‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 328 sur 486 · A M. DE DEMUIN · texte numérisé non relu

A M. DE DEMUIN

1INTK>DANT A ROCHEFORT.

(Copie portant : De la main de CoIIkiI.)

Paris, a juillet 1676.

Je suis bien ayse que vous ayez pris la résolution de faire venir un ruaistre des forges d'Angoumois; mais prenez garde que, comme la conversion des éclats des canons crevés en fer d'ouvrage est importante par la quantité qu'il y en a, il faut entendre plusieurs maistres de forges, et ne pas s'arrester à ce qu'un seul vous dira, parce que assurément les uns ont plus d'industrie que les autres, et qu'il s'en trouvera qui vous donneront

des moyens plus seurs et plus faciles de les remettre en estât de servir sans une grande dépense.

J'ay reçu Testât de la distribution des 99,000 livres que je vous avois fait remettre pour distribuer aux femmes des matelots; comme je vous a y fait encore remettre depuis peu 30,000 livres, ne manquez pas d'en faire la distribution et de m'envoyer Testât, estant nécessaire que je l'ave incessamment, afin que je puisse le transmettre à Toulon. Vous ne devez pas envoyer au sieur Arnoul copie de cet estât, mais vous devez me l'adresser directement, ne croyant pas que vous ayez aucun ordinaire qui puisse luy faire tenir plus promptement et plus seurement que je le feray.

Je ne doute pas que vous n'ayez fait donner d'autres masts au sieur Forant; mais je désire que vous examiniez plus particulièrement pourquoy les siens sont cassés; et, comme il est nécessaire de reconnoistre la qualité de nos masts, il faut que vous examiniez de quel pays sont les masls qui cassent, et mesme que vous fassiez un travail particulier sur tous ceux qui ont servy sur les vaisseaux du roy \ de quel pays ils sont, combien de temps il y a qu'ils servent sur les vaisseaux, afin que, par ce travail et par la comparaison qui se fera des masts estrangers avec ceux de France, nous puissions prendre une entière confiance aux masts de France r ou, en cas qu'ils ne soyent pas bons, chercher si la cause en peut estre corrigée, sinon les exclure entièrement.

Je suis bien ayse d'apprendre que le sieur de Montortié2 soit partv pour leslsles, mais, pour dire le vray, il a tardé beaucoup; c'est un homme forl pesant, et je doute que sa conduite ayt esté bonne. C'est à vous à examiner tout ce qu'il a fait, et à m'en rendre compte. Gomme le sieur Gratien3 estoit destiné pour commander l'infanterie îuix Isles, il faut sans difficulté qu'il s'embarque sur le premier vaisseau qui partira pour y aller.

( Arch. de la Mar. Dépêche, concernant la marine, 1676, fol. «8» »

' Voir pièce n" 483. » Balthaiar de Grauen, enseigne de mk-

1 Montortié, de Beaufort en Anjou, capi- seau en 1669. 11 fut envoyé aux lies en 1676; taine de frégate en 1667, de vaisseau en 1689. lieutenant de vaisseau en 1680, capitaine en Se retira du service le 1" novembre de celte i6y3. Mort le a8 mars 1716. année.

LIEUTENANT GÉNÉRAL DES ARMÉES NAVALES

(Copie portant : De la main de Colbert.)

Paris, a juillet 1676.

Pour réponse à la letlre que j'ay reçue par le marquis de La Porte1, je vous diray qu'on ne peut pas apporter plus de précaution et prendre des mesures plus justes pour préparer et faire porter toutes les choses nécessaires pour remettre l'armée navale en mer, que celles que nous avons prises et les ordres que nous avons donnés au sieur Arnoul pour cela; mais vous sçavez bien qu'il est ditlicile que ces grandes choses s'exécutent avec la tnesme ponctualité et la mesme diligence qu'on peut les penser et les ordonner. J'ay écrit tant de fois et si pressamment audit sieur Arnoul sur cette matière qu'il est presque impossible que j'y puisse faire davantage, et je suis mesme plus content du compte qu'il m'a rendu des diligences qu'il avoit faites que par le passé; mais si cela ne s'exécute pas avec toute la diligence et la régularité que vous et moy pourrions désirer, il faut un peu compatir, l'ayder et le presser, afin que le service se puisse faire le plus parfaitement et le plus diligemment qu'il sera possible. Je luy en écris encore par cet ordinaire, et comme je vois de vostre part une trèsgrande chaleur pour pouvoir estre remis en mer, il n'y a qu'à vous louer de ce que vous faites en cela comme de toutes les grandes choses que vous avez faites jusqu'à présent, et à espérer que vous n'en demeurerez pas là, et que vous parviendrez à chasser les ennemis et les Hollandois de la Mé-

Le marquis de La Porte, par lequel vous avez écrit, s'en retourne. Comme les ordres du Roy pour le commandement des vaisseaux ont esté envoyés à Toulon, je n ay pu luy rien dire sur le changement que le Roy y a apporté. Je ne sçais ce que vous voulez dire du bruit qui a couru à foulon de la cause de son changement; ce que je puis vous dire seulement est qu'il ne se fait rien dans la marine, ni dans tous les emplois qu'il plaist au Roy de me confier, qu'après que Sa Majesté en a donné Tordre; c'est sur quoy tous les officiers de marine peuvent compter.

(Areh. de la Mor. Dépêche, concernant la marine, t676, fol. s86.)

1 Charles, marquis de La Porte , volontaire la petite vérole à Toulou , en octobre 1 6o3 , à 1679, lieutenant cl capitaine de vaisseau l'Age de quarante-cinq ans. H 167.*, chef dYscadrt' en 1689. Mort de

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