A M. ARNOUL
INTENDANT DES GALÈRES A MARSEILLE
SaiuMiermain. n décembre ititio
J'ay eu bien de la satisfaction d'apprendre par vos lettres des q 3 et a 6 du mois passé, que les galères estoient enfin arrivées à bon port, et que, nonobstant toutes les diflicultés d'une aussy longue navigation que celle qu'elles viennent de faire, elles estoient en assez bon estât. Je n'entre point avec vous dans le détail des moyens qui doivent cslre mis en pratique pour reslablir la chiourme, parce que je suis persuadé que vous n'oublierez rien pour y parvenir, et je m'en remets entièrement à vous, sçachantbicn qu'il n'y a qu'à vous laisser faire.
C'est un grand avantage qu'il n'y ayl que 3oo malades, mais je vous avoue que la perte que nous avons faite de h à 5oo hommes me paroisi fort considérable, et je la trouverois encore bien plus grande si je n'espérois qu'on la pourra réparer par le moyen des Turcs et des bonnevoglics dont vous me mandez que les galères ont ramené un assez bon nombre. Faites-moy sçavoir le détail des conditions et de l'engagement de ces bonnevoglics, et souvenez-vous que nous ne sçaurions trop en amasser, et qu'il faut sans difficulté en prendre tout autant qu'il s'en présentera , afin de pouvoir mettre seize galères en mer en deux escadres séparées, sçavoir : huit dès le mois de mars prochain, et les huit autres quatre mois après.
Je connois comme vous, dans cette occasion, la nécessité d'avoir un bagne, qui auroil esté assurément fort utile à ce retour. Il faut prendre ses mesures pour en avoir un, et examiner les moyens de le faire avec le moins de dépense qu'il se pourra.
Non-seulement j'approuve la pensée que vous avez d'obliger les capitaines de galère d'estre présens à l'embarquement de leurs victuailles, mais je m'étonne mesme que vous ne vous soyez pas avisé plus tost de cet expédient pour leur osier toute matière de plainte, et il faut exécuter à l'avenir cette proposition sans y manquer.
Vous pouvez acheter la galère que les officiers de Sa Sainteté ont tcsnioi-
1 Nous ne reproduisons pas un passage de relie lettre, relatif an rominerre, qu'on trouvera dans le If volume, paflp 5o5 , pitVe n" 79.
i;né estre en disposition de vendre, et faire ce que vous proposez pour cet achat, puisque M. le Général trouve que c'est une des meilleures galères qui soyent à la mer.
Avant que de nous servir de chevilles de bois de chesne vert au lieu de fer pour cheviller les vaisseaux, il faut estre bien assuré si les Anglois s'en servent effectivement; s'il vient des vaisseaux anglois à Marseille, il est nécessaire que vous le vérifiiez. De mon costé, j'écris à mon frère, ambassadeur en Angleterre, de s'en informer; et, au cas que cela soit, il faudra en faire l'épreuve, laquelle il faudra commencer sur quelque bastiment léger qu'il faudra bastir pour faire la guerre aux corsaires1.
M. de Centurion me demande une lettre de recommandation à M. le cardinal Rospigliosi pour pouvoir prendre du bois dans la Romagne pour If bastiment de ses galères; mais, auparavant que de luy envoyer cette lettre, je scray bien ayse que vous sçachiez de luy par quel moyen il peut tirer ce bois et par où il prétend le faire venir.
Je souhaite que vostre fils soit bienlost quitte de l'incommodité qu'il a «ontractée dans son passage. . .
(Arcb. delà Mar. Dépêche* concernant ktgalèrtt, 1669, fol. a 10.)