‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 343 sur 486 · A M. ARNOUL FILS · texte numérisé non relu

A M. ARNOUL FILS

Sceaux, 9 a may 1677.

Vous pouvez facilement vous persuader avec quelle impatience j'attends à présent la nouvelle du départ de tous les vaisseaux et l'entière exécution des ordres que vous avez reçus pour tout ce qui regarde Messine. J'espère que, par vos premières lettres, j'auray cette satisfaction.

Vous n'estes point assez soigneux de donner avis à mon fils de tout ce qui se passe dans la marine à Toulon, apprenant par d'autres voyes que par la vostre, en différentes occasions, diverses choses qui se passent de temps en temps et qui sont mesme de conséquence. Depuis peu de jours mesme Ton parle icy d'un duel qui s'y est fait entre deux officiers de marine, dont vous ne m'avez point donné avis.

L'incendie arrivé dans le parc est fascheux en soy ; mais ce qui l'est beaucoup plus, c'est ce que l'on dit que le nommé Pitre, Hollandois, qui avoit la direction de l'estuve, n'a point paru depuis ce temps-là , et je ne me souviens pas d'avoir vu cette circonstance par aucune de vos lettres. De plus, il paroist clairement, par la procédure du parlement et par tout ce qui est revenu de Toulon , que cet incendie n'est provenu que de ce que les chaudières ont servy trop longtemps, que le feu les avoit bruslées, et que vous n'avez pas eu le soin de les faire refondre ou changer *.

Quovque Vostre peu d'expérience soit en partie cause de toutes ces fautes , il faut néanmoins que ces malheurs vous réveillent et vous excitent à agir toujours avec plus de circonspection et plus de pénétration sur tout ce qui peut arriver tant sur la mer que sur la terre. Surtout ne vous départez jamais du soin et de l'application que vous devez avoir pour maintenir tous les vaisseaux du roy en bon estât et pour leur donner les radoubs, carènes, et calfatages nécessaires, ainsy qu'il est porté par les ordonnances et règlemens de marine.

Le sieur Berthelot m'écrit qu'il a 3 00 milliers de poudre à Marseille ou à Toulon que vous refusez de prendre, et il me presse de vous en donner l'ordre, parce que ses moulins courent risque, y en ayant une aussy

1 Six jours après, Colberl écrivait à Arnoul : eslre le plus avantageux et le plus commode ,

■ L'incendie qui est arrive à Toulon m'obli- de goudronner les càMes et autres cordages en

géant de chercher toutes les précautions pos- (il de caret, en les faisant passer par le gou-

sibles pour empescher qu'un pareil accident dron et commettant ensuite les cordages, ou

n'arrive plus dans cet arsenal ni dans les lorsque les cables et

examinez encore une fois quel peu! (Dép. eonc. la mar. fol. ikh.)

grande quantité. Vous devez recevoir sans difficulté la quantité qu'il vous doit livrer celte année suivant les estats dont il vous a esté envoyé copie, et j'estime que les premiers hastimens que vous deviez faire faire dans l'estendue de la place que contiendra l'arsenal de Toulon, ce sont les magasins à poudre; sur quoy vous devez observer qu'il faut en bastir deux ou trois en différons lieux et les plus éloignés que vous pourrez de toute sorte de bastimens, et que chacun de ces magasins puisse contenir jusqu'à 200 milliers de poudre.

( Arch. de la Mar. Dépêcha concernant la marine, 1677 , fol. 1 4». )

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