ET DÉPENDANCES
Le chasteau de Versailles et ses dépendances surpassent toutes les idées que Ton en petit donner. Aucun prince de l'Europe n'a porté la dépense aussy loin que le Roy pour se faire une demeure digne do Sa Majesté Royale, et le succès no pouvoit achever plus parfaitement de couronner la grandeur de l'entreprise. Ce chasteau est sitoé sur nne élévation qui commande a tous les environs; ses aspects sont d'un costé sur Paris, de l'autre sur les jardins. Aux deux rostés du chasteau sont les deux ailes en arrière-corps qui s'estendent du costé du nord et du midy, dont les vues sont sur les jardins. De quelque costé que l'on envisage cet édifice, tout y est surprenant, tout y est admirable; on y trouve plus qu'on ne peut souhaiter : des appartenions superbes et commodes, des lofjemens infinis, des jardins, des fontaines dont les beautés toutes différentes tiennent plutost a l'enchantement que de la nature , qui n'a jamais rien produit de si extraordinaire.
Aux deux extrémités d'un canal qui se partage en deux bras, sont la Metnagerte et Tritmon. La Metnagerie est remplie de ce qu'il y a de plus rares animaux dans le monde, recherchés avec un soin et une dépense extraordinaires. Trianon est un palais où le marbre est plus commun que la pierre, où tout est brillant et splcndide. C'est le séjour de repos et de plaisir où le Roy va se promener avec très-peu de monde.
Au bout de la grande aile droite du chasteau , en entrant par l'avenue de Paris, est un grand réservoir appelé le Chasteau d'eau , où se rendent les eaux élevées par la machine de Marly, duquel
Au bout et au-dessous de l'aile gauche est YOrangtrit, dont la structure est si noble et si magnifique qu'on est toujours surpris lorsqu'après l'avoir considérée par dehors on en examine les dedans. Jamais entreprise ne fut plus hardie et mieux exécutée que celle de ce bastiroent.
En sortant des jardins par le milieu du chasteau, vous voyex en face la principale avenue, et des deux costés la Gratuit et la Petite écurte du roy, deux édifices pareils en tout , dont la beauté attire la curiosité de tous ceux qui ont du goust pour l'architecture.
Plus loin est le Chenil et plusieurs autres bastimens dépendans du chasteau.
A costé droit du chasteau, dans le mesme aspect, sont encore plusieurs grands édifices , sçavoir :
Le Grand commun, qui est un gros bastiment carré, où sont logés la plupart des officiers du roy. Ce bastiment est d'une extrême utilité par la quantité de logemens qu'il fournil en assez peu "l'espace.
Derrière le Grand commun est le Couvant An RécoUef, que Sa Majesté a fait bastir a neuf.
Dans le mesme alignement du Grand commun, en descendant la costc du parc, est la Surintendance dm battimens, maison très-belle et Irès-commode destinée pour le logement de M. le surintendant des bastimens.
Plus loin , du mesme costé , est le Potager du roy, jardin séparé de tous les autres , dont la culture et la fertilité surpassent tout ce que l'on en pourrait dire.
De l'autre costé de la ville est la Paroùwe, que Sa Majesté a fait construire de fond en comble, aussy bien que le LugmwtU de» Pire» de la Mi*nnn, par qui elle est desservie aux dépens du Roy, avec toute la décence et l'exactitude possibles. C'est un des plus considérables édifices de la dépendance riu chasteau.
Plus loin, du mesme costé, est le Chatteau de Clagny, maison de plaisance très-belle et trèsagréable, soit par la régularité de l'architecture, soit pour la distribution des apparie rueru et la disposition des jardins. Elle ouste au Roy plus de s millions.
Au bord de la Seine, sur le chemin do Saint-Germain-en-Laye , est la Machine de Marly, qui élève les eaux de la rivière jusqu'au sommet d'une tour bastic sur une montagne; de celle tour, les eaux sont conduites par des aqueducs et des conduites de fer de fonte aux jardins de Versailles et de Marly. Celle seule machine demanderait une description parbirulière , si r'esloit le
APPENDICE
dessein de cet ouvrage; ma» on peut juger de sa beauté et de son succès par l'abondance de* eaux qu'elle fournit à Versailles. On verra cy-aprèa qu'elle couate au Roy 3,700,000 livre», «ans ; comprendre lea remboursemens des héritages acquis pour le passade des eaux et atissy aans In conduite» de fer de fonte qui sont confondues avec celles de Versailles.
Quoyque le Roy ayt dépensé plus de 9 millions pour la construction dea Aquedua qui dévoient
dans leur perfection , ils ne demandent pas une plus ample description.
La royale maison de .S««i/-Cyr, dont les dépenses sont confondues avec celles de Versailles.
religion ont esté les bases de cette fondation royale qui procure tous les ans un asyle honora Wa à un grand nombre de jeunes demoiaeUea qui, pourvues des avantages de la naissance, se trouvent dénuées de ceux de la fortune. Il faut foire preuve pour y entrer.
Je n'ay rien dit de la CtapauV du chastemt de Versailles, parce qu'eue n'est point encore liasuc On y travaille actuellement; sans doute la piété du Roy n'omettra rien pour la rendre digne, autant qu'elle le peut eatre, de la majesté du Dieu qu'il adore avec tant de sincérité et de aèle.
Les dépenses qui ont esté faites aux châteaux de A'ouy et de Movlmemur sont confondues avec celles de Versailles et ne méritent pas d'attention.
Voila , je croia, l'idée la plua sommaire qu'on puisse donner du ebaateaude Versailles et de ses principales dépendances. Un volume entier ne suffirait pas poor faire la description exacte des dedans et de chaque lieu en particulier, quand on n'entreprendrait que rendre aux art» la gloire qu'ils s'y sont acquise, sans oser parler des actions berniques de nostre auguste monarque, qui y sont représentées de toutes parla; leur nombre et leur suite glorieuse ont épuisé nos plus célèbres génies. L'histoire, toute féconde qu'elle est, aura peine à lea rendra sensibles à la postérité. Ce n'est point mon intention d'essayer de la prévenir.
nÉPF\SES DU CIIASTKAO DE TXRSAlLLES.
1667 3i4,3oo 18
1676 1,348,999 to 10
A BtPonTia i9.5fi3.oo31 i3* 84
lisroiiT i9,553,flo3' i3* 8*
1685 ii,3i4,98i 10 10
1686 6,658,9io 7 9
1687 5,4oo,945 18
1690 368,ioi 10 1
Total 8i,i5i,4i4' 9* a4
Dans ce total dea dépenses de Versailles et dépendances, j'ay compris les achats île plomb et de arbre en entier, quoyqu ou ayt pu en prendra quelque partie pour d'autres maisons royales ; 1 j'ay compensé cela avec plusieurs autres dépenses pour Versailles employées dans d'autres chapitres des comptes sous des titres généraux , dont il ostoit inalaysé de les distraire, et je crois que la compensation peut estre juste.
Apres avoir vu en gros le total des dépensas do Versailles et de ses dépendances, il m'a semblé qu'il serait asaex curieux de voir séparément ce qui a este dépensé pour chaque nature d'ouvrage et de dépense , et le montant de chacune pour vingt-sept années de ces mémoires. On verra
les dépenses de Clagny, la machine de Marly et de la rivière d'Eure, qui autres dépeins chacune en un article, quoyque comprises dan» le total.
PAR CHAl'ITRK.
Maçonnerie de Versailles et les dépendance», corn pris Trienou, Ssint-Cyr et les églises As Versailles pendant lesdites vingt-sept années SI, 186,01a1 ** 14
Charpcnterie et bois 3,553,638 1 5
Couvertures 718,679 16 9
Pluinlierie et achats de plomb 6,558,077 n ^
Menuiserie et marqueterie 9,666,699 s
Serrurerie et taillanderie «,189,069 3
Vitrerie 300,878 10 9
Glaces et miroirs aai,63i 1 6
1, sans les achats des tableaux 1,676,386 tt 8
1, sans les achats des antiques 9,696,070 6 9
Marbrerie et achats de marbres 5,o63,5oa 5 8
Broose, fonte et cuivre 1,876,504 6 3
Tuyaux de fer de fonte, compris ceui de la machine 9,965,11 A i5 8
Pavés, carreaux et ciment 1,967,664 t3
Jardinages, fontaines et rocaille* 9,338,7i5 i5 8
Fouilles de terre et conroy 6,o38.o35 1 10
Journées d'ouvriers . 1,381,701 16 9
Diverses el extraordinaires dépenses 1,799,061 19 10
Chasteaux de Clagny 1 et Glatigny dépendans de Versailles , sans les acquisitions de terre 9,076,599 9 5
Machine de Mark, sans les conduites et acquisitions. 3,676,866 8 8
Travaux de la rivière d'Eure et de Maintenon , sans les acquisitions. . . . 8,61 9,995 i Remboursement de terres et héritages pris pour le chastean et dépen-
i Versailles susmentionnées 5,919,106 1 10
Total (semblable au total précédent par année) 8i,i5i,6i4l 9' s*
Outre les grandes dépenses qui viennent d'estre expliquées, il en a esté fait beaucoup d'autres très-considérables pendant lesdites vingt-sept années pour l'embellissement de Versailles et de Triaoon. Voicy les plus considérables :
Pour les achats de tableaux anciens et figures antiques de tous les grands
maistres. 5o9,o73' 8*
Pour les étoffes d'or et d'argent, payées sur les fonds des bastimens. . . 1,075,673 9 6 Pour les grands ouvrages d'argenterie, outre ceux payés par le trésorier
de l'argenterie * 3,965,759 4 8
Pour le cabinet des médailles, cristaux, agates et autres raretés dont le
Roy a acheté les six dernières années de ces mémoires. 566,069
Pour les appointemens des inspecteurs et préposés auxdils bastimens et de Versailles et ses dépendances, gratifications aux contrôleurs et
, a esté payé environ 1,000,000
Total. 6,886,576 i5 9
Et le totai précédent 8t.i5i.6iA 9 9
Total oitrtBAL des dépenses de Versailles 87,537,989' 6' 6*
' Non. — Il y a eu encore environ Soo.ooo liv. ' Non. — Toos or-s gmnds ouvrages d'argen-
rtépenséc* pour Clagny. qui sont confond»* avee tarie ont este portés à la Monnoyc pendant la der- 1 de Versailles depuis i68«. niara ,
Bn sorlc que si l'on joignait à ce total les autres dépenses qui ont esté faites pour les meubles, les grands cabinets, les grands ouvrages d'argenterie et autres qui n'ont point esté payés sur les fonds des bastimeos, on trouveruit que Versailles et ses dépendances coustent au Roy plus de
■ 00 millions ', sans les entretènemens, dont ceux qui sont réglés montent à environ 900,000 livres, et ceux qui ne le sont pas à plus de 3on,ooo livres.
Voicy quels sont les entretènemens régies de Versailles et ses dépendances :
Les couvertures 7,."»oo'
Les jardins de Versailles et Trianon, compris les marbres 33,4 1 H
Le potager do Versailles 1 8,000
Les fontaines, rocaiilcs et cuivres 1 9,7 Ko
Les tuyaux de fer de fonte % 0,000
Les ligures et sculptures de marbre 1 ,<»95
Menus entretènemens au dehors «,380
( iages des o (liciers et matelots du canal 35, '1 1 0
Les jardins de Clagny 1 o,-joo
Les entretiens do la machine de Marty, environ fio.noo
ToTtt* 1 0,8.8/17'