A M. LE JAY
liNTENDAINT A BORDKALX.
Dp... 17 juiilel 166a.
J'ay reçu vostre lettre du 1 îî de ce mois à laquelle je répondray article par article.
Je suis très-ayse d'apprendre que la vente des grains continue et que vous espérez qu'il n'y aura aucune perte pour le Roy, vous priant de nouveau de m'informer, chaque semaine, du fonds qui en sera provenu, et, si vous trouvez occasion de remettre de l'argent à Paris au pair, d'en envoyer les lettres de change au sieur Nacquart ^ sinon il n'y aura qu'à le conserver soigneusement, et nous trouverons facilement les moyens d'en disposer^.
Je dois vous dire, sur la pensée que vous avez que les receveurs géné-
i6s9, intendant de Paris pendant la guerre dvile, puis de Grenoble , et enfin de Moulins et de Riom, depuis mai 1669 jusqu^en 1669. (Voir 1. 1, 387.) Il entra à celle époque dans la marine, et devint successivement capitaine de vaisseau (i663), gouverneur général do Gayenoe, et lieutenant général en 1667.
Nouiiné gouverneur du Canada, eu i68'J > ses infiftniiés le forcèrent de rentrer en France. Mort le h mai t688.
' Nacquart, qui avait d^abord été au service de Ifaiarin comme homme d^aflaires (voir 1. 1, &63), devint ensuite conseiller du roi, et lieuteoaDt gênerai de Tamiraulé de Dunken]ue. GolbertdeSaint-Pouange,intendanld'Amiens, le ehoisit, en i663, pour son subdélégué à Doakerque.
' Louis XIV expose , dans ses InitnicUoru au Dauphin f les mesures qu'il prit pour adoucir la rigueur de la disette qui sévit en 1669 :
r J'obligoai les provinces les plus abondantes à secourir les autres, les particuliers à ouvrir leurs magasins et à exposer leurs denrées à un prix équitable. J'envoyai en diligence des ordres de fous côtés pour faire venir par mer, de Dantzik et autres pays étrangers , le plus de blés ({u'il me fut possible. Je les fis acheter de mon épargne; j'en distribuai gratuitement la plus grande partie au petit peuple des meilleures villes, comme Paris, Rouen, Tours et autres. Je fis vendre le reste à ceux qui en pouvoient acheter, mais j'y mis un pnx très-modique et dont le profit, s'il y <.'n avoit, éloit employé au soulagement des pauvres, qui tiroient des plus riches, par ce moyen, un secours volontaire, naturel et insensible. A la campagne, où les distributions de blés n'aaroient pu se faire si promptement, je les fis en argent, dont chacun tàchoit ensuite de soulager sa nécessité, n (Voir Œuwtêj I, pages 59 et 53.)
raux des (inancrs do vostrc j^rn^ralité vous ont |>u rendre quelques maavaû odices, (|ue vous mo feriez tort si vous estiez prévenu de Topinion que je leur prestasse l'oreille à vostre ])réjudice, car je vous prie de croire que je sçais un |)ou faire la difl'érence d'une personne de mérite et de probile comme vous d'avec d'autres gens; de sorte (|ue quand ils auroient entrepris de parler contre vous (ce que pourtant à la vérité ils n'ont pas fait), «j'auroil esté fort inutilement. Comme je n'ay rien de réservé pour voofi sur cette matière, je vous diray franchement que tout ce cju'ils ont all(fgué a esté seulement que vous ne vous transportiez pas dans les élections auss)* souvent (|u'il eust esté nécessaire pour faire avancer les recouvremens; mais j'av bien compris f|ue vous avez <le bonnes raisons pour ne les pas i»ntièremont satisfaire en cela, particulièrement à cause de l'extrême misère que la province a soufferte, et (ju'il n'estoit pas juste de presser les |>euples dans une année si fascheusc *.
Pour ce qui est des deux parties (jue vous croyez qu'ils ont levées iûdueraent et dont vous leur demandez 1 éclaircissement, j'estime qu'il ne faut pas davantage rebattre cette matière quant à présent, parce que, ayant beaucoup de peine à soutem'r leur presl*^, il est de conséquence de leur faire connoistre cpi'on les veut assister en tout ce qui sera possible, remettant, après que la moisson sera faite, à réveiller cette poursuite qui ne demeurera assoupie qu'autant de temps qu'il sera nécessaire pour cmpescher que cette recherche ne nuise au payement qu'ils doivent faire pour le courant...
(Arcli. de in Mar. Hccmil de dîwrêe* lettres, fol. 38.)