‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 4)Chapitre 276 sur 411 · INTENDANT DE BORDEAUX ET DE MONTALBAN · texte numérisé non relu

INTENDANT DE BORDEAUX ET DE MONTALBAN

De... 3 décembre 1663.

J*ay reçu vostre lettre du *2ù du mois passé, qui m'a fait connoistre qu'il y a beaucoup de désordres dans la généralité de Montauban. Quoy-

(▼oir L 1, 388), la lellre suivante: «Si je ne prenois pas d'inlerest en ce qui peut vous regarder, ou ceux qui ont Thonneur de vous appartcoir, je ne vous informerois point des plaintes que Ton a faites au Roy de la conduite de M. de Lupy, lequel, à ce que Ton prétend , empescbe que ses paroisses ne payent ce qu'elles doivent de la taille, et je n'aurois pas arresté le cx)urs des informations que Ton avoit commence de faire contre luy. Vous sçavez, Monsieur, que dans la cx>nslitution présente des affaires, cette conduite ne peut produire que de fort mesclians effets, et qu'ainsy ledit sieur de l^upy doit la rcfomier, <'il veut les éviter. Je m'assure ipie vous Ty

disposerez aysément. n (/?ec. de div. lett. f. i5o.) * Voici celte lettre, datée du 16 novembre 1669 :

ff Ayant fait connoistre à tous les commissaires départis dans les provinces Tannée dernière, lorsque je pris moy-mesme la conduite et l'administration de mes finances, que mon intention estoit qu'ils apprissent mes volontés sur ce sujet par les lettres que le sieur Colbert leur écriroit de ma part, auxquelles je désirois qu'ib ajoutassent une créance entière, j'ay esté Wen ayse de vous répéter la mesme chose, et de vous dire que je désire que vous donniei ia mesme créance A tout ce qu'il vous écrira...?»

qu'il no soit pas besoin de vous exciter pour y rem<idier, je ne laisseray pas de vous dire que le plus (jrand service que vous puissiez rendre au Roy et aux peuples est d'empescher toutes ces vexations et de restablir un meilleur ordre dans cette généralité. Sur toutes choses , j'estime absolument nécessaire que vous jetiez les yeux sur des trésoriers de France pour vous y ayder, afin que, dans le temps jque vous y serez présent, vous voyant agir ils puissent suivre vostre conduite et vos maximes lorsque vous serez absent.

Vous avez des arrests qui ont esté donnés au conseil pour régler le recouvrement des restes, qui portent que, pour les années 1657 ^' i658, toutes les contraintes seront visées par vous; pour les années 1659 et 1660, par les élus; et pour celles de 1661 et i66»j, à l'ordinaire; mais comme je vois, par ce que vous m'écrivez, qu'il faut y apporter un autre remède, je feray expédier un arrcst (|ue je vous cnvcrray au premier jour pour empesclier que le recouvrement desdits restes se puisse faire qu'en vertu de vos contraintes.

Il est de conséquence que vous observiez soigneusement si la généralité de Montauban n'est pas trop surchargée, et si les peuples pourront facilejnent acquitter les impositions, en remédiant aux désordres des troupes.

Je ne manqueray de parler au Roy, aussytost ([ue Sa Majesté sera revenue de Dunkcrque \ de tout ce qui est contenu en vostre lettre touchant les désordres que les troupes commettent en travaillant au recouvrement des restes. Ce pendant j'écris à l'avance à M. de Saint-Luc 2 pour le prier •de ne point faire difficulté de vous envoyer tous les ordres que vous luy demanderez, et je m'assure que Sadite Majesté trouvera bon que, sur les vostres seulement, vous envoyiez jus(|u'à six cavaliers ou fusiliers dans les paroisses difficiles, aussytost que je luy auray expliqué la nécessité de vous attribuer ce pouvoir.

Rien que je croye que je m'accorderay icy avec les receveurs généraux des finances pour le recouvrement des impositions de l'année prochaine, il sera bon néanmoins d'écouter toujours les propositions que l'on vous a faites de traiter pour neuf élections, à dix ou onze deniers de taxations ou frais de remise, à *j 00,000 livres de non-valeurs, et en douze payemens à commencer au i"mars 1 663. Mais le principal en cela, c'est d'examiner avec beaucoup de précaution la solvabilité de ceux que vous avez en main

* Bien que Dunkcrque eût clé remis aux ^ tVançois d'Ëpinay, mun|uiâ de SaioU

Français le 37 novembre, Louis XIV n'y fit Luc, lieutenant général eu Guyenne. (Voir

son entrée et n'en prit possession que le 3 dé- L 1 , 30^.) «•embre suivunL

pour cet effet; car en ne convenant point dudit recouvrement avec les receveurs généraux, et en vous accommodant sur les lieux, on pourroît accorder non-seulement quatorze, quinze et seize, voire dix-huit payemens, pourvu que l'assurance fust réelle et immanquable.

Je dois vous dire par avance qu'un des principaux points de l'instruction qui sera envoyée Tannée prochaine aux commissaires départis dans les provinces, sera de faire des descentes et des procès-verbaux sur la qualité et nature de toutes les rivières qui se trouvent dans l'estenduc de leurs départemens , afin de sçavoir si elles pourront estre rendues navigables ou non, n'y ayant rien qui puisse tant faciliter l'enlèvement des denrées, bonifier le commerce, et, par conséquent, le payement de la taille. Il sera bon que vous ayez l'œil à cela dès à présent, afin que, quand on y voudra travailler, vous ayez acquis les connoissances qui servent à faire succéder 'avec beaucoup plus d'avantage et de promptitude les résolutions que Ton prendra à cet égard.

Je vous prie de vous bien appliquer à connoistre tous les restes de cette généralité, depuis 1667 jusqu'à présent. Sur ce sujet, je vous diray que le sieur de Gourville * ayant traité des années 1660 et 1661, feu Son Eminence avoit pris des assignations pour tout le pain de munition des années i658 et ifiSg sur le mesme traité, lesquelles ayant passé entre les mains de M. le duc Mazarin^, qui n'a pas eu trop de soin de ses affaires, il est arrivé que le sieur de Gourville n'a pas payé plus de 1 a à i5 cent mille livres sur les 3 millions à quoy montoient lesdites assignations; et comme il s'est retiré dès le mois de septembre de l'année dernière, il se trouvera assurément qu'il aura touché depuis ce temps-là de prodigieuses sommes de deniers sans rien payer, en sorte qu'il est absolument nécessaire que vous commenciez à déposséder les commis aux recettes de ces années, en cas qu'ils ayent esté establis par luy, ou à prendre soigneusement son assurance [s'assurer] qu'ils ne payeront que par vos ordres, en leur donnant mesme des contrôleurs, afin qu'ils ne puissent toucher à aucun denier à vostre insçu , faisant vos diligences pour vérifier <;e qu'ils auront reçu et ce qui en devra estre demeuré en leurs mains.

On a donné avis au Roy que les sieurs Suxonyet Daubaré, cy-devant

' Jean Hérault de Gourville. (Voir 1. 1, 1.) grand mattre de rarlilleric, charge donl il se

11 avait ëtë receveur général en Guyenne; il fut démit en 1669. ^^^^^ ^^ 9 novembre 1718^ à

depuis obligé de donner 5oo,ooo francs pour Tâge de quatrc-vingt-Kleux ans. Le cardinal

échapper aux poursuites de la Chambre de jus- Mazarin lui avait donné son nom en lui faisant

tice. épouser, le a8 février 1661, Hortensc Man-

' Armand de La Porte, duc de !^ Meilie- cini, sa nièce, née à Rome en 16/16, morte à

raye, pair de Franco, gouverneur do TAIsaco, Chelsea (Angleterre) en 1699.

mousquetaires, qui ont esté chassés de la compagnie , font plusieurs désordres en Guyenne, en portant de vieilles casaques. Sa Majesté désire que vous y remédiiez par vostrc autorité, et que, en cas que cet avis soit véritable, vous fassiez informer contre eux par les juges ordinaires, pour après ïes punir avec sévérité...

( Arch. de la Mar. Recueil de diverse* lettrée , fol. ig6.)

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