‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 301 sur 486 · LOUIS XIV AU DUC DE VIVONNE · texte numérisé non relu

LOUIS XIV AU DUC DE VIVONNE

GÉNÉRAL DES GALÈRES

Fontainebleau, 3i aoust 1675.

Après avoir meurement examiné toutes les raisons contenues en vostre lettre du 6 juillet, pour laisser le corps entier de mes galères à Messine pendant l'hyver prochain, j'ay reconnu tant de difficultés, et mesme tant de risques d'en perdre une bonne partie, que je ne puis me résoudre à voir périr un nombre considérable d'un corps qui m'a donné tant de peines et causé tant de dépenses pour le restablir et le mettre en Testât qu'il est à présent.

J'ay vu que la ville de Messine estant fort serrée par les places qui sont occupées par les ennemis, et toujours dans la disette de vivres, il estoit impossible d'en pouvoir tirer aucun secours pour mes galères, et qu'ainsy je serois obligé d'envoyer de mon royaume tout ce qui seroit nécessaire pour maintenir le corps des galères, la chiourme et les équipages, et que, la navigation venant à estre empeschéc, soit par les mauvais temps, soit par les ennemis, il seroit difficile de les garantir d'une perte entière.

Ces raisons et beaucoup d'autres plus fortes qu'il seroit inutile de vous dire m'ont fait prendre la résolution de les faire repasser dans mon royaume pour les remettre en bon estât pendant l'hyver, et d'en envoyer jusqu'au nombre de vingt-cinq dès le mois de mars prochain ; mais , comme je veux que vous profitiez avantageusement de la force de mes galères pendant tout le temps qu'elles pourront encore demeurer en mer, je vous laisse la disposition du temps auquel vous les ferez partir pour revenir à Marseille, pourvu qu'elles ne puissent courre risque dans leur retour par la saison trop avancée. Sur quoy je veux seulement que vous observiez, en

pièces en bonne forme pour justifier de leur perle; et, sur te compte que j'auray l'honneur d'en rendre au Roy, je ne doute pas que Sa Majesté ne veuille bien les décharger du

payement du droit de 3 livres par tonneau, pourvu que leur perle soit bien constante. (Dép.cmc.lamtr. fol. i .) -Voir pièce nV,o8, et note.

cas que vous appreniez que les galères d'Espagne ayent joint les vaisseaux de Ruyter, de garder mes galères avec mes vaisseaux pour les combattre jusqu'au i5 octobre prochain au plus tard, et de les faire partir aussytost pour revenir en France, vous recommandant mesme de les faire partir plus tost, s'il est possible, en quoy j'estime que vous aurez d'autant plus de facilité que les Espagnols ne sont pas en estât de mettre un grand nombre de galères ensemble, et encore moins de les maintenir en mer pendant l'arrière-saison. Mais, de quelque façon que ce soit, ne manquez pas de les faire partir au 1 h octobre prochain au plus tard; et, comme je ne donne aucun ordre pour envoyer à Messine tout ce qui seroit nécessaire pour les y maintenir, vous voyez que ce seroit les ruiner entièrement que de les retenir davantage.

La résolution que j'ay prise de faire repasser mes galères en France m'empesche de vous envoyer la recrue mandiez en cas qu'elles restassent à Messine.

Si vous estimez que le service des frégates à rames soit utile pour naviguer pendant l'hyver dans le Phare et empescher l'approche des galères enpemies, je vous permets de garder les deux qui sont commandées par Goussonville 1 et Cohornes2, et je pourray prendre la résolution d'en faire encore armer deux neuves qui sont à Toulon et de vous les envoyer; mais examinez si elles peuvent estre d'une utilité considérable.

J'attendray à pourvoir aux charges vacantes des galères à la Cn de la campagne, et j'auray égard en ce temps à ceux que vous me proposez...

( Arch. de la Mar. Ordre» du roi concernant k> paient, 1 675 , fol. 1*1.)

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