‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 310 sur 486 · MÉMOIRE AU SIEUR BRODART · texte numérisé non relu

MÉMOIRE AU SIEUR BRODART

INTENDANT DES GALÈRES A MARSEILLE

Saint-Germain , 9 7 décembre 1675.

Sa Majesté luy a fait sçavoir ses intentions sur le temps auquel elle veut que les galères soyent mises en mer, et elle luy commande encore de faire en sorte de mettre les vingt-cinq en estât de servir, suivant ce qu'il a fait espérer à Sa Majesté par toutes ses lettres.

La perte qui a esté faite de /io3 forçats depuis le commencement de la campagne est très-grande, et il est impossible qu'il en soit mort un aussy grand nombre sans que les vivres ou quelque autre raison en soyent cause. Sa Majesté veut qu'il fasse examiner par le médecin et les chirurgiens desdites galères d'où peut provenir cette mortalité, et qu'il en informe ensuite

afin de prendre des mesures à l'avenir pour empcscher le cours d'un aussy i;rand mal. Elle veut aussy qu'il s'applique, avec un soin tout particulier, à bien connoistre les raisons d'une si grande perte pour l'en informer, d'autant plus que, les galères n'ayant esté qu'en Sicile, elle ne peut pas se persuader qu'en un si petit voyage elles ayent perdu un si grand nombre de forçats.

Comme il est vraysemblable que la mauvaise qualité des vivres dont le duc de Vivonne s'est plaint, mesme dans ses lettres, a beaucoup de part à ce nombre de morts extraordinaire, Sa Majesté veut que ledit sieur Brodarl s'applique fortement à examiner la qualité des vivres qui seront fournis pendant le cours de l'année prochaine, qu'il tienne la main à ce que les munitionnaires nourrissent bien les chiourmes dans le port, et que, lors de l'embarquement, il ne souffre pas qu'il soit embarqué de biscuit ni d'autres denrées qu'il ne les ayt visitées luy-mesme et trouvées de bonne qualité. Sa Majesté a fait parler fortement sur ce sujet auxdits munitionnaires, et ils ont promis de s'acquitter mieux de leur devoir cette année qu'ils n'ont fait l'année passée.

Il voit assez de quelle extrême importance il est d'avoir soin des forçats qui restent dans l'hospital, et Sa Majesté luy recommande de n'oublier rien de ce qui est nécessaire pour les restabiir et les remettre en estât de servir sur ses galères.

Elle fait écrire à tous les procureurs généraux et aux intendans des provinces pour estre informée du nombre des condamnés aux galères et sçavoir s'il y en a assez pour en composer une chaisne, auquel cas Sa Majesté donnera ses ordres pour la faire partir avec diligence, afin que les forçats ayent le temps de s'accoustumer à la rame et qu'ils puissent servir pendant la campagne prochaine. D'ailleurs, Sa Majesté a écrit au grand maistre de Malte et a donné ses ordres audit lieu pour l'achat du plus grand nombre de Turcs qui se pourra trouver 1 ; ainsy elle a lieu d'espérer que ledit Brodarl en aura suffisamment pour l'armement de la vingt-cinquième galère.

Sa Majesté n'approuve pas la proposition qu'il fait d'envoyer un bastiment dans l'Archipel pour traiter avec les corsaires de l'achat des Turcs qu'ils ont pris; toutes les mesures qu'elle a prises d'ailleurs suffiront pour parvenir à l'armement de ladite galère.

Elle approuve les diligences qu'il a faites pour obliger les marchands de Saint-Malo au payement de ce qu'ils dévoient de l'écu par tonneau2. Elle veut

1 Voir pièce n° 4o6. «Je vous ay desjà écrit plusieurs fois de faire

1 La veille, Colbert écrivait au commissaire les diligences nécessaires pour obliger les niarj^néral, au Havre : rhands de la coste de Normandie qui ont en-

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estre informée s'il a obligé le marchand qui ne rapportait point de quittance à payer, ou s'il a justifié qu'il avoit payé avant son départ.

Sa Majesté veut qu'il fasse remettre au sieur d'Usson de La Quen-e1 la galère nommée la France, cy-devant commandée par le chevalier de Rochechouart2, afin qu'il puisse s'en servir pour accoustumer les nouveaux forçais à la rame et les mettre en estai de voguer sur les galères qui seront mises en mer au premier mars prochain.

(Arcb. de la Mar. Ordre» dm mi concernant kt^alhr», 1675, Toi. ;8o.)

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