A LOUIS XIV
Sceaux, s 6 may 1678.
J'espère que Vostre Majesté aura une grande satisfaction de l'application que M. de Vauban donnera à l'ouverture du banc de Dunkerque3, et que si les vaisseaux de 5o pièces de canon y peuvent entrer, comme il y a beaucoup d'apparence, il en résultera un très-grand avantage au service de Vostre Majesté *\
M. de Louvois me fait sçavoir que ni l'escadre des vaisseaux de Vostre Majesté commandée par le sieur du Quesne, ni les galères, ne sont plus nécessaires sur les cosles de Roussillon et de Catalogne, et que j'aye à prendre les ordres de Vostre Majesté sur leur navigation pendant le reste de cet esté.
Si Vostre Majesté m'ordonne de luy ouvrir mes pensées, il me semble que l'action des vaisseaux et des galères, pendant cette campagne, doit estre réglée sur Testât auquel sont les Anglois et les Hollandois dans la Méditerranée.
Les Anglois ont quatorze vaisseaux sous le commandement de Marlborough et d'Herbert; mais ils sont devant Alger ou dans le détroit pour faire
' Il parait que la réponse du marquis d'Oppède fui affirmative, car l'ordre suivant fut expédié le a6 juillet à l'intendant de Marseille :
«J 'a vois donné mes ordres au duc de V ivonne, le 1" de ce mois, pour faire mettre en liberté les Espagnols prisonniers dp guerre
qui avoient esté remis sur mes galères; mais j'ay changé de résolution depuis ce temps , et je luy ay fait sçavoir que mon intention est que ceux qui sont sur mesdiles galère» y soyent retenus. . . » (Dép. amc. Us gai. fol. 100.)
1 Ce banc de sable barrait l'entrée du port.
' Voir pièces n°* /199 et 5oa.
la guerre aux vaisseaux d'Alger; joint qu'il n'y a point de déclaration, en sorte qu'il n'y a rien à craindre d'eux.
A l'égard des Hollandois, je ne suis pas informé des avis que Vostre Majesté peut avoir reçus, s'ils entrent dans la Méditerranée ou s'ils demeurent à Cadix pour retourner en Hollande. 11 n'y a guère d'apparence qu'ils entrent dans la Méditerranée; mais pcut-estre demeureront-ils à Cadix pour recevoir leur convoy de Smyrne, qui doit revenir fort riche dans le mois de juillet.
Sur ce- fondement, je croirois que l'on pourroit donner ces avis au sieur du Quesne, luy joindre les trois vaisseaux garde-costes et luy ordonner de croiser entre la Sardaigne et l'Afrique, et partout ailleurs où il croira pouvoir trouver le convoy de Smyrne, avec ordre de ne point s'approcher du détroit ni des costes d'Espagne. Je crois pouvoir assurer à Vostre Majesté qu'il n'ira pas chercher les Hollandois dans le détroit, mais que, s'ils le vont chercher, il prendra si bien ses avantages qu'il les battra b.
Pour les galères, mon avis seroit qu'elles retournassent en Provence et qu elles naviguassent sur les costes de Corse, de Sardaigne et d'Italie pendant le reste de cette campagne, pour en chasser les corsaires et prendre les vaisseaux hollandois qui s'y trouveront'.
Ainsy la Méditerranée sera bien occupée par les forces navales de Vostre Majesté*1; le chevalier de Château-Renault occupe l'entrée de la Manche; le comte d'Estrées les isles de l'Amérique, et l'escadre de Pannetier et les armateurs de Dunkerque les costes de Hollande et les mers du Nord, en sorte que le commerce des Hollandois sera interrompu de toutes parts.
J'attendray les ordres de Vostre Majesté sur le tout.
La Reyne m'a ordonné de luy envoyer a, ooo pistoles, à quoy j'ay satisfait*.
Je supplie Vostre Majesté de signer les ordonnances cy-jointes f.