AU MARQUIS DE MARTEL
LIEUTENANT GÉNÉRAL DES ARMÉES NAVALES
(Minute autographe.)
Saint-Germain, a» novembre ififig.
Je vous envoyé, par ordre du roy, un officier d'artillerie de terre qui >çail faire les fusées et tirer les boulets qui portent le feu il y a de ce* boulets partis, qui arriveront dans peu à Toulon, en sorte que vous
4 Voir pièce n* 1 1 5 . note a .
aurez tout ce que vous devez pour cela ; mais avant de faire un grand fondement sur cette machine, faites-la éprouver en vostre présence, et voyez si l'effet en est aussy grand que vous le croyez. Pour moy, je vous avoue que je n'ay pas la mesme opinion ; vous devez sçavoir que ces boulets ont quelquefois fait leur effet dans la terre et bien souvent ont manqué, que Ton ne s'en est presque point servy dans les sièges que le Roy a faits, et que jamais on n'en a fait l'épreuve dans du bois. Comme il faut qu'ils percent et demeurent dans le vaisseau pour faire leur effet, je trouve qu'estant creux ils ont bien de la peine de percer le premier bord. En un mot, vous pouvez en faire l'épreuve vous-mesme , et bien connoistre si vous pouvez fonder quelque chose de considérable sur cette machine.
L'intention du Roy est que vous commenciez par la réponse à celle-cy à luy écrire à luy-mesme l. Ce sera la dernière lettre ou mémoire que vous recevrez icy de moy. Vous joindrez facilement un mot de lettre à moy pour ra'adresser la lettre de Sa Majesté, et je feray la mesme chose.
Sa Majesté donne ordre, par ce courrier, à M. d'Infreville de donner des vivres aux deux escadres de Valbellc et d'Almeras jusqu'au dernier juin de l'année prochaine, et à la vostre jusqu'au dernier aoust, voulant que vous demeuriez à la mer deux mois après eux, afin que, pendant ces deux mois, elle puisse faire sortir une nouvelle escadre pour tenir toujours la mer occupée de ses forces maritimes.
Vous apprendrez, par les ordres de Sa Majesté, la résolution qu'elle a prise sur le choix des officiers. Sur quoy je dois vous dire que vous ne devez jamais de vostre chef destiner des officiers et des vaisseaux, d'autant que Sa Majesté ne veut point laisser cette liberté à ceux qui commandent ses armées de terre et de mer, et qu'au lieu d'avancer ceux qui vous sont proches vous travaillerez à les éloigner. Tenez-vous à l'avis que je vous donne, et soyez assuré qu'il vient de l'envie que j'ay que vous soyez satisfait.
Mettez toutes pièces en œuvre pour réussir et pour faire parler de vous en portant la gloire des armées maritimes du roy plus loin que celle de terre. Je le souhaite pour vostre avantage. Donnez-moy matière de bien parler de vous et soyez en repos du reste.
(Bibi. Imp. Mm. Colbert et Seignelay, S. F. 3,oia, IV, cole a, pièce 1 1 , fol. ftl - Arth. de la Mar. Dépêche, concernant la marine, 1669, fol. 5o6.)
1 Ce nouveau mode de correspondance était la conséquence de ta promotion du marqué <!«• Martel.
POUR LES COMMISSAIRES GÉNÉRAUX ET ORDINAIRES. (Copie, portant : De la main de Colbert.)
Saint-Germain, 96 novembre 1660.
Le commissaire général ou ordinaire de la marine qui voudra bien s'acquitter de son devoir, et rendre au Roy le service auquel sa charge l'oblige, doit avoir pour but, dans son employ, que les équipages des vaisseaux de Sa Majesté soyent complets, tant en officiers, matelots que soldats, et composés de bons hommes ; qu'ils soyent bien nourris et bien payés ; et qu'ils s'acquittent des fonctions auxquelles ils sont destinés.
Pour cet effet, ledit commissaire doit faire un rôle exact et signalé de tous lesdits officiers, matelots et soldats qui s'engagent au service de Sa Majesté pour l'équipage de chacun vaisseau, en marquant leurs nom, âge, pays, taille, poil, marques extérieures et apparentes, soit à la taille, soit au visage, la solde qui leur a esté promise et le temps qu'elle doit com mencer. Et en cas qu'il trouve quelques-uns desdits officiers, matelots et aidais qui ne soyent en âge ni en estât de servir, il doit les rebuter et ne les point employer sur son rôle.
Aussytost que l'équipage sera assemblé et que l'intendant aura réglé le jour auquel la solde commencera de courir, ledit commissaire en fera une eiacte revue, laquelle il enverra directement au secrétaire d'Estat ayant le département de la marine, et en donnera une autre à l'intendant.
H observera de faire payer l'équipage entier à la banque en sa présence < t sur son rôle de signal, tant des avances qui auront esté accordées auparavant rembarquement, que du parfait payement de leur solde lors du désarmement.
Ledit commissaire prendra soin de visiter les vivres qui seront embarqués sur le vaisseau pour la nourriture de l'équipage, en reconnoistra la qualité pour rebuter ceux qui ne seront pas bons, observera qu'il y en ayt la quantité; nécessaire pour tout le temps de l'embarquement, et prendra }|arde que les lieux où seront mis lesdits vivres soyent en bon estât, tant pour les contenir que pour les conserver.
L'inventaire général du vaisseau sera fait en sa présence et signé par luy et par l'écrivain lorsqu'il s'en chargera, et le commissaire tiendra la main que toutes les marchandises et munitions y contenues soyent soigneusement conservées, et que ledit écrivain tienne un registre fidèle et eiact de toutes les consommations.
m MARINE
Aussytost (jue le vaisseau sera prest à mettre a la voile, ledit commissaire fera une seconde revue, examinera homme par homme, et enverra son extrait, ainsy qu'il est dit cy-dessus.
Il prendra soin de faire de nouvelles revues toutes les fois que les vents et la commodité le pourront permettre, et de les envoyer par toutes les voyes qu'il trouvera dans la suite du voyage.
Pendant tout le temps qu'il sera sur chacun vaisseau, il aura soin d'exciter les officiers qui commandent les soldats de leur faire faire souvent l'exercice pour leur apprendre le maniement des armes, la marche et toutes les évolutions, et mesme, toutes les fois qu'ils pourront, mettre pied à terre pour pouvoir marcher plus longtemps ensemble, bien garder leurs rangs et les rendre adroits et fermes pour toutes sortes d'actions de guerre.
Il visitera les habits et armes des soldats, et fera mention dans les revues de Testât auquel ils seront. Pareillement, les extraits de ces revues contiendront combien de fois les officiers commandant les soldats leur auront fait faire l'exercice sur le vaisseau ou à terre, soit chacun mois, soit depuis le temps de la dernière revue.
Outre les exercices des soldats, il observera encore soigneusement les manœuvres des matelots et l'exercice des canonniers. A l'égard de ceux-là, il fera mention dans ses extraits des bons, des communs et des mauvais, afin d'oster ceux-cy du service, et récompenser ceux qui se signaleront entre les premiers. A l'égard des canonniers, il tiendra aussy la main que ceux qui les commandent leur fassent faire souvent l'exercice ; et il en fera mention dans ses revues, ainsy qu'il est cy-dessus dit des soldats.
Toutes les fois que les vaisseaux de Sa Majesté aborderont en quelque lieu où il y aura un intendant, commissaire général ou particulier qui y résideront, le commissaire qui servira sur lesdits vaisseaux leur fera voir ses rôles de signal; et ensuite ledit intendant, commissaire général ou particulier résidant feront la revue en présence de l'autre ; et les extraits en seront envoyés par l'un et par l'autre, ainsy qu'il est cy-dessus dit.
Le commissaire de l'escadre ou vaisseau sera toujours présent à la distribution des vivres, et prendra garde que la quantité contenue aux règlemens soit bien fournie, et que les vivres soyent toujours de bonne qualité.
En cas que, par quelque accident non prévu, quelque partie desdits vivres se trouve gastée, il prendra soin de les faire jeter à la mer, ne souffrira point qu'ils soyent distribués à l'équipage, sous quelque prétexte que ce puisse estre, et observera soigneusement en quoy l'on peut avoir manqué, soit au choix des vivres, soit au temps ou à la manière de leurs
liaisons, soit au lieu où ils auront esté rais, pour y apporter les remèdes nécessaires dans les voyages suivans.
Lorsque quelques-uns des soldats et matelots seront malades, il prendra soin de les faire séparer des autres autant que le vaisseau le pourra permettre, et de leur faire donner toutes les assistances et les rafraischisseraens qu'il sera possible pour leur guérison.
En cas que l'escadre soit assez considérable pour qu'il y ayt un vaisseau servant d'hospital à sa suite, le commissaire prendra soin de bien vérifier tout ce qui sera embarqué pour servir à cet usage, et que le tout soit bien employé, et les malades soulagés.
Le commissaire vérifiera tous les mois avec l'écrivain l'inventaire du vaisseau et le registre des consommations, le signera et représentera au capitaine commandant le vaisseau ce qui luy semblera nécessaire, tant pour conserver le contenu audit inventaire que pour en diminuer la consommation.
Lorsque les vaisseaux rendront le bord , avant qu'aucun homme de l'équipée ne sorte pour aller à terre, ledit commissaire de l'escadre ou vaisseau donnera avis à l'intendant ou au commissaire général du port d'envoyer un autre commissaire pour, conjointement avec luy, faire la dernière revue sur laquelle le payement sera fait à la banque.
Dans tontes les revues, le commissaire prendra toutes les précautions que son expérience luy pourra suggérer pour empescher les passe-volans; à qiioy son rôle de signal luy donnera beaucoup de facilité. Et, en cas qu'il en rencontre, il les mettra à la garde de l'officier qui commandera, pour o>tre punis suivant la rigueur des ordonnances.
En cas que l'escadre ou vaisseau soit obligé de relascher en quelque lieu, soit pour radouber, espalmer, défaut de vivres, ou pour quelque autre accident, ledit commissaire prendra soin de luy faire fournir- tout ce qui luy sera nécessaire pour le remettre promptement en mer ;
Sollicitera le capitaine de sortir, et en cas que, pour quelque cause que <*e soit, il n'apportast pas toute la diligence qu'il devra pour cela, il luy déclarera qu'il sera obligé d'en donner avis à Sa Majesté ;
Prendra soigneusement garde que le capitaine ne charge point son bord de choses inutiles pour le voyage qu'il doit faire, ou pour le combat, ni raesme que, sous de foibles prétextes de radoubs et de rechanges, il n'entre point souvent dans les ports et n'y demeure inutilement. Sinon , après luy avoir remontré, Sa Majesté veut qu'il on donne avis au secrétaire d'Estat ayant le département de la marine et à l'intendant.
(Arrh. la Mar. Ordre» du roi pour la marine, 1669, fol aoo )
\n. — A M. DAGUESSEAU,
INTENDANT A BORDEAUX
(Copie portant : De la main de Colbert.)
Paris, 99 novembre 1M9.
M. Colbert de Terron m'a envoyé la copie d'une lettre qu'il vous a écrite sur le sujet des bois qu'il fait acheter et des voitures qu'il fait faiiv . dans i'estendue de la généralité de Bordeaux pour toutes les constructions et l'entretènement du grand arsenal de marine à ttochefort. Sur quoy je dois vous dire que l'intention du Roy est que vous donniez toutes les facilités pour tout ce qui peut servira entretenir cet arsenal, et à y faire fournir les choses qui y sont nécessaires.
Et, quoyquc peut-estre il vous paroisse dans la discussion quelque chose qui soit contraire au bien des particuliers, comme le prix des voitures et l'occupation des charrois dans le temps des récoltes, vous trouverez néanmoins que l'avantage que le public reçoit par l'argent de l'achat des bois et marchandises, et le prix de ces voitures mesmes qui se répand dans le pays, est infiniment plus considérable que le petit préjudice que les particuliers peuvent recevoir.
Vous trouverez de plus que le principal et le plus grand fruit que le Roy tire des grandes dépenses qu'il fait de toutes parts, et particulièrement en ce qui concerne ce grand nombre de vaisseaux qu'il met en mer pour le bien et avantage de ses sujets et la réputation de ses armes, consiste à exciter partout l'industrie de sesdits. sujets et à faire pénétrer par toutes les parties de son royaume, mesme les plus reculées, les achats de marchandises, les voitures, les establisseraens et manufactures nouvelles, l'employ de ses sujets à la mer et à toute autre sorte de services publics, afin de leur faire regagner par ces moyens ce qu'ils sont obligés de luy donner tous les ans par la taille et par les autres impositions.
En voilà trop pour une personne aussy intelligente que vous.
( Areh. de la Mar. Dépêche* concernant la marine, 1H69. fol. &09 )
INTENDANT A ROCHEFORT
( Copie portant De la main de Cotbrrt. )
S ri i n t -I m i main , a décembre 1 669»
Vous avez vu, par mes précédentes, que le Roy veut former un corps fixe de marine, divisé dans ses principaux establissemens. Ceux de Rochefort et de Brest estant sous vostre direction , je suis bien ayse de vous donner part en détail du dessein de Sa Majesté.
File veut donc mettre sur pied deux régimens d'infanterie de marine; Pnn sera appelé régiment Rayai de marine, l'autre régiment Amiral, de vingt rorapagnies chacun, de cent hommes chacune compagnie.
Du régiment Royal de marine, il y aura toujours douze compagnies, faisant i,aoo hommes, pour servir à Rochefort; et, comme Sa Majesté désire avoir aussy i,;ioo hommes à Brest, il y aura huit compagnies du raesme régiment et quatre de Y Amiral; quatre autres du mesme (de l'Amiral) au. Havre, et deux à Dunkerque, et les dix autres compagnies en Levant ».
L'intention de Sa Majesté seroit que le capitaine d'infanterie servis» toujours de lieutenant en second sur les vaisseaux; c'est-à-dire que, lorsqu'il y aura doubles officiers , ledit capitaine se trouvas! la quatrième personne «r le vaisseau, sçavoir : le capitaine en pied, le capitaine en second, le lieutenant en pied, et luy l'autre lieutenant en second. Sur ledit vaisseau, le lieutenant d'infanterie serviroit d'enseigne en second; et l'enseigne d'infanterie, de troisième enseigne de vaisseau. Mais lorsque le Roy mettroit toutes ses forces maritimes en mer, le capitaine d'infanterie seroit alors la troisième personne, d'autant que le Roy n'auroit plus sur ses vaisseaux (Fofficiers en second.
Les officiers d'infanterie recevraient l'ordre de tous les officiers qui commanderoient le vaisseau et le feroient exécuter par leurs soldats; et à mesure que les officiers d'infanterie seroient instruits de la marine, ils monteraient aux charges des vaisseaux.
Sa Majesté veut qu'il soit basty des casernes dans les grands arsenaui de marine pour y loger les soldats; c'est-à-dire, à Rochefort pour t.aoo hommes, et ainsy du reste. Et, en attendant, elle voudroit les loger ou au Brouage2, ou dans les isles, en sorte toutefois qu'ils ne soyent point i rharge aux habitans.
1 Par opposition aux ports de Ponanl. — 1 Polite viltn forte de la Chareiile-Inférieuro.
Sa Majesté voudrait que, en attendant le bastiment des casernes, il y en cust toujours un bon nombre à Rochefort pour faire la garde exacte el réglée sur les vaisseaux, suivant l'ordre et le règlement qu'elle en feroit.
Pour la solde, Sa Majesté donneroit aux officiers la mesme qu'aux troupes de terre, et aux soldats cinq ou six sols par jour; et, lorsqu'ils seraient sur les vaisseaux, le munitionnaire général fournirait les vivres aux officiers et soldats, suivant le règlement qu'on en feroit faire, moyennant la moitié de leur solde qui leur seroit retranchée.
Voilà à peu près les intentions de Sa Majesté, sur lesquelles il est nécessaire qu'après les avoir bien examinées, vous me donniez vostre avis, et en mesme temps, s'il y a des officiers dans nostre marine présente qui puissent servir à cstre officiers dans l'infanterie et à lever des soldats pour former ce corps; et, en cas que vous en trouviez, envoyez-m'en promptemcnl la liste. Sa Majesté veut aussy choisir de ses mousquetaires, particulièrement de ceux qui viennent de Candie, qui seront assurément de bons officiers.
Envoyez-moy aussy le mémoire des lieux où vous croyez qu'on les puisse loger, et de quelle sorte ils auront à vivre avec leurs hostes, et ce que ceux-cy auront à leur fournir, afin que je puisse aussytost expédier et vous envoyer les ordres, tant pour ceux que vous avez desjà levés, que pour ceux que vous lèverez cy-après.
Je crois vous avoir desjà mandé que Sa Majesté veut lever une corapapagnie de aoo gardes, où il y aura i5o gentilshommes et 5o soldats de fortune, pour.cn faire servir 100 en Levant et 100 en Ponant.
Outre le corps d'infanterie contenu au mémoire cy-joint, ma pensée serait de former pour la marine un corps d'artillerie qui seroit composé de 1,000 ou 1,200, ou mesme 9,000 canonniers, divisés comme l'infanterie dans tous les principaux arsenaux de marine.
Sur le pied de 9,000, qui seroit la moitié des soldats, il en faudrait mettre 600 à Rochefort, 600 à Brest, aoo au Havre, 100 à Dunkerqu«et 5 00 à Toulon.
Ce corps seroit composé d'un officier principal en Ponant et en Levant . qui commanderait toute l'artillerie et qui serait toujours embarqué sur le vaisseau amiral.
Son titre pourrait estre celuy de colonel d'artillerie de Ponant, et de colonel d'artillerie de Levant.
Celuy de Ponant aurait sous luy 3o capitaines et 3o lieutenans d'artillerie, sans enseignes; chacune compagnie composée de 5o canoniii<'r> qui seraient h la solde continuelle du roy, feraient toujours l'exercice du
canon, serviraient toujours sur les vaisseaux, ou seroient gardes sur les zoesnies vaisseaux lorsqu'ils seroient dans le port, et seroient toujours loges dans l'arsenal de marine.
Toute ma difficulté consiste à sçavoir s'il y auroit des officiers pour remplir ces places, ce que je ne crois pas; mais, avec le temps, on pourroit parvenir à en former de bons; et alors je crois qu'il n'y auroit rien de si avantageux pour la marine.
Examinez encore cette pensée, mandez-moy vostre sentiment, et examinez bien aussy tous les officiers qui servent dans l'artillerie des vaisseaux , |»our connoistre si l'on pourroit en trouver quelque nombre qui puisse commencer ces establissemens.
(Àreb. de In Mar. Dépêche* concernant la marine, 1669, fol. 61 G.)