A M. DE LIMÈRES
INTBNDANT DES FORTIFICATIOIS8.
Versailles, 10 a oust 167(1.
J'ay reçu la lettre que vous m'avez écrite, le 5 de ce mois, avec la copie des marchés que vous avez passés en dernier lieu pour les travaux de La Fère. Sur quoy je vous diray que l'adjudication que vous avez faite à 7 1 livres pour chaque toise [courante] de maçonnerie des hastardeaux me paroist assez chère, vu que je sçais que la fondation en ce lieu-là en est facile. Je ne crois pas qu'un bastardeau ayt une toise de large, et à Paris elle ne revient pas à si haut prix.
Appliquez-vous toujours à connoistre en détail la juste valeur des malériaui qui entrent dans chaque toise de maçonnerie, afin de vous rendre dans peu habile en ces matières et de faire faire les ouvrages à meilleur compte, s'il est possible.
Je trouve aussy que la façon du cent de solives mises en œuvre à 80 livres est assez chère, en donnant icy à peu près la mesme somme, quoy que les ouvriers y gagnent beaucoup moins, les vivres y coustant bien plus qu'à La Fère '.
Puisque vous avez esté obligé de détourner les eaux du moulin de Bautor, il sera bon que vous fassiez l'évaluation de la non-jouissance dudit moulin, afin d'en rembourser M. de Manicamp, et que vous fassiez reprendre auxdites eaux leur cours ordinaire le plus tosl qu'il sera possible3...
(Depot de* fortifications. Mm. »o6. 1 67a. fol. 916.)
Versailles, 16 septembre 167 4.
J'ay reçu vostre lettre du 1 a de ce mois. Vous trouverez cy-joinl l'ordre
1 Une autre fois, Colberl lui donna de
• Pour vous instruire, il serait nécessaire que vous fassiez Taire un toisé exact de toutes les terres qu'il faut tirer des fusses et transporter, toiser la longueur du chemin qu'il y a à faire , voir combien un homme par jour peut taire d'ouvrage, et ainsy multiplier le nombre •l'homme* dont chacun de vos ateliers est
composé. Il faudrait que vous fissiez la mesme chose de tous les autres ouvrages et que vous m'en rendissiez compte en détail , pour me faire connoistre que vous donnes toute vostre application pour vous rendre capable de servir le roy dans ces sortes d'emplois. .. 1 (Dépôt de» fvrttf. 1676, fol. ai 5.) — Voir pièce n*o5. »' Voir pièce n* 1 59 et noie.
du rov (jue vous avez demandé pour faire travailler à corvées, aux ouvrages de terre de La Fère et de Haro, les babitans des paroisses dépendantes des gouvernemens de Chauny, Coucy, Noyon et Laon, qui ne sont éloignées desdites places de ta Fère et de Ham que de 3 ou h lieues au plus1. Appliquez-vous soigneusement à faire exécuter au plus tost ledit ordre, afin de faire avancer ces ouvrages avec toute la diligence possible, et particulièrement les parapets des remparts, les demy-lunes et les contrescarpes. Cependant donne ordre, cet ordinaire, au trésorier des fortifications d'envoyer à La Fère un nouveau fonds de 90,000 livres, et aussytost que vous m aurez fait sçavoir par un mémoire exact la somme qu'il faudra pour achever les travaux ordonnés par le Roy pour la fortification de cette place et contenus au devis de M. de Vauban, j'en rendray compte à Sa Majesté pour y pourvoir.
A l'égard des six villages du gouvernement de Noyon que vous m'avez marqué uppartenir à madame la duchesse de Pecquigny3, vous les trouverez compris dans la liste des villages qui doivent travailler à corvées, à La Fère et à Ham; mais il faudra que vous les en déchargiez sans conséquence à la prière que ladite dame vous en fera3. Faites-luy sçavoir que je vous l'a y écrit.
(t)ëp*t d« forufiestioiw. Mm. »oâ, 167*, fol. >6s.)
1 <• J'ay esté surpris , écrirait sept jours auparavant Colbert à de Linières, de recevoir le* lisl<* di- toutes les paroisses dépendantes des gomernemen» de Chauny, Coucy, Noyon et Laon , vu que je vous avois seulement demandé celles des paroisses desdits gouvernemens qui sont a 3 ou A lieues au plus des places de La Fère ou de Ham. Prenei bien garde à l'avenir de mieux entendre et exécuter les ordres q je je vous donne, d'autant que tous ces détails sont préjudiciables au service du roy. Peur remédier promptement a. ce mal , ne manquez pas à m'envoyer par le premier ordinaire une liste dans la forme que je vous l'ay demandée, des villages à 3 ou h lieues de La Fère et de Ham." (Dty4ttl*$ forbf. fol. s53.)
1 Aomois de mai précédent, la duchesse de Perquigny avait tenu sur les fonts baptismaux
avec le duc de Chaulnes, son fils, un enfant de la duchesse de Chevreuse, fille ainée de Colbert. (Voir IV, Admmutrat*>n protwcMe, pièce n* 97.)
3 (Tétait une faveur bien exceptionnelle, et en faisant celte recommandation à l'intendant, Colbert oubliait sans doute qu'il lui avait écrit le 1 1 juillet précédent :
v J'ay reçu un billet de vous , du 8 de ce mois , par lequel vous me mandes que vous allés exempter les habitans des terres de M. de Manicamp des corvées. Sur quoy je vous diray que je ne vous en ay point écrit, et que de quelque eoslé que vous viennent ces sortes d'instances, vous ne devez point y déférer pour qui que ce soit..» (Dépôt de» jvrùf. 1674, fol. 199.)
FOHTIFICATIONS.
Î05. — A M. BOUGHU,
INTENDANT A DIJON
Versailles, aa septembre 1 676.
Par ma lettre du 1 h février dernier, je vous ay écrit que le Roy vouloit qu'on fist cette année à Auxonne le demy-bastion sur la Saône , et les bastions de Béchau, Royal et du Cygne, et Sa Majesté faisoit estât que ces bastions et leurs courtines seraient fort avancés à présent; cependant il se trouve qu'il n'y a- que le demy-bastion qui soit élevé de a 1 pieds, et le bastion de Béchau fondé, suivant les mémoires que j'en ay reçus.
Comme cette place est toujours de la mesme considération dans l'esprit de Sa Majesté, vous pouvez facilement connoistre combien elle a peu de sujet d'eslre satisfaite du peu de travail qu'il y a esté fait; et quoyque peut-estre la présence de Sa Majesté et la conqueslc qu'elle a faite de la Franche-Comté peut avoir diverty des ouvrages pendant ce temps-là, comme tout a esté finy dès le 90 juin, l'on aurait pu beaucoup avancer ces travaux depuis le temps si on avoit travaillé de la manière qu'il se pratique dans les autres places.
Je veux croire encore que la mort de Bernard1 et les incertitudes d'Anglart peuvent avoir donné lieu à quelque retardement; mais, comme il est impossible que, dans des affaires de cette nature, il n'y ayt toujours quelque difficulté à surmonter, il me semble qu'avec l'application et l'autorité du roy que vous avez en vos mains on peut bien en surmonter de plus grandes que celles-là. Je vous prie donc de vous en aller à Auxonne aussytost que vous aurez reçu ces lignes, d'examiner avec soin tout ce qui se peut faire pour forcer ces ouvrages et les avancer d'une autre manière que par le passé; et faites en sorte que dans les deux mois d'octobre et do novembre, pendant lesquels on peut travailler encore à la maçonnerie, vous puissiez non-seulement fonder les deux bastions et les deux courtines qui restent à faire, mais mesme les élever le plus qu'il sera possible; et ensuite, bien employer le temps de l'hyver que.l'on ne pourra travailler, pour faire un grand amas de matériaux , et recommencer le travail dès le mois de février. Il est nécessaire que vous fassiez de ce travail voslre principale opération ,
- J et Aogiart s étaient associés pour décharger la veuve de Bernard qu'après avoir entreprendre les fortifications d'Auxonne. Ber- eu l'assurance que les travaux exécutés étaient
nard étant mort, Anglart resta seul chargé de proportionnés aux sommes qui avaient été l'exécution du marché. Colbert ne consentit à payées par le Trésor.
n'y ayant assurément rien que le Roy ayt plus à cœur que ravanceuicnt des travaux de celte place.
Dans tous ces travaux, vous devez observer qu'il faut les conduire en sorU; que la place ne se trouve jamais ouverte et qu'elle puisse estre en estai d'estre bien défendue dans le mois d'avril prochain.
Pour parvenir à cette diligence, si Anglart vous paroist assez habile pour cela, vous devez l'obliger à demeurer continuellement sur les lieux; mais il faut aussy que vous luy donniez toutes les assistances qui seront nécessaires pour faire ces amas de matériaux et pour les autres besoins qu'il pourra avoir. Et en cas que vous trouviez que la pierre dont il doit se servir, suivant son premier marché, ne soit pas bonne, et qu'il soit obligé d'en prendre plus loin, vous devez juger s'il y eschet quelque petite augmentation de prix, cl le faire1. Vous pourriez mesme chercher dans la province d'autres entrepreneurs pour leur donner d'autre travail , et establir deux ateliers et deux entrepreneurs.
Je conclus en vous disant que je vous enverray tous les fonds que vous me marquez estre nécessaires. Et comme, de ma part, je ne manqueray point à tout ce que vous me demanderez, faites en sorte que le Roy soit aussy satisfait en voyant avancer ces travaux avec la diligence que Sa Majesté désire*.
( Dépit des fortifications , Mm. »o5, 167& . M. »7* ,