PREMIER PRÉSIDENT A RENNES
Saint-Germain, a5 avril 1670.
J'ay'reçu plusieurs avis que l'on prend de l'argent des officiers mariniers et matelots compris dans les rôles de la première classe pour les exempter du service, et particulièrement dans le département de M. le marquis de Molac. Comme il est important de sçavoir s'ils sont fondés, je. vous prie de vous en informer secrètement par les correspondances que vous avez dans la province, vous avouant qu'il n'y a rien de si préjudiciable au service du roy que de vendre ainsy la liberté des gens de mer, pendant que Sa Majesté l'achète pour ainsy dire par la demy-solde qu'elle leur fait régulièrement payer en ne servant point, et la solde entière en servant, ni rien de si opposé au succès de cet establissement , dont elle ne retireroit aucun avantage si un désordre si considérable n'esloit réprimé dans son principe.
Si les moyens ordinaires ne suflisoient pas pour l'empescher, en me donnant vos avis sur ce que vous estimerez devoir estre fait pour y remédier, j'en rendray aussytost compte au Roy et vous feray ensuite sçavoir 1rs intentions de Sa Majesté à cet égard1.
( Arch. de la Mar. Déptckc* conctmnnt la marinr, 1670, fol. *o8.)
AMDASSADELR A LONDRES.
Paris, a may 1670.
La proposition qu'un vieillard allemand a faite à M. de Saint-Hilaire-
1 Voir page 87, note.
4 Colberl écrivait à son frère, le a 5 juin 1 669 , au sujel de ce personnage :
« L'on m'a dil icy (jue vous aviez auprès de vous le rieur de Saint-Hilaire , qui est un ecclésiastique du diocèse de Reauvais qui m'a vu autrefois sur des défauts qu'il trouvoit au hastiment du Louvre; et sur ce que l'on m'a assuré qu'il avoit beaucoup de connoissance des ouvrages maritimes et qu'il s'y esloit particulièrement appliqué, comme à maintenir la navigation des rivières dans lesquelles
la mer entre, le neltoyemenl dos ports H havres, et autres ouvrages de celle qualité, et que nous manquons en France de gens Lien capables de ces travaux, vous me fera plaisir de me faire sçavoir si en effet il vous pamist capable d'en conduire, et tnesme de s'appliquer pour se rendre plus habile , parce que, dans ce cas, je pourrais luy destiner quelque eniploy. Ce (tendant il pourroil examiner avec soin tous les ouvrages <P Angleterre, en lever les plans, et ensuite 1 tasser en Hollande pour faire la inesme chose. Si uni*
di dessaler 600 pintes d'eau de la mer eu 3/1 heures peut estre bonne, <-l je vous feray sçavoir au premier jour la résolution que j'auray prise.
Quant aux deux François qui offrent de mettre le Roy en possession des pays qu'ils ont découverts dans le détroit de Hudson , pourvu que Sa Majesté ayt agréable de leur donner quelqu'un de ses vaisseaux, je dois nous dire qu'un nommé van Heemskerk \ qui a esté au service du roy d'Angleterre et qui conduisit lors de la dernière guerre de Hollande la flotte angloise dans le Vlith, où il brusla 200 vaisseaux marchands hollandais, ayant donné un pareil avis au Roy d'un pays qu'il a aussy découvert à 5i degrés ûù minutes, Sa Majesté luy a accordé depuis peu la confession de tous les pays qu'il a découverts ou découvrira2, entrant dans les mers de l'Amérique septentrionale au-dessus du Canada, mesme au-dedans desdites mers, et du costé de celle du Sud, de sorte qu'il est nécessaire que vous vous informiez soigneusement si les François ont fait la mesme découverte que ledit van Heemskerk, et de quelque manière que ce soit, que vous les fassiez passer incessamment en France, estant certain que, le roy d'Angleterre ayant connoissance de cette affaire, Sa Majesté Britannique leur accorderoit ce qu'ils luy demanderoient, dont ledit sieur van Heemskerk pourroit recevoir quelque préjudice.
( Àreh. de la Mnr. Dépêche* concernant le commerce , 1670, fol. 181.)