‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 293 sur 486 · AU SIEUR PANNETIER · texte numérisé non relu

AU SIEUR PANNETIER

CAPITAINE DE VAISSEAU

Sceaux, 1 1 juin 1675.

J'apprends, par vostre lettre écrite de la rade de Saint-Jean 3 le 7 de ce mois, ce qui vous est arrivé dans la rencontre que vous avez faite d'un

1 Antoine-Charles de Graïuont, fil* du marchai de Gramont (voir II, 3ai), colonel du repiment d'Infanterie de Louvigny en i655, ytNiverneur du Béarn et de la basse Navarre en 1 673, aide de camp du roi en 1 68 A. Mort le a 5 octobre 17*0. — Il porta le titre de comte •1*» Louvigny jusqu'à la mort de son père.

1 Emmanuel de Crussol , duc d'Uxès, gouverneur de Saintonge etd'Angoumois. Mortâ Paris le 1 " juillet 1 69 a , à l'âge de cinquante ans. — 11 avait épousé, en 1666 Julie-Marie de Sainte- Maure, fille unique du duc de Montausier, morte en 1 6o,5 , à l'âge de quarante-huit ans.

1 Devant Boulogne-sur-Mer.

vaisseau anglois et d'une flotte hollandoise, et le dessein que vous avez de suivre cette flotte jusque dans le Texel; mais comme il ne peut jamais estre avantageux au service du roy que vous ayez aucune rencontre avec les Anglois, dans ce temps-cy particulièrement que le parlement est assemble, ne manquer pas, aussytost que vous aurez reçu ma lettre, de vous éloigner des costes d'Angleterre et de l'entrée de la Manche.

Si le vent vous porte du costé du Nord, vous devez vous y en aller sans aucun retardement pour naviguer vers le Doggers'bank l, le Texel et le Vlic2, et par tous les endroits de ces mers où vous pourrez faire la guerre aux Hollandois et où l'estendue des mers ne vous mettra pas dans la nécessité de rencontrer à tous momens les vaisseaux anglois. Si le vent vous porte au dedans de la Manche , ne manquez pas d'y rentrer avec la mesme diligence, et de naviguer dans le plus large de cette mer jusque sur le> costes de Bretagne; en ce cas, vous devez souvent envoyer au Havre, où vous apprendrez par les lettres de mon fils et par les miennes les intentions du Roy sur vostre navigation. Cependant, vous devez laisser les petits bastimens qui sont sous vostre commandement sur les costes de Dunkerque jusqu'au Havre, pour les garantir des petits vaisseaux corsaires ennemis et assurer toujours la navigation des bélandres et autres hastimens qui portent des matériaux à Dunkerque et à Calais.

(Arch. do la Mar. ffcp'rfes concernant h marine, i675. fol. «7I)

CHEF D'ESCADRE

(Copie portant : De la surin de Colbert.)

De... juillet i675

Je vois par vos lettres la résolution que vous avez prise en exécution de mes ordres, de naviguer vers Belle-Ile pour chasser les corsaires ennemis qui sont sur la coste sud de Bretagne, vers Bayonnc et vers le Passage, puis vous rendre à Brest pour y caréner les vaisseaux que vous commandez et ensuite vous remettre en mer, sur quoy je suis bien ayse de vous faire sçavoir mes intentions.

Je vous avoue que j'ay esté surpris d'apprendre que, ayant sous vostre

1 Vaste banc de sable de la mer du Nord , au nord-ouest de la province du Zuyderzée, qui s'étend jusque sur les côtes du comté d'York , en Angleterre.

1 Aujourd'hui Vlieland, Ile à IVmbourlnirr dn Zuydenée, entre le Texel et PII*» de Schelling.

commandement six vaisseaux des meilleurs et plus lins de voile qu'il y ayt rlans mes arsenaux de marine, vous ayez souffert que, presque à vostre vue, les corsaires ennemis ayent demeuré longtemps sur la coste sud d»« la province de Bretagne, qu'ils y ayent pris divers vaisseaux marchands de mes sujets et qu'ils y ayent mesme enlevé ma frégate la Tempcste, commandée par le capitaine du Fay1. C'est à vous à prendre garde dans l'avenir que cela n'arrive plus, si vous voulez que je sois satisfait de vos services; et soyez persuadé que vous ne devez point chercher de raisons pour vous excuser, parce qu'il suffit que vous soyez chargé de la garde de ces costes et que ces corsaires y ayent demeuré longtemps pour croire que, si vous aviez eu la vigilance nécessaire pour empescher ce désordre, vous l'auriez pu faire sans difficulté. 11 faut penser ù mieux faire dans l'avenir, sans vous appliquer à chercher des raisons pour vous excuser.

Au surplus, je désire que vous fassiez travailler à la carène des vaisseaux que vous commandez, en sorte qu'en trois ou quatre jours de temps vous puissiez les rernetlre en mer. Et comme mon intention est toujours que l'escadre que vous commandez serve à assurer le commerce de mes sujets, préférablement à toutes choses, et que les vaisseaux envoyés en Terre-Neuve pour la pesche doivent retourner pour les mois de septembre, octobre et novembre, je désire que vous alliez croiser pendant ces mois entre les caps de Clare et de Finistère, que vous examiniez avec soin et que vous receviez mesme les avis des marchands et propriétaires de ces vaisseaux, aussytost qu'ils approcheront des terres d'Espagne et de Portugal, pour les conduire et escorter jusque dans les ports de leur décharge. En quoy je veux que vous agissiez avec tout le soin et l'application dont vous estes capable, vous assurant que je considéreray comme un service considérable que vous m'aurez rendu, si vous faites en sorte qu'aucun de ces vaisseaux ne soit pris à leur retour, comme je compterais aussy comme un effet de vostre peu de soin s'il en est pris, et persuadé que vous me donnerez, en ce rencontre, les marques de vostre zèle et de vostre chaleur pour ce qui peut me plaire.

' ( Arcb. de la Mar. Ordren du m pour la marin, , \ fyjù , fol. i «6. )

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