A M. D'INFREVILLE
INTENDANT DE MARINE A TOULON
Paris, 1" janvier 1666.
Sa Majesté, ayant esté informée que les constructions vont fort lentement et qu'elle ne pourra pas faire estât des vaisseaux qui sont sur les chantiers dans le temps qu'elle avoit espéré, m'a commandé de vous faire sçavoir que cette nouvelle est celle qui, dans la situation présente des affaires, peut luy donner plus de dégoust. Ai nsy c'est à vous à réparer, par une diligence extraordinaire , le temps que l'on y a perdu ; et, d'autant que vous pourrie? manquer de charpentiers, elle a donné ses ordres à M. le duc de Vendôme2 d'envoyer le nombre de ses gardes nécessaire pour vous amener tous ceux qui se trouveront à Marseille et à La Ciotat, et dans les autres lieux de la province. A quoy ce prince ne manquera pas de satisfaire, estant zélé comme il l'est pour tout ce qui peut regarder le service et la satisfaction de nostre maistre commun.
Je vous renvoyé les plans, dessins et devis concernant le parc, la construction de nouveaux magasins, de la nouvelle corderie et d'un nouveau fourneau pour la fonte de l'artillerie. Il ne m'est pas apparu que celuy qui les avoit dressés fust assez habile homme pour se rapporter sur sa foy d'une affaire do cette qualité qui, outre la commodité et la solidité, doit sentir quelque chose de la grandeur du maistre pour qui ces ouvrages sont faits.
C'est pourquoy Sa Majesté désire que vous fassiez voir le tout à M. Arnoul 3 et au sieur du Cayron 4, et mesme que vous vous entendiez avec le
1 Louis Leroux, seigneur (flnfrevilie et de 1670, après avoir servi plus de quarante an*
Saint-Aubin d'Escroville, assista, sous Riche- dans la marine. — La commission d'intendant
lieu, au siège de la Rochelle, en qualité de des galères qu'avait eue de La Guette, outn-
général de la flotte; intendant des celle d'intendant des vaisseaux, Tut donnée à
armées navales de Levant en t66a. Il s'était Arnoul.
retiré dans ses terres depuis quelque temps, 1 Louis, duc de Vendôme, appelé d'abord
lorsque Louis XIV le nomma conseiller d'Etat duc de Mercosur (voir 1,84). — Il était gou-
en i664. L'aqnée suivante, il succéda à de La verneur de Provence.
Guette, à Toulon, comme intendant des vais- ■ Intendant des galères à Marseille. (Voir
seaux, et fut nommé intendant de justice, po- II, 436.)
lice et finances du port de Toulon, ainsi que 4 Ingénieur conduisant les travaux d'agran-
des troupes de Provence et des citadolles de dissement du port et de la ville de Marseille.
Marseille. II se démit do sa charge le 10 avril (Voir H, ISS.)
Palier de Clerville, qui a esté en Provence pour résoudre le tout. Et iv pendant , travaillez à faire l'amas des matériaux à cet effet nécessaires.
t, 1666 , fol. 5.)
INTENDANT A BOGHBFORT '.
Paris, \" janvier 1666.
Je vous envoyé le mémoire cy-joint sur lequel Sa Majesté désire que vous assembliez les principaux officiers de marine et les plus expérimentés que vous aurez près de vous pour en sçavoir leurs sen timons, lesquels vous m'enverrez.
Sur la proposition des bruslots que vous m'avez faite, il m'est venu une pensée sur laquelle vous me direz vos sentimens.
Comme il est impossible que le Roy soit fort en nombre de vaisseaux à Pégal des Anglois et Hoilandois, et que, si M. de Beaufort est obligé de demeurer en Levant, Sa Majesté ne pourra guère avoir plus de 20 vaisseaux dans le Ponant, examinez premièrement si ce ne serait pas une chose qui augmenterait considérablement les forces maritimes de Sa Majesté d'avoir par chaque vaisseau, s'il se pouvoit, un ou deux bruslots qui luy serviraient pour ainsy dire de conserve et qui donneraient, à mon sens, grande terreur aux Anglois, particulièrement si ces bruslots estoient par de braves capitaines , de la bonne conduite desquels, autant qu'il se pourrait, l'on fust assuré.
Pour moy, je ne sçais si je me trompe en mon opinion, mais il me semble que qo bons vaisseaux, accompagnés chacun de deux bruslots, seroient meilleurs que Uo grands vaisseaux. Si vous et les officiers qui sont auprès de vous, estes de ce sentiment, cherchez bien de combien de bons capitaines de bruslots vous pouvez faire estât dans toutes les isles et dans les costes du Ponant, et voyez en mesme temps quelle quantité de vous est pour cela nécessaire, et si vous en pouvez avoir ce Comme il sera peut-estre difficile que vous le trouviez dans le après que vous aurez fait une exacte recherche, nous pourrons en Hollande ce qui vous en manquera. En tous cas, si cette quantité ne se pouvoit pas trouver et que cette pensée fust estimée bonne
' Le» letln* à Colbert de Terron «ont gé- II avait, en même tempe, l'intendance de
adressées à Rocbefort, où il était justice, police et finances de la généralité de général de la marine. la Rochelle.
uigmze
par vos officiers et par vous, on en pourroit au inoins avoir un par chaque vaisseau.
(Arcli. delà Mar. Dépêche» concernant la marins , 1666, fol. iS.)
INTENDANT A ROCHBFORT.
Paris, 1*' janvier 1666.
Je suis bien ayse de vous donner avis qu'il est arrivé au Havre, pour la compagnie des Indes orientales, des masts qui pourront vous servir en cas de besoin; et si, pour le port de Brest et celuy où vous estes, vous avez besoin de marchandises de Hollande, envoyez-moy un mémoire pour les y faire acheter, afin que je travaille auprès de MM. les Estats pour vous les envoyer avec escorte. Si l'on y achetoit aussy des bruslots, nous pourrions nous en servir pour la voiture desdites marchandises.
Pour ce qui concerne les achats des vaisseaux et des marchandises à faire en Hollande, je suis assez en peine de qui je puis me servir à cet effet. J'avois quelque pensée de me servir du sieur Janot \ mais je ne vois personne qui veuille me garantir sa fidélité; en sorte que je pense fort à me servir du sieur Dumas2 que le Roy fait repasser d'Angleterre en Hollande et duquel vous m'avez rendu bon tesmoignage. J'enverray le sieur Forant3 pour le joindre, afin de visiter tout ce qu'il y a dans les ports et ensuite travailler à faire le marché de quelque nombre de vaisseaux de ceux qui se trouvent bastis.
1 Agent commercial français établi à celte époque à Middclbourg, dans les Pays-Bas. Il était en correspondance régulière avec Colbert , et lui servit souvent d'intermédiaire pour amener des ouvriers étrangers à transporter leur industrie en France. — (Voir Depping, Corretp. ndmin. III, 751. — Voir aussi II, 669, noie a.)
1 Après avoir été agent de la France en Hollande, Dumas fut commissaire général de marine au Havre de 1667 à 1670. Il se retira du service le 17 mars 1671. (Voir II, 434.)
3 Foranl, né à la Tremblade (Charente- Inférieure), servit d'abord en Hollande, où il devint amiral. Il rentra en France vers i653, et fut nommé capitaine de vaisseau , puis chef d'escadre (mars i68f>), après avoir abjuré le protestantisme l'année précédente. Mort à
Brest, le 20 août 169s ,à l'âge de qaatre-vingLo ans. — Il fut, en effet, à cette époque, envoyé en Hollande pour présider à la construction et à l'armement de six vaisseaux que Louis XIV faisait construire à Amsterdam.
Colbert écrivait à Colbert de Terron, le 8 du même mois : «Le sieur Forant m'ayanl fait entendre, comme je le sçavois desjà, que les Anglois nous estant supérieurs en artillerie, tant par le nombre de leurs canons que par la dextérité de leurs canonnière, nous ne trouverions pas nostre compte à nous battre avec eux sans aborder, et que pour cette dernière manière de combattre nous manquons d'armes de main, qui y sont particulièrement propres, les magasins n'en estant pas remplis, je vous envoyé un mémoire de la qualité et quantité
Pour les baslimens à faire de nouveau, voicy les deux pensées qui me sonl venues dans l'esprit : Tune de se servir d'un nommé Blot ', marchand françois et catholique d'Amsterdam, qui sert la compagnie des Indes orientales et duquel on m'a dit assez de bien ; l'autre seroit de faire faire inslance par M. d'Estrades, au nom du Roy, à MM. les Estats de faire bastir dans leurs amirautés, à communs frais, des vaisseaux pour le Roy en mcsme temps qu'ils en feraient bastir pour eux , en sorte que Sa Majesté eust toujours le choix; et, en cas qu'ils l'accordassent, tenir prest l'un de nos plus habiles capitaines de marine pour passer eh Hollande pour en observer les constructions.
( Depping. f.orrttpondance admimttrative tout Lmàt XIV, III, 3^8.)