A M. PONCET
INTENDANT A METZ
Sceaux, 96 may 1673.
Par toutes les lettres que le chevalier de Clerville m'écrit, il se plaint fort du voyage que vous avez fait faire à Philipsbourg par Laballc1, et de la conduite qu'il a tenue à son égard , ayant eu la hardiesse de lever des piquets que ledit chevalier avoit plantés pour tracer quelques ouvrages, et d en tracer d'autres de sa main.
Il se plaint aussy du peu de considération que vous avez pour luy, et du peu de connoissance que vous luy donnez des fonds et des travaux.
Je suis bien ayse de vous expliquer toutes ces plaintes, parce qu'il est
' Une lettre écrite par le chevalier de Cler- «ille â Colbcrt, le 1 1 octobre 1670, renferme quelques renseignements curieux mit cet individu :
* J'apprends avec asseï de surprise, disait-il , qu'un garçon autant inquiet qu'insigne menteur et très-ingrat, nommé Lahalle, vous u présenté des plans, et dresse des mémoires qu'il montre à des personnes de ma ronuoissance, par lesquels il présume, aiin d'appuyer son mérite, que, pour estre parvenu de la condition de menuisier, et, du depuis, jardinier de M. d'Oppède jusqu'à celle d'un de mes copistes de plans, il se soit, en quatre ans et deiny qu'il a mangé mon pain et en un voyage de deux mois eu Hollande, rendu capable de m'inspirer, comme il dit avoir fait, re qu'une longue expérience peut mVoir acquis. J'ay cru qu'il vous aurait assurément caché les raisons de sa retraite d'auprès de moy, ou que, s'il ne l'a fait, vous me pourries peut -estre faire l'honneur de vous en informer de moy. Aiosy. comme il pourrait vous abuser la-dessus, aussy bien que sur d'autres objets, je vous supplie de suspendre voslre créance, tant en ce qui me regarde qu'au reste, jusqu'à ce que
f aye eu l'honneur de vous taira remarquer, comme je feray par le premier courrier, la manière deabonoeste et infime avec laquelle il s'est retiré de moy, et que je vous aye fait connoistre le fruit qui se peut tirer de quelque feu d'imagination qu'il a , sans fondement d'aucune science, cl enfin île quelle façon on se peut servir du peu qu'il a appris, depuis qu'il est à moy, sans désespérer tous ceux avec lesquels il pourvoit eslre, et sans avoir sujet de se repenlir de l'avoir employé sans un guide qui puisse rectifier sa conduite aussy bien que ses imaginations. Eu attendant quoy, je suis en estai de vous offrir, si vous le désirex, un autre homme du moins beaucoup plus sage et plus arresté que luy, lequel viendra mieux à bout qu'il ne sçauroit faire des choses qu'il t ous propose.
«Je suis bien marry d'eslre obligé à vous rompre la test»' de ces sortes de choses, niais comme elles sont du service qui doit estre rendu au Roy, sous voslre ministère, je vous supplie de n'estre point importuné de ce que j'en dis...-. (5oo Colbtrt, vol. i«5, fol. 10.)
tahalle devint néanmoins entrepreneur des travaux de Brjsacb
KOHTIKICATIUNS.
fort important pour le .service du roy que vous lassiez en Mute que ceux qui travaillent par ordre de Sa Majesté dans les places où vous avez pareillement à travailler, soyent contens et qu'ils travaillent gayement. C'est mesme à vous à gouverner tous les esprits avec lesquels vous avez à agir, en sorte que, quand mesme ils auraient des défauts, vous puissiez vous en parer, sans les relever ni leur faire connoistre, et vous servir avantageusement de tout ce qu'ils peuvent avoir de bon1.
Pour vous dire le vray, le Roy ayant choisy ledit chevalier pour régler et conduire tous les travaux de ces deux places, il m'a paru assez clairement, par le plan que vous m'avez envoyé dudit sieur Lahalle, par le voyage que vous luy avez fait faire à Saint-Germain, et par celuy que vous luy avez fait faire encore de nouveau à Philip&bourg , que vous vouliez élever cet homme contre ledit chevalier dont il a esté toute sa vie domestique, et que par conséquent ses plaintes sont assez vraisemblables. Pour peu de réflexion que vous y fassiez, vous verrez qu'assurément cela n'est pas raisonnable, et que vous devez traiter les hommes chacun suivant leur mérite, leur poste et l'employ que le Roy leur a donné.
Je vous écris à présent sur cette matière plus clairement et plus amplement que je n'ay pas encore fait, parce que je suis persuadé qu'il est absolument nécessaire pour le bien du service de Sa Majesté que vous réunissiez les esprits de tous ceux qui doivent travailler à mettre les places en bon estât, pour les faire concourir avec gayeté et facilité à en avancer les travaux; d'autant que le Roy estant àprésentà la leste de ses armées, il est impossible qu'il ne fasse quelque grande entreprise digne de luy, et que lorsqu'il y sera attaché, ses ennemis, cherchant tous les moyens de l'en divertir, ne fassent aussy de leur part toute la diligence possible pour faire quelque autre entreprise , ou qui divertisse celle de Sa Majesté, ou qui les en puisse récompenser. C'est pourquoy vous devez vous appliquer à présent plus que jamais à avancer tous vos travaux, et y employer le jour et la nuit, s'il est possible.
Je ne vous diray rien du détail, parce que vous en avez tous les mémoires, et depuis le temps qu'on en parle, vous estes bien informé de l'ordre que vous devez observer pour les faire. Ne manquez pas de
1 Par le intime courrier. ColUert mandait à Clervillo :
«J'écris à M. Poacet sur lee plaintes contenues en vostrr> lettre «lu 1 7 de ce mois. Je ne doute pas qu'il no vous donne satisfaction sur tout ; mais je von? dois dire que vous devei
divertir voslre esprit de trop de recherches et d'exag«'rer ces plaintes qui assurément vous détournent et vous empeschenl de vous appliquer
servit le plus avantageux pour le liien du service du roy...r (/>••/,«» Aet fvrùf. 1678, Toi. i5i.)
m envoyer tous les quinze jours un mémoire de Testât desdits travaux, contenant ce que vous y avez avancé depuis le précédent, et averlissezmoy de bonne heure lorsque vostre fonds diminuera, afin que vous n'en manquiez pas.
(Dépôt i
.Mm. ao5.i673.bl. i«9 )