M. Charpentier, qu'on a charge de porter la parole et qui , le i6 janvier, fit a M. Colbert le compliment qui suit :

* Monsieur (car vous nous avci ordonné de vous parier ainsy»), les faveurs quo vous nous faites se louchent de si près à près, que noua n'osons pas vous en venir rendre grâces i mesure que nous les recevons. Mais si la crainte de vous importuner suspend quelquefois noslre reconnoissance. il ne seroil pas raisonnable qu'elle l'étouffast entièrement, et que nous ne fissions j a mai* paroistre des senlirnens si justes, et qui nous sont mesme si glorieux.

«En effet. Monsieur, ce nous est beaucoup de gloire de voir que vous pensez i nous, et qu'au milieu de vos grandes occupations, il y ayl des momert» qne nous puissions dire nous avoir esté destinés.

« Si l'académie achève le grand dessein qu'elle a entrepris , la postérité , qui en sentira le fruit mieux sans doute que noslre siède mesme, n'ignorera pas que voua y aurez eu une grande part, puisque nous avions obsolument besoin de vostre secours pour combattre les difficultés qui nous restent à surmonter, et qui se multiplient ordinairement lorsqu'un ouvrage de cette nature approche de sa Gn.

«Il n'est pas mataysé. Monsieur, de faire ramas des matériaux nécessaires pour le basb'menl d'un grand palais; les moindres ouvriers sont capables de tirer les pierres de la carrière, il ne faut que de la force de bras pour les charger, il ne faut que des chariots pour les conduire ; mais quand il est question d'assembler tous les matériaux avec ordre; qu'il faut en faire un but dont les parties se correspondent , et introduire, parmy les informe!) , une symétrie excellente qui ravit les yeux des spectateurs, et qui (ait que du bois et des pierres, qui n'ont aucun agrément à les voir en Pestât

1 On lit dans la préface dn IfensitMtr* de l'academu JrançotM , édition de 169a :

« M. Colbert , qui ostoit de l'académie et qui déiiroit fort de voir le dictionnaire achevé, estant persuadé comme l'ont esté les plus sages politiques, qoo ce qui sert à former l'éloquence contribue beaucoup à la gloire d'une nation, peu de temps après qu'il eut esté reçu dans cette Compagnie, il y vint sans qu'on l'y attendis! , pour estre tasmoin de la manière dont on travailloit. Il y arriva lorsqu'on rovoyoit le mot Asra, et comme il ûuloit avant tontes choses régler la définition do ce mot, il "vit combien il s'éleva de difficulté» avant que d'en convenir. On demanda si le mot d'Aat sopposoit une amitié réciproque ; c'est-à-dire si un bomme pouvoit estre appelé l'Ain d'un autre qui n'aurait pas le» mesme» senumens pour luy. Cette question qui est plus de morale que de grammaire . et que néanmoins on doit résoudre avant que de définir le mot , occupa l'académie asses longtemps. Il fallut que chacun dist son avis; et enfin la dé-

finition de ce mot fnt arrestée, comme elle est présentement imprimée dans le dictionnaire. On y ajonta les épitbétes qui se joignent naturellement à ce mol , et ensuite on examina les phrases el les proverbes où il b' employé. M. Colbert qui assista à toota la séance, et qui avoit vu l'attention et l'exactitude qoe l'académie apportoit à la composition de ce dictionnaire, dit en se levant, qu'il estoit convaincu qu'elle ne Tavoit pas pn dire plus proropteuient, et son tesmoignage doit estre d'antant plus considéré qu'on seait que jamais homme dans sa place n'a esté plus laborieux ni plus diligent*

Le Rtgùtrê dt$ «Moeroffinu dê l'aeodémie, p. 97, constate que le samedi 6 juin 1676, Colbert étant venu pendant la séance, «loua le tèle que l'académie avoit pour l'accélération du dictionnaire et l'exhorta à cootinueravec la mesme ferveur, l'assorant que cela es toit fort agréable au Roy.*

• Voir la note 1 de la page bai

APPENDICE

que la nature les a produit» , «élèvent à un si Iwut degré de perfection par l'arrangement , que de tour lier noslre âme dans la prtie la plus sensible, et luy causer presque le œesme plaisir que la vue du soleil et des astres, c'est ce qui ne se fait qu'après de longues méditations, et par le dernier effort de rindustrie humaine.

* Le dictionnaire de l'académie est quelque chose de semblable. On a jusqu'à présent foui ld: dans tous les trésors de n astre langue ; on a , par un travail de trente-cinq ans , ramassé ce qu'il y a de plus exquis; on a fait mesme plus que de l'amasser, on a donné quelque ordre et quelque forme aui matières que l'on a traitées. Mais, Monsieur, nous remarquons encore un intervalle notable entre l'endroit où nous en sommes et la dernière perfection où nous voulons aller; et c'est presque toujours le trajet qui est le plus pénible, et où il y a le plus d'écueiis à éviter.

«Nous espérons néanmoins', Monsieur, d'en sortir heureusement, et nous ne devons pas mesme en douter, puisque vous voulei bien prendre le soin de ce travail académique, qui sans doute embellira la langue de ce royaume, et qui peut-estre aux yeux de l'avenir tiendra sa place parmy les i de ce règne miraculeux, *

(Arch. de l'Institut, Mss. Rtgùtrt de* dtW'trntiom de Varndemtt frasneaitt , de 167» à 1 6 80. — BtmeU des karan/rnes prononcé*» par MM. é» l'académie , Paris , 1 698. in- 4'. p. sas.)

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