‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 370 sur 486 · A M. DE SEUIL · texte numérisé non relu

A M. DE SEUIL

COMMISSAIRE GÉNÉRAL DE MARINE A BREST

Paris, 1" avril 1678.

J'ay reçu, avec vostre lettre du a 5 du mois passé, le devis de Testât où sont à présent les fontaines de Belle-Ile.

J'ay vu tout ce que vous m'écrivez sur le sujet desdites fontaines pour les aiguades; sur quoy je dois vous dire qu'il faut que vous y fassiez travailler sans aucun retardement, suivant le devis du frère Constance que vous m'avez envoyé; mais je trouve que la dépense de 9,5 10 livres est bien forte pour cela , et je serois bien ayse que vous fissiez en sorte de la diminuer autant qn'il vous sera possible. Surtout observez qu'il faut que ce travail soit solide et que les eaux puissent estre arrestées, ou vers leur source, ou sous la place, en sorte qu'elles ne puissent servir aux ennemis.

Le chevalier de Château-Renault m'a écrit le détail du combat qu'il a rendu contre la Hotte hollandoise qu'il a rencontrée1; mais ce combat na pas plu au Roy, Sa Majesté n'estant pas accousturaée devoir les Hollandois

Toulon n'était pas dans le secret des ordres donnés pour 1 évacuation de Messine. (Voir pièce n* 679.)

1 Château-Renault étant sorti de Brest avec une escadre de six vaisseaux et de trois brûlots, avait rencontré, le 17 mars, une flotte hollan-

daise forte de vingt et une voiles, commandée par le vice-amiral Evcrtsen. Bien que cette rencontre eut été imprévue, Château-Renault n'hésita pas a attaquer les Hollandais , et força Evcrtsen à se retirer en désordre. (Voir pièces n" 679,486,691 et notes.)

aux mains avec ses troupea de terre et de mer, s'en séparer sans perte considérable de leur costé.

Envoyez-moy promptement le mémoire des hommes qui ont esté tués ou blessés dans ce combat, et commencez à travailler au remplacement de tout ce qui y aura esté consommé; mais vous devez observer pour cela de ne faire que ce que les magasins pourront vous permettre. Et mesme, si pour remplacer les hommes et les agrès il falloit désarmer un des vaisseaux de l'escadre dudit chevalier, vous en trouveriez l'ordre de Sa Majesté cy-joint.

Je suis satisfait du compte que vous me rendez de toutes les différentes escortes que les vaisseaux garde-costes viennent de donner ; mais il faut que vous leur fussiez promptement fournir les trois mois de vivres que vous devez leur faire prendre, afin qu'ils puissent demeurer continuellement en mer pour en chasser les corsaires et assurer le commerce des sujets du roy. A l'égard de la proposition que vous faites de faire garder la costc depuis Nantes jusqu'à Brest par le sieur de Rocheforl1, et de joindre au bastiment qu'il commande la frégate la Subtile, j'en rendra y compte au Roy et vous feray sçavoir ensuite ses intentions.

Puisque le vaisseau de 5o pièces est trop avancé pour le laisser en lestât qu'il est, il faut que vous fassiez travailler promptement à l'achever; et, pour ce qui est de la construction des frégates de ho et 3o pièces que vous deviez faire bastir en sa place, vous pouvez commencer à avoir tout le bois dont vous aurez besoin pour cette construction, et mesme vous préparer à la faire faire ; mais il faut attendre que je vous en envoyé Tordre, et, à l'égard de la fluste propre à porter des masts, remettre a un autre temps sa construction.

Je suis bien aysc que les vaisseaux que mon fils vous a ordonné de préparer soyent en estât de sortir au premier ordre que vous en recevrez. Je vous recommande d'avoir soin de les tenir toujours dans un pareil estât.

Je vous ay fait connoistre tant de fois de quelle conséquence il estoit que les magasins du munitionnaire fussent toujours fournis de vivres, que je ne doute pas que vous ne teniez la main à ce qu'ils soyent toujours remplis comme à présent.

Sur ce que le sieur Forant m'a écrit que vous disposiez des vaisseau* garde-costes et que cela rompt souvent ses mesures , je luy ay fait sçavoir que vous pouviez disposer de ces vaisseaux sans sa participation lorsqu'il

1 Chertemps de Hocheforl, lieutenant de 1 673 el de vaisseau au mois de dteembre wivaisseau en 1 668 , capitaine de frégate en mars vant. Mort sur le Fou^m , le 3 août 1 685.

ET GALERES. 91

n'est pas dans les rades ou proche de Brest; mais que, quand il y est, vous devez luy communiquer vos besoins et qu'il doit commander et faire agir lesdits vaisseaux suivant que vous l'estimerez à propos; ainsy, tenez la main à ce qu'ils soyent toujours employés suivant les besoins de l'arsenal ou des costes...

(Arch. delà Mar. Dépêche» concernant la marine, 1678, fol. 179.)

CHEF D'ESCADRE

Paris, i** avril 1678.

J'ay reçu vostre lettre du ùh du mois dernier qui contient le détail de tout ce qui s'est passé dans le combat que vous avez rendu contre la flotte hollandoise. Je vois, par ce détail, qu'il ne se peut rien de mieux que la manœuvre que vous avez faite puisque vous avez eu toujours l'avantage du vent, et il ne se peut non plus rien ajouter à la vigueur avec laquelle vous avez attaqué ces vaisseaux.

Je vois aussy que vous vous plaignez fort et avec raison du bruslot commandé par le capitaine Meschin et mesme il me -semble que vous blasmez la conduite de quelques-uns des capitaines de marine, qui se sont tenus éloignés du combat ou qui n'ont pas fait la manœuvre nécessaire pour s'en rapprocher.

A l'égard du bruslot commandé par Meschin, vous dites ensuite qu'il estoit malade; ainsy il semble que la faute de la mauvaise manœuvre de ce bruslot retombe sur celuy qui le commandoit par la maladie de ce capitaine. Quoyque Sa Majesté ayt esté satisfaite de l'avantage que vous avez remporté sur les ennemis, nonobstant leur nombre, je ne puis pas m'empescher de vous dire qu'il auroit esté à souhaiter, pour la gloire de ses iirmes et pour vostre avantage, que les ennemis eussent perdu quelques vaisseaux.

Si le capitaine Meschin estoit lors en estât, ou (en cas qu'il cust esté trop indisposé) que celuy qui commandoit son bruslot en sa place n'eust pas fait son devoir, vous devez sans difficulté faire arrester l'un ou l'autre, et le mettre dans le conseil de guerre pour le punir ainsy qu'il l'a bien mérité, n'ayant point obéy à vos signaux. Et, s'il y a quelque capitaine qui

1 Meschin, de Saintonge, capitaine de frégate en 1670, révoqué en 1681, rélabli en .685. Mort le 1" avril 1687. - Il était du

port de Rochefort, ainsi que son frère aîné , qui était capitaine de flûte en i675, et qui mourut sur la Salure, en juin 167(1.

n'ayt pas fait son devoir, vous ne devez pas non plus hésiter à le nommer et à dire les circonstances de son action, n'y ayant rien de plus important pour le service du roy et pour la gloire de la marine que de punir toutes les mauvaises actions et les mauvaises manœuvres.

J'attends le mémoire des morts et des blessés dans le combat, et vous devez toujours estre bien assuré que tout ce qui pourra dépendre de moy et de mon fils pour vostre avantage et vostre satisfaction , nous le ferons; mais donnez-nous quelque meilleure occasion que celle-cy pour bien faire valoir vos services.

( Arch. de la Mar. Dépêche* concernant la marine , 1 678 , fol. 18Y)

àSl. — À M. DE DEMUIN,

L\ TENDANT A ROCHEFORT

Saint-Germain , 1 6 ami 1 678.

Le Roy ayant accordé à madame de Montespan 1 et à madame la comtesse de Soissons 2 le vaisseau le Hardy, pour estre armé en course 3, ne

1 Voir II , ccxliii.

* Olympe Mancini , nièce du cardinal Mazarin (voir I, a&3), avait été mariée, le ai janvier 1657, à Eugène-Maurice de Savoie, comte de Soissons. Morte le 9 octobre 1 708.

» Le 7 du mois précédent, le sieur de Bonrepos, fournisseur de la marine, avait reçu la lettre suivante de Colbert :

«Madame de Montespan voulant faire faire un armement en course, j'ay cru que personne ne pouvoit mieux que vous s acquitter du soin qu'il faut prendre du détail de cet armement. Pour cela , vous dcvex sçavoir que ce vaisseau au Havre, et que j'écris au sieur Des- ; de le préparer incessamment. J'écris au sieur de Seuil de faire passer cent des matelots de la Tremblade et de l'isle d'Arvert* qui sont à présent à Brest; à l'égard des cent autres qui formeront l'équipage dudit vaisseau, j'écris au sieur Dosclouxeaux de les faire lever promp tentent. Je vous prie de faire remettre le fonds nécessaire pour cette levée et je vous le feray payer incessamment. Je vous prie aussy de faire fournir au Havre pour trois mois de vivres à ce vaisseau, que je vous feray pareillement payer après que vous m'aurex en-

voyé Testât de cette levée et de ce qu'auront cousté lesdits vivres... {Dtp. ccmc. la mar. fol. 1S1.)

Outre ces deux armements , madame de Montespan en obtint un troisième. Ainsi, le 7 mai de la même année, Colbert écrivait à l'intendant de Brest :

«Je vous ay fait sçavoir, par ma lettre du ai mars dernier, que, madame de Montespan ayant dessein de faire un armement a Brest, le Roy m'avoil ordonné d'en prendre soin, et je vous ay mesme ordonné, pour cet effet, de préparer promptement le vaisseau le Comte;

il est nécessaire de joindre â ce un autre petit bastiment, il faut que vous fassiez promptement armer celle des trois prises nommées le Renard, la Sam te- Arme et la Sainte- Eltzaheth qui sera en meilleur estât, et que vous travailliex incessamment à la mettre en mer, n'y ayant pas à présent un moment de temps à perdre ; et si vous ne pouviez pas tirer de dessus les vaisseaux commandés à présent par le chevalier de Château -Renault le

le Comte et la petite prise, il faudra

tout le pays

« la mer

manquez pas, aussytost que vous aurez reçu cette lettre, de le faire mettre promptement en estât de naviguer et de faire fournir des magasins les canons, armes, poudres, agrès et apparaux qui seront nécessaires, conformément au règlement du 5 octobre 167/1. Lorsqu'il ^era prest, il faudra que vous le remettiez au sieur Romas, porteur de ce billet, qui aura soin de la levée de l'équipage et de la préparation des vivres qui seront embarqués sur ce vaisseau; faites la plus grande diligence qu'il vous sera possible pour le mettre en estât de partir, et donnez-luy toute l'assistance dont il aura besoin.

Examinez, entre les capitaines de frégate légère et de bruslot qui sont à Rochefort, lequel vous estimerez le plus capable de commander ce vaisseau , et faites-raoy sçavoir vostre avis sur ce sujet, afin que je puisse envoyer à celuy qui sera eboisy la commission de M. l'Amiral.

Depuis cette lettre, j'ay estimé que La Clide 1 ou Herpin 2 seraient propres à commander ce vaisseau, et il faudra que vous donniez ordre à l'un de ces deux d'avoir soin de son armement.

(Arcb. de la Mnr. Dcpéchc* concernant la marine, 1678, fol. 197.)

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