‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 3)Chapitre 396 sur 486 · A M. GABARET · texte numérisé non relu

A M. GABARET

CHEF D'ESCADRE

Fontainebleau, 3o septembre 1678.

Le Roy m'ordonna hier de vous écrire ces lignes sur une matière très-

1 On lit, au sujet des travaux de Toulon, dans une instruction adressée À Arnoul, le to du mois suivant :

'Sa Majesté a vu et examiné le plan géoniétral de ladite ville de Toulon qu'il a envoyé, mais elle n'a pu y remarquer ni la hauteur, ni la proximité des monlagrfes de la fortification de la place. Il devoil faire cinq ou six profils des environs de ladite place, et ces profils auraient fait connoistre les hauteurs et leurs approches.

«A l'égard de l'augmentation de la darse du coste du Levant, Sa Majesté trouve que ce plan

coupe presque en deux la foase qu'il faut soigneusement conserver, et ainsy il est difficile de convenir que celte pensée soit bonne; anssy ne paroisl-il pas qu'il l'ayt communiquée à personne. Il doit se contenter de l'augmentation du costédu Ponant, et à l'égard du Levant, de fermer la fosse par une estacade, ainsy que Sa Majesté luy a fait sçavoir par sa lettre du a 5 septembre dernier.

« Elle veut de plus qu'il examine avec soin les moyens de détourner le ruisseau de l'Égoutier qui tombe dans la fosse et le jeter dans la mer par derrière la montagne ; et c'est là , peut-eslre ,

importante qui demande un très-grand secret. La paix estant faite avec l'Espagne dans l'Europe et non dans les autres parties du monde, il se pourra peut-estre qu'un jour Sa Majesté prendra la résolution de troubler le grand et libre commerce que les Espagnols ont d'Espagne dans les Indes occidentales par l'envoy et le retour de leurs flottes et galions , qui partent dans des temps fixes et certains des costes d'Espagne, vont reconnoistre souvent les Canaries, et ensuite s'élèvent jusqu'à pouvoir prendre les vents alizés qui les portent au travers des Antilles dans le golfe de Mexique et retournent ensuite dans des temps fixes par le détroit de Bahama '. Pour vous mettre en estât d'exécuter les ordres de Sa Majesté, lorsqu'ils vous seront donnés sur ce sujet, elle veut que vous ayez une application particulière pendant le voyage que vous allez faire pour sçavoir seurement et exactement les temps justes du départ des flottes et galions de la coste d'Espagne, la navigation précise qu'ils font, quelle route ils tiennent, quelles isles ou terre ferme ils reconnoissent, en quels lieux ils vont faire leurs aiguades, combien de temps ils y demeurent, et enfin en quels port> ils demeurent pour charger et s'en revenir en Europe. 11 est nécessaire que vous vous informiez de quelle force sont ces galions et les vaisseaux de leurs flottes; s'ils sont en estât de combattre ou non, quel nombre ils sont, leur port, de combien de canons ils sont montés et le nombre de leurs équipages; et, s'ils ont des vaisseaux de conserve, leur nombre, leur port et leur force.

Il est aussy nécessaire que vous examiniez les mesmes points pour ce qui concerne leur retour, et enfin que vous fassiez un mémoire bien exact sur tout ce qu'il y auroit à faire pour entreprendre sur ces vaisseaux, tant sur le nombre, la qualité et force des vaisseaux du roy qu'il faudroil armer, que sur les lieux et endroits où il seroit nécessaire qu'ils se portassent pour les attendre et les attaquer seurement; mais, comme il n'y a rien dans cette entreprise de si important que le secret, vous devez prendre l'extrait de cette lettre sur vos tablettes et la brusler. Je vous envoyé par ordre du Roy un chiffre, afin que, si vous avez occasion de me rendre compte de ce détail estant en mer, vous vous en puissiez servir; mais, en ce cas, il faut que vous chiffriez vous-mesme vostre dépesche, et, si vous ne m'en rendez compte que lorsque vous serez de retour, vous pourrez sans difficulté m'en envoyer les mémoires en clair.

(àrch. de la Mar. Dépêche* concernant la marri*, 1678, fol. 49M

ce qu'il y a de plus important à faire pour le 1 Canal de Bahama ou golfe de Floride. Bras

port...» {Ordre» du roi, fol. 38o.) — Voir de mer, de cinquante lieues environ de largr. pièce n° 5 1 0 et notes. entre l'Amérique et les «es Lucayes.

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