INSTRUCTION POUR LE SIEUR BRÉAU a
Paris, 19 may 167*1.
Le sieur Bréau s'en allant par mon ordre à La Fère, aussytost qu'il y sera arrivé, il rendra ma lettre au sieur de Linières et commencera à l'instant mesme à visiter tous les travaux qui se font en ladite place.
Ces travaux sont des remuemens de terre, des ouvrages de maçonnerie pour le rétablissement des ouvrages des fortilications et des bastardeaux dans les eaux, et de charpente pour les palissades.
1 N'ayant aucune notion du genre de travail auquel il avait été appelé, de Linières alla d'abord en tâtonnant ; Colberl en éprouvait quelque impatience, aussi il lui écrivait encore quelque temps après :
• Je trouve que vous allez trop lentement à commencer le travail; vous devez vous piquer
et vous faire un honneur de le conduire plus vile que tous les travaux des autres places; il est nécessaire que , par une grande application , vous répariez le défaut d'eipérience que vous avez... •> — Voir aussi pièces n" 98 , 1 o3 et notes.
1 llrénu fut plus tard ebargé de diriger les constructions du chAteati de t.lagnv.
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Mon intention est qu'il examine soigneusement toutes les qualités de terre ijn'il faut porter, les lieux où elles doivent estre prises; qu'il examine avec soin combien les hommes de corvée en peuvent porter par jour et ce qu'ils coustent, tant pour le pain de munition qui leur est fourny aux dépens du roy que pour la dépense des outils, et en cas que les villages desquels ils sont leur donnent quelque chose; qu'il examine en mesme temps combien la toise de terre pourroit couster par le moyen des Risse- Ions, que j'ay envoyés sur les lieux. En cas qu'il trouve que les Rissolons pourront faire ce travail à aussy bon marché, il le fera connoistre au sieur de Linières, afin qu'il puisse en faire un marché avec eux. Mais en cas que les Risselons ne puissent pas faire ces remuemens de terre au mesme prix que les corvées, à quoy il y a beaucoup d'apparence , il examinera tous les moyens qui pourront estre pratiqués pour avancer ce travail et donnera ses avis audit sieur de Linières. En cas que les Risselons puissent faire marché à un cinquième ou un sixième davantage que ce qui s'est dépensé par le moyen des corvées, il faut faire marché avec eux et leur donner un canton dans lequel ils puissent entreprendre le remuement de 5 à 6,000 toises de terre'.
Surtout, il examinera le nombre de toises de terre qu'il faut remuer pour tous les ouvrages, et calculera en combien de temps ce travail pourra estre fait , eu égard au nombre d'hommes de corvée qui y travaillent et au nombre que les Risselons y peuvent mettre, et à combien en pourra aussy monter la dépense.
Il examinera avec grand soin les ouvrages de maçonnerie, verra en détail le prix de la pierre et de la brique qui y est employée, celuy de la chaux, du mortier et de la main de l'ouvrier, pour connoistre véritablement si le prix qui est donné de la toise est bon pour le roy ou non. En cas qu'il soit trop avantageux pour les entrepreneurs, comme j'en suis presque certain, il cherchera tous les moyens possibles pour les changer; et en cas mesme qu'il soit nécessaire d'envoyer des entrepreneurs de Paris, il en mandera, et me le fera sçavoir.
1 Deux an* plus tard , les Rissolons furent envoyés à l'intendant d'Amiens pour entreprendre des travaux qui devaient être faits à Péronne. N'ayant pas réussi dans leur soumission , ils revinrent vers Colbcrt, qui écrivait le h avril à M. de Breteuil :
«Ce sont de bons ouvriers, qui travaillent à bon marché, avec ordre et conduite. Ils m'ont dit qu'on n'a voit pas voulu recevoir leurs rabais, et qu'il* offrent de faire les remuemens de teno
a 4 livres 1 0 solsdont ilsdisent que vous donnez 5 livres h sols. Vous prendrez la peine d'examiner si celle offre peut estre lionne à quelque chose. Je vous dirav seulement encore sur leur sujet que oc sont de bons ouvriers, et qu'ils exécuteront ton oien ce qu us eniP'pp'noroni. Et en cas que leurs offres vous paraissent reeovables, je les renverray aussytosl surles lieux." ( fié)tôl (\n ftiri\f. 1 67»» , fol. 7 1 . )
FORTIFICATIONS. Hl
Il examinera tous le* ouvrages de maçonnerie qui sont à faire, le nombre d'ateliers qui sont establis, le nombre d'hommes de chaque atelier; examinera en combien de temps tous les ouvrages pourront estre faits, et tout ee qui est à faire pour les rendre faits et parfaits avec plus de diligence, comme aussy pour les rendre solides et à bon marché ; dressera des mémoires de tout, les donnera avec ses avis au sieur de Linières, et tiendra la main à faire exécuter tout ce qui pourra l'estre en sa présence.
Il fera la mesme chose à l'égard de la charpente et des palissades.
Il doit connoistre que le sujet pour lequel je l'envoyé à La Fère est pour parvenir, s'il est possible, à faire faire tous les travaux qui ont esté résolus pour la fortification de cette place dans les mois de juin et de juillet; qu'ils soyent solidement faits et à bon prix pour le roy, et surtout que ce voyage et son application serve à l'instruction du sieur de Linières.
En cas que ledit sieur de Linières veuille le mener à Ham1 pour y faire la mesme visite, et luy donner les mesmes avis, il ne manquera pas de s'y rendre avec luy.
(Dépdt des fortification., Mw, 167*, fol. «&«.)