‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 195 sur 486 · SUR LA LEVÉE DES ÉQUIPAGES DES VAISSEAUX · texte numérisé non relu

SUR LA LEVÉE DES ÉQUIPAGES DES VAISSEAUX

Tournai, 7 juin 1671.

Les matelots seront levés suivant les classes dont l'enrôlement a esté fait dans tout le royaume.

Pour les soldats, dont le tiers des équipages a toujours esté composé, il faut présupposer que le Roy ne veut point de corps d'infanterie à terre autres que ceux qui servent dans ses armées et dans ses garnisons. Ainsy il est nécessaire de sçavoir combien d'hommes il faudra sur vingt vaisseaux ou environ que Sa Majesté tiendra en mer pour l'ordinaire dans l'Océan , soit dans les mers de son royaume et des environs , soit dans les isles de l'Amérique et dans les Indes orientales.

Quand ce nombre sera fixé, qui montera peut-estre à a,ooo environ, il faut examiner combien il y en a à présent sur pied dans les trois escadres, Ravoir : des Indes orientales, des isles de l'Amérique et de M. le Vice- Amiral, qui doivent composer pour le moins ledit nombre de u,ooo; en sorte qu'il n'y aura à présent aucun soldat à lever.

Il faut seulement observer que, le Roy faisant mettre en mer le Soleil- Royal et trois autres grands vaisseaux qui sont à Brest, pour venir dans les rades de Rochefort lorsque Sa Majesté y sera, et, le sieur de Seuil ne pouvant lever en Bretagne le nombre de soldats qui sera nécessaire pour cet armement, M. de Terron y doit suppléer et faire lever, par des olliciers de marine tels qu'il les voudra choisir, le nombre d'hommes qui manquera audit sieur de Seuil. Pour cet effet, il faut qu'il s'entende avec luy et qu'ils

1 La même lettre fut adressée à Matharel * Toulon, et à de Seuil a Brest. — Deux jour» «près, Colbert écrivait à son frère, ami*.if>safle»r à Londres :

«Comme il importe beaucoup au service du rot d'estre informé de l'économie qui se pratique en Angleterre dans les construction et armement des vaisseaux de ce pays- la, je vous prie d'examiner si, en donnant quelque gratiti alton à quelqu'un de ceux qui font les dé-

penses de la marine, vous pourrie» sçavoir le véritable prix que Sa Majesté Britannique paye toutes choses; à combien luy revient un vaisseau de chacun des cinq rangs , preot à estre mis en mer; et, en ce cas, de promettre cette

a celuy qui se chargera de vous donner un mémoire exact sur tous ces points. . . » ( Dép. cotte, le cnmm. fol. soft. — Cop. de lettres de C»Uwl , loi. 5o.)

prennent garde l'un et l'autre de ne lever que de bons hommes , et conviennent des lieux où ils devront estre embarqués sur lesdils vaisseaux.

Outre la bonté des hommes, ils doivent aussy les faire bien armer et habiller.

A l'égard des levées, les officiers de marine les feront ainsy qu'ils ont cy-devant accoustumé de les faire, c'est-à-dire sans routes et sans lieu d'assemblée.

Lorsqu'elles seront faites, soit en attendant leur embarquement, soit dans l'entre-temps du désarmement d'une escadre et de l'armement d'une autre, comme l'intention de Sa Majesté n'est pas, ainsy qu'il a esté dit cydessus, qu'il paroisse jamais aucun corps d'infanterie ensemble pour la marine, elle ne veut pas qu'ils ayent jamais aucune arme à terre, ni qu'ils ayent un logement par ordre. 11 faut donc, pour exécuter en cela sa volonté, chercher les expédiens pour porter les habitans des paroisses de l'isle d'Oleron à en loger chacune cent ou environ seulement dans ces deux occasions, sçavoir, ou en attendant leur embarquement lorsqu'ils seront levés, ou dans l'entre-temps du désarmement d'une escadre et de l'armement d'un*' autre. Et, au cas que cela ne suffise pas, l'on pourroit faire la mesme chose avec les habitans des paroisses de Fouras1, Soubize et autres voisines, et mesme l'on en pourroit loger a ou 3oo dans la paroisse de RocheforL

Et si, dans tous les travaux de l'arsenal, il y en avoit quelqu'un qui fust propre à faire travailler ces soldats lorsqu'ils seront à terre, il seroit assurément beaucoup plus avantageux et plus commode, et l'on pourroit en ce cas disposer des logemens pour 2, 3 ou hoo dans le bourg de Rochefort pour les loger en les faisant travailler. Par tous ces moyens, il y a apparence que l'on trouvera facilité pour conserver les soldats des équipages, et, en ce cas, il faudra retrancher de temps en temps et licencier ceux qui ne seront pas bien faits ou qui n'auront pas de disposition à servir à la mer, afin de composer un corps de bons hommes qui soyent capables de bien servir le Roy dans les occasions de combat, et qui puissent mesme servir à la manœuvre du canon et aux autres manœuvres des vaisseaux dans les gros temps. Et ceux d'entre eux qui se rendront bons matelots, il faudra, avec le temps et lorsqu'ils en seront capables, les faire passer de la solde de soldat à celle de matelot.

On pourra donner quelque chose aux habitans des villages qui s'obligeront de loger les soldats.

Et, afin de leur donner moyen d'estre toujours bien habillés et bien

1 Arrondissement et canton de Hochefort (Charente-Inférieure).

armés, l'on pourra leur donner un sol d'augmentation de solde pour chacun jour.

Tous les logemens de soldats dont il est parlé cy-dessus ne se doivent point faire par ordre, ni mesme par les marguilliers et syndics des communautés sans ordre, mais seulement par les particuliers qui conviendront chacun d'un certain nombre d'hommes, en leur donnant quelque

chose.

Comme ces a,ooo hommes serviront pour les escadres des vaisseaux, soit quelles soyent armées à Rochefort, soit qu'elles soyent armées à Brest, il est nécessaire que l'intendant de la marine à Rochefort convienne avec le commissaire général servant à Brest des moyens pour faire passer de Rochefort à Brest, ou de Brest à Rochefort, les soldats qui s'y trouveront lorsque les escadres s'armeront en l'autre lieu. Pour cet effet, Ion pourroit tenir la moitié ou partie de ces soldats à Brest, et en user pour leur logement ainsy qu'il est cy-dessus expliqué. Lorsque l'escadre qui sera en mer aura ordre de désarmer à Rochefort, et que l'escadre suivante sera armée et équipée à Brest, lesdits intendant et commissaire général conviendront ensemble des moyens d'envoyer les soldats à Brest, soit en les y envoyant sur quelques vaisseaux, lorsque l'escadre viendra reconnoistre les rades de Belle-Ile, soit en les mettant à terre à Belle- Ile pour passer ensuite à Brest, suivant les ordres que ledit commissaire général en donnera, soit (en cas qu'il fust estimé nécessaire ou plus à propos de les laisser sur les vaisseaux jusqu'à ce qu'ils fussent désarmés à Rochefort) en les faisant passer de Rochefort à Brest par terre en petites Iroupcs de ào ou 5o, en logeant et payant de gré à gré dans les hostelleries.

Pendant que les escadres seront en mer, s'il se trouve 3o, ko ou 5o bons hommes, on pourra les retenir dans l'arsenal sans armes, en les faisant travailler ou autrement, pour les changer contre les moindres au désarmement.

(Arrh. delà Mor. Dvpéchcs concernant la marim r, 1671, fat. 9*6.)

Page 1