AU COMTE D'ESTRÉES
VICE-AMIRAL DK PONANT
Saint-Germain, 7 lévrier 1670.
Vostre écriture est si difficile à lire que je vous prie de vous servir de la main d'un secrétaire pour écrire vos lettres2.
I! est nécessaire que vous commenciez par rendre compte au Roy de tout ce qui concerne vostre escadre, qui devroit estre en mer il y a desjà •lu temps, vous avouant que cela fait une peine incroyable à Sa Majesté de voir qu'aucun vaisseau ne puisse sortir des rades de Charente que deux mois après qu'elle en a fait estât. C'est ce qu'il faut soigneusement éviter à l'avenir, et donner une particulière application à diligenter les arméniens
' Cramin était, ainsi qu'Arlot, un hautio*jrne»u dans le Nivernais.
1 Colbert attachait beaucoup d'importance * la netteté de l'écriture; sa correspondance •t l« copies de lettres conservées pr lui dans
H écrivait, le ai novembre 1671, au sieur
Arnoul Gis, à Marseille : «Je vous avoue que je ne puis lire vostre écriture et qu'il n'est pas bien à un jeune homme comme vous d'écrire si mal que vous faites; il faut, à l'avenir, écrire d'un caractère une fois plus gros . . • ■ ( Dejnkhct concernant ta marine , fol. 198.)
m MARINE
et à faire eu sorte qu'il ne s'en consomme pas une bonne partie inutilement dans les ports.
Les vaisseaux P Hercule et le Dragon, estant partis de Brest dès le 26 du mois passé, doivent estre aux rades de la Rochelle, il y a desjà quelquetemps; et, comme ils avoient encore une partie de leurs victuailles et de leurs équipages à prendre en ce lieu-là, je m'assure que vous aurez excité les capitaines à les faire embarquer au plus tost et à se mettre en estât de sortir du pertuis en mesme temps que les autres vaisseaux de l'escadre.
J'attends avec impatience les nouvelles de vostre départ, souhaitant que vous fassiez une heureuse navigation et que vous puissiez avoir occasion de faire quelque action d'éclat .pour les forces navales du roy K
( Areh. de la Mar. Dépêche, concernant la marin* , t67o , fol. 58. |
Ul. — A M. ARNOUL,
INTENDANT DES GALÈRES A MARSEILLE
De. . . t3 février 1670.
J'ay reçu vostre lettre du premier de ce mois, par laquelle je vois que vous vous conGrmez toujours de plus en plus dans la bonne opinion que vous avez conçue de l'establissement des bonnevoglies. Le Roy approuve que vous en arrestiez jusque à quatre-vingts par galère, en sorte qu'il \ a lieu d'espérer que, avec la facilité que vous donnent les formes pour bastir des galères, le nombre en pourra augmenter considérablement dans peu
1 L'expédition confiée au comte d'Estrées avait pour but de rechercher et de détruire les corsaires de Salé. — Le a 8 du même mois , Colbert écrivait encore au vice-amiral : « Le Roy attend avec impatience la nouvelle de vostre départ, s assurant que les diligence» que vous avez faites pour mettre les vaisseaux de vostre escadre en estât de sortir des rades de la Hocbelle n'auront pas esté sans effet. Sa Majesté a esté bien ayse d'apprendre que depuis que vous y estes arrivé, vous vous estes fort entretenu avec les principaux officiers de marine des ordres des batailles navales et actions de guerre. Il est important qu'ils tournent dorénavant tous leurs soins à acquérir de la gloire et à s'ilisiruire de tout ce qui peut leur en douuer l.«s moyens; à quoy Sa Majesté s'assure qu'ils
pourront d'autant mieux s'appliquer qu'ils y seront portés et par vostre exemple et par vos excitations, et qu'ils seront débarrassés de l'économie des vivres, qui faisoit presque toute leur application. J'espère que Sa Majesté aura bientost la satisfaction d'apprendre que vous avez mis a la voile cl que, si vous avez I i • -u de faire quelque action qui puisse donner de la réputation à ses forces maritimes, vous n'en perdrez pas l'occasion. C'est ce que je souhaite passionnément. . . i> (Dèp. ame. la mar. fol. 101.) — Malgré les instances de Colbert, le comte d'Estrées partit trop tard, et il se borna à aller faire aux Canaries, avec du Qucsne et des Ardens, une promenade , qui no servit guèrv qu'à son éducation maritime. ( Voir pièn 11-817.)
ET GALÈRES. • 2i5
d'années. Pour cela, il faut que vous mettiez toutes choses en estai de les pouvoir bastirplus promptement et mieux que l'on n'a fait cy-devant, que tous travailliez à achever tous les ouvrages de l'arsenal, et que vous fassiez amas de la plus grande quantité de bois qu'il vous sera possible pour le mettre en magasin, vous ayant écrit plusieurs fois que je ne vous laisserois point manquer d'argent.
Ce que vous me mandez du sieur d'Arvieux ne me satisfait pas , parce que je vous ay dit que mon dessein estoit de le joindre à un homme un peu plus considérable pour l'envoyer en Levant pour pouvoir remédier à lotus les abus de nostre commerce. 11 est nécessaire pour cela que je sois particulièrement informé de ses qualités, et si les marchands l'estiment propre à un tel employ K
Sur la condamnation que vous avez rendue contre les deux Turcs et le chrestien qui ont esté convaincus du crime de sodomie, je suis obligé de vous dire que le moins que vous pourrez instruire de ces sortes d'aifaires, à terre particulièrement, vous le devez faire, parce que didicilement l'intendance de justice des galères s'este nd- elle sur ces sortes de crimes.
Si vous avez encore quelque correspondance à Tunis, il sera bon que vous fassiez venir des barbes pour les faire servir d'étalons dans les provinces du royaume où les haras sont establis ; mais il faut observer que ce Miyent des plus grands, la plupart des petits chevaux barbes n'ayant point réussy. Le sieur de Sacchi est arrivé avec les deux chevaux que vous avez envoyés, mais M. de Garsault2 me mande qu'ils no sont propres à rien, y en ayant un borgne et l'autre poussif. . .
( Arcb. dn la Mar. Dépêches concernant k$ galère*, 1670, fol. a8.)