A M. ARIVOUL
INTENDANT DES GALÈRES A MARSEILLE
Paris, i3 décembre 1670.
J'ay reçu vos deux lettres des 2 9 du mois passé et 9 de ce mois , qui contiennent particulièrement le commencement de l'instruction que vous avez donnée à mon fils depuis son arrivée à Marseille ; et , quoyque je sois bien persuadé qu'on ne sçauroit rien ajouter au zèle et à l'affection que vous avez pour tout ce qui le regarde, je ne laisse pas de vous dire que vous ne pouvez m'obliger en une partie plus sensible que celle-là. Continuez, pendant tout le temps qu'il y demeurera, à tenir la main qu'il pénètre à fond toutes les matières, afin qu'il se rende capable de vous bien donner ses ordres lorsqu'il plaira au Roy de l'agréer dans l'exercice de ma charge. Surtout ne manquez pas de m'informer en détail de la conduite qu'il tient, et faites-moy sçavoir quelle opinion il aura donnée de luy pendant le séjour qu'il fera à Marseille.
Je seray bien ayse que le temps puisse permettre aux quatre galères que vous avez préparées de naviguer jusqu'au chasteau d'If, et ce ne sera pas un petit avantage pour luy de pouvoir observer les différentes manœuvres d'une galère dans la navigation.
Je ne sçais pas sur quoy se fonde M. le Général de vous empescher de faire la fonction de commissaire en l'absence du sieur Dancourt ; cependant je m'étonne que ledit sieur Dancourt ne m'ayt point écrit pour demander son restablisscment.
Je feray au Roy la proposition contenue en vostre lettre de laisser prendre à M. le marquis Centurion les 70 forçats qui luy doivent estre fournis pour sa capitane, dans la galère du sieur de Villeneuve *, à condition de les remplacer quand elle aura joint le corps des galères, et, si Sa Majesté l'agrée, je donneray les ordres nécessaires pour cela.
Je m'étonne de ce que vous me mandez que le fonds qui a esté fait pour les vaisseaux de Marseille ayt esté consommé pour ceux de Toulon ; j'éclaipciray demain la chose avec le trésorier, afin de voir si l'on ne peut point y apporter remède; mais il me semble que, vous ayant fait sçavoir ponctuellement toutes les fois que j'ay fait des fonds pour lesdits vaisseaux, vous deviez en mesme temps sçavoir si le commis du trésorier qui sert au-
1 Capitaine de galère en 1 65 1 , commis- se retira du service le iS mars 1680. Mort U sionné en 1671, chef d'esradre en 1676; i! 3o octobre i684.
près de vous a voit reçu le fonds de son maistre ou non, parce qu'en ce dernier cas j'y aurois donné ordre. A l'égard de la construction desdits vaisseaux , comme je vous ay expliqué amplement mes pensées sur ce point, je n'ay qu'à me remettre à ce que je vous en ay écrit par mes précédentes.
J'attends avec impatience les 10,000 tubéreuses que vous m'envoyez; prenez dès à présent vos mesures pour en envoyer quantité l'année prochaine, ainsy que des hyacinthes et des jonquilles, et de toutes les autres fleurs que vous pourrez trouver en Provence.
Le Roy voulant que le sieur Monnier retourne en Levant pour continuer à y acheter divers animaux, je luy donne ordre de se rendre promptement à Marseille; et, comme il est nécessaire qu'il soit de retour au mois d'avril ou de may pour pouvoir conduire à Versailles ces animaux dans l'esté, prenez soin de le faire embarquer, aussytost qu'il sera arrivé, sur le premier vaisseau qui partira pour le Levant.
( Areh. de la Mar. Dépêches concernant le* galère» , 1670, fol. 189.)