‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 2)Chapitre 54 sur 470 · AU DUC DE NAVAILLES · texte numérisé non relu

AU DUC DE NAVAILLES

Pari», 93 juillet 1673.

J'ay reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m écrire de Brisacb du 10 de ce mois; je vous avoue que c'est un abisme de concilier l'esprit des personnes qui sont préposées pour la conduite des travaux de ce payslà. Vous avez une expérience consommée, et vous pouvez mieux juger que personne des propositions qui sont faites et des différons avis sur les ouvrages qui seront à faire. Vous connoissez facilement qu'il ne m'est pas possible de pouvoir dire mon avis de si loin; je vous diray seulement que jusqu'à présent je me suis tenu dans les règles.

Le chevalier de Clerville a esté choisy par le Roy pour la conduite de ses ouvrages; Sa Majesté a mesme voulu que M. le Prince allast sur les lieux pour les voir et examiner; ensuite elle a résolu tous ceux qu'elle a voulu qui fussent faits cette année, et elle a envoyé ses ordres à M. Poncet, intendant, et au chevalier de Clerville pour estre exécutés. II est vray que dans la suite il m'a paru un peu extraordinaire que ledit sieur Poncet ayt suscité un nommé Lahalle,qui n'a ni mission, ni caractère, ni créance de qui que ce soit, et qui n'a jamais travaillé de son chef, pour se servir et prendre de ses plans, pour balancer les sentimens du chevalier de Clerville. J'ay cru sur cela estre obligé de faire connoistre au sieur Poncet le tort qu'il avoit d'agir de cette sorte.

Sur la proposition que vous me faites d'envoyer à Brisach le sieur Ferrade, ou quelque autre entendu en ces matières, je vous puis assurer que n'estant question que de sçavoir si l'angle flanqué du bastion d'Eckersberg

1 \m duc de Na vailles avait alors le coin- étaient en Lorraine, Alsace, Champagne et mandement en chef de loiiles les troupe* qui Bourgogne.

sera meilleur estant plus ouvert et plus approchant de l'angle droit, vous pouvez mieux en juger que personne.

Quant à la fondation dans le Rhin , ceux qui ont accouslumé de travailler à Brisach sont plus capables d'en juger que tous ceux qui n'y ont pas esté; ainsy, je crois que vous pouvez facilement terminer cette contestation sur le lieu. Je remets donc à vostre prudence à concilier ces esprits, et si vous en pouvez venir à bout, comme je n'en doute point, vous rendrez assurément un service considérable au Roy, n'y ayant rien qui soit plus nécessaire pour l'avancement des travaux des places d'Alsace que de faire cesser toutes ces petites divisions

(Dépôt «le» fortification», Mss. «o5. 167S. foi. 107.)

(Lettre et réponse autographe».)

Pari», i"aoust 1673.

Les fonds que Vostre Majesté a ordonnés pour les travaux à faire dans les places de Calais, Ardres, Monthulin et Boulogne, ont esté envoyés sur les lieux, et tous les ouvrages que Vostre Majesté a ordonnés sont achevés ou le seront dans le courant du présent mois d noust \

Les ouvrages des places de Péronnc, Saint-Quentin, Ham, Le Catelet, Guise et La Capelle, sont continués par les soins de M. Rouillé, suivant les ordres que Vostre Majesté luy en donna à son passage; il me semble qu'il s'acquitte bien de son devoir, et que ces places se mettent en bon estât k.

Les places de Château -Regnault, Linchamp, Donchery, Mouzon et Jametz, sont rasées, et Vostre Majesté a esté informée à son passage de Testât de celles de Rocroi, Mont-Olympe, Mézières, Stenay. Elle voit ù présent celles de Sierck et Moyenvic, Verdun et Marsal, et M. le duc de Navailles luy aura rendu compte de Brisach, Philipsbourg et autres places

* La lettre de Colbert à M. «le Navaillos i-oiisiate l'impatience que lui faisaient éprouver les dissentiments continuels entre l'oncet et le cheraiier de ClerviUe.

Quant au sieur Laballe, qui avait adressé directement des observations au ministre , il en reçut, â la date du 8 juillet, cette sèche réponse:

-Je n'ay pas arroiislnmé île recevoir des

lettres des entrepreneurs des travaux qui sont à faire aux places.

«Cootentex- vous d'obéir aux ordres qui vous sont donnés par M. le chevalier de Clerville, . et do les exécuter avec ta ponctualité que vous devei. Surtout ne perdez pas un moment de faire avancer les travaux de Brisach durant la belle saisoo, avec la diligence et la solidité possibles.- (Dépit fm-tif. ifi73. fol. 1R7.)

Il ne reste que celles de Bourgogne, sur lesquelles je ne doule point que Vostre Majesté ne fasse venir auprès d'elle M. d'Aspremont, pour luy en rendre compte. Je dois cependant luy dire qu'il prétend faire une trèshonne place d'Auxonnc; mais au lieu du fonds de 187,000 livres que Vostre Majesté a fait pour les deux places de Chalon et Auxonne, MM. Bouchu et d'Aspremont, après avoir soigneusement examiné le détail de toute la dépense, m'ont fait sçavoir, par diverses lettres et mémoires, qu'elle monterait à 3 17,950 livres sur lesquelles l'on pouvoit seulement remettre à Tannée prochaine des ouvrages pour 79.500 livres et qu'ainsy il falloit, celte année, au inoins ti û 5 , /1 5 0 livres, sur quoy déduisant 187,000 livres de fonds fait, il reste à fournir io8/j5o livres d.

Comme ils m'ont envoyé deux courriers consécutifs pour me faire connoistre que tous les ouvrages alloient cesser si je ne leur envoyois des fonds, je leur ay envoyé 5o,ooo livres en deux fois: Vostre Majesté me fera , s'il luy plaist, sçavoir si elle agrée celte augmentation de dépense et si je feray fournir le surplus des io8,/i.r>o livres*.

BÉPOURB l»R Ui\ IS XIV, B.1 IHBOK :

Nancy, 3 «ouM.

* Itou.

* Bon.

* J'uy dit à Rocroi ce qu'il y avoit à faire, et a Vcrduu aussy. Pour les autres, je n'en ny pas ou y parler, hormis de Sierck et Linchamp , que je sçais qui sont très-bien rasées. iNavailles m'a dit que tout va très-bien en Alsace.

* Mandez à Aspremont de me venir trouver et de m'apporter tous les dessins, afin que je décide sur lequel y aura à faire et qu'on puisse régler les fonds. Je n'avois pas sougé à le faire venir, pur ne le pas détourner.

* Vous avez bien fait d'envoyer les 5o,ooo livres; quand j'uuray vu Aspremont et que je seray instruit , j'espère que je prendray le bon party.

(Cabinet de M. le duc de Luynas, M», a' 93 . carton a.)

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