‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 178 sur 486 · AU COMTE D'ESTRËES, VICE-AMIRAL DE PONANT · texte numérisé non relu

AU COMTE D'ESTRËES, VICE-AMIRAL DE PONANT

(Minute autographe.)

Paris, 18 janvier 1671.

J'ay reçu deux de vos lettres datées de la Grande Canarie, des g U et 3o octobre, par lesquelles j'apprends tout ce qui s'est passé depuis vostrc départ des costes de France. Je vois bien que vous n'avez pas sujet d'estre satisfait des sieurs du Qucsnc et des Ardens l. Mais vous sçavez bien que ce sont les deux plus anciens ofliciers de marine que nous ayons, au moins pour le premier, et mcsme qu'il a esté toujours reconnu pour estre un très-habile navigateur et fort capable en tout ce qui regarde la marine. Je conviens avec vous que son esprit est diflicile, et son humeur incommode; mais dans la disette que nous avons d'habiles gens en cette science, qui a esté si longtemps inconnue en France, je crois qu'il est du service du roy, et mesme de vostre gloire particulière, que vous travailliez à surmonter la difficulté de cet esprit et à le rendre sociable pour en tirer toutes les eonnoissances et avantages que vous pourrez; et j'estime qu'il est imposable qu'avec vostre adresse et vostre douceur vous ne tiriez facilement en peu de temps tout ce qu'il pourra avoir de bon et qui vous pourra servir; ••t mesme qu'avec cette mesme douceur vous ne puissiez pcut-estre le réduire à servir à vostre mode, c'est-à-dire utilement pour le service du roy. A l'égard du sieur des Ardens, je suis persuadé aussy que, pour peu que vous le vouliez, vous le réduirez facilement à servir avec une entière soumission à tout ce que vous désirerez de luy 2.

J'ay rendu compte au Roy du dévouement du chevalier d'Hailly3. Sa Ma-

1 Des Ardens, de Sens, capitaine de vais-

* mi , à Brest, en 1 65o, chef d'escadre en 1673. Mort en octobre 1675. (Voir nièce n° 3 1 5.)

1 De nouvelles plaintes furent sans doute,

• l'un autre coté, adressées à (ïolbert, car, dans >a Irtlif du a 3 du nièïnc mois , à de TVrron , I lui disait :

«A l'égard de du Quesne, nous verrons, au retour de M. le Vice-Amiral, ce qu'il y aura à faire. Pour des Ardens, si son esprit continue a estre diflicile, il pourra bien demeurer sans employ. . . s (l)èp. coite, la mar. fol. A5.)

s Le chevalier d'Hailly, de Jouveaux, près Lisieux, capitaine de brûlot au Havre, en

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jesté a esté bien aysc d'apprendre que vous l'avez envoyé reconnoistre la coste de Guinée. Ces voyages serviront assurément beaucoup dans toutes les occasions qui se pourront présenter à l'avenir. Et, comme il ne manquera pas de faire un journal écrit de tout ce qu'il aura vu , Sa Majesté sera bien ayse d'en voir quelque abrégé à son retour.

Les défauts que vous avez trouvés aux radoubs de vos vaisseaux m'ont fait beaucoup de peine. J'ay donné des ordres bien précis dans tous les ports pour y apporter de plus grandes précautions que jamais. Mais assurément si tous les capitaines prenoient le soin d'estre présens, ou de visiter souvent leurs vaisseaux pendant les radoubs, et qu'ils vissent toujours donner leur carène, ces fasebeux accidens n'arriveroient point1. L'exemple que vous donnerez en visitant souvent vous-mesme le vaisseau que vous monterez, et obligeant le capitaine de Cou à y estre toujours présent, servira beaucoup à porter tous les capitaines à faire la mesme chose, et obligera les officiers de port à y prendre garde de plus près que par le passé.

Je vérifieray s'il n'y a point de consul cstably pour toutes les Canaries. En ce cas, je proposeray au Roy de donner le consulat de la Grande Canarie au sieur Raymond.

Le Roy m'ordonne de vous dire qu'il n'y a rien de si important pour le bien de son service que de vous appliquer à bien reconnoistre tout ce qui se peut faire pour terminer la petite guerre que vous faites contre les corsaires de Salé; qu'il faut que, par quelque action hardie, vous donniez de la réputation à ses armes maritimes, et pour cela qu'il faut, ou faire quelque entreprise hardie dans leurs ports sur leurs vaisseaux, ou quelque descente à terre; et enfin, de quelque façon que ce soit, il désire que vous fassiez parler de vous2. Quand mesme vous pourriez parvenir à fermer entièrement leurs ports en sorte que tous les vaisseaux ne puissent plus sortir, Sa Majesté estime qu'il ne seroit pas de sa gloire de sortir d'une guerre de cette nature sans aucune action d'éclat. Employez donc toute vostre industrie pour faire quelque action qui puisse donner de la satisfaction à Sa Majesté, et qui vous produise en mesme temps de la gloire et de l'honneur.

Sa Majesté m'a ordonné de faire partir, à la fin de février prochain, trois ou quatre vaisseaux pour aller occuper le poste de Salé, en attendant que vous puissiez y retourner avec la nouvelle escadre que l'on prépare h Rochefort.

t666, de vaisseau, en 1668. Tué devant Barcelone, sur le Sam -Pareil, te >6 mai 1O78.

1 L'ordonnance du 90 février 1671 imposa

aux officiers de manne l'obligation dVtn* présents aux radoubs et carènes des vaisseaux. ( Voir pièce n* a a 1 . )

* Voir pages 3ao, S&0, 3'ia, etc.

C'est un grand avantage que les Espagnols commencent à s'apprivoiser avec les armées navales du roy; et il est impossible que la grande expérience que vous acquerrez , et tous les officiers qui servent sous vous aussy, ne produise à la fin les avantages que Sa Majesté s'attend en faisant une aussy grande dépense qu'elle fait dans la marine.

< Bibl. trop. Mas. S. F. S.oia, Colbert et Seifpielay, I, cote 3, pièce a. — Arch. de la Mar. Dépêches concernant la marine, 1671, fol. ai.)

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