‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 4)Chapitre 300 sur 411 · A M. DE SÈVE · texte numérisé non relu

A M. DE SÈVE

I]NTE]NDA]NT A BORDEAUX.

SaiDt-Germain , i3 janvier 1673.

Je n'apprends point, par vostre lettre du 2 de ce mois, que la punition ayt esté faite des séditieux d'Agen. Je vous avoue que j'en suis en peine, parce que, assurément, le repos de la province dépend du plus ou moins sévère chastiment qui en sera fait. Vous avez reçu l'arrest que je vous ay envoyé, et je ne doute pas que vous ne vous y soyez transporté aussytost pour tenir la main à ce que la justice en soit faite ^.

' L'édit d^avril 1678 concernant les droits de tiers et danger sur les bois de Normandie abolit le droit de Mtipefxqm est une maille pour Ihre des sommes contenues dans les contrats et oUigalions, dont la levée et perception n'a esté establie (\»en peu de lieux , et souvent inlerroaipucj» (Recueil d'ord. roy,) ^ Le s6 août précédent, Colbert avait déjà écrit au président Pollot, au sujet du tiers et danger, la lettre suivante :

erj'ay reçu la lettre que vous avez pris la peine de m^ëcrire, le 17 de ce mois, par laquelle vous me faites sçavoir que vous avez cmpescbé rassemblée des Chambres, qui vous a esté demandée par tout le parlement, sur Taffaire du tiers et danger. Ayant fait lecture au Roy de cette lettre, Sa Majesté m'a ordonné de vous (aire sçavoir que les maximes sur lesquelles elle règle sa conduite estant un peu diflerenles de celles du passé , elle ne veut pas que vous refusiez l'assemblée des Chambres, toutes les fois qu'elle vous sera demandée pour

les affaires publiques; sauf, pour les affaires particulières qui regardent la discipline de vostre Compagnie, à en user ainsy que vous estimerez à propos pour le bien de la justice. Ainsy, sur le sujet du tiers et danger où le public a intérest, Sa Majesté veut que vous permettiez cette assemblée sans aucune difficulté ; et vous ne devez pas douter qu'en cette occasion, comme dans toutes les autres, elle^ne rende la justice ainsy qu'elle a accoustumé; elle ne laissera pas perdre un des plus iroportans droits de sa couronne , si elle s'y trouve bien fondée. (Dép.conc. le corn. 167a, fol. 2 69.)

^ Voir pièce n" 326 et note. — Colbert écri • vait encore, sur ce sujet, le âo janvier suivant, à M. de Sève :

« J'ay reçu vos lettres des 9 et 1 3 de ce mois. Le Roy a esté bien ayse d'apprendre la punition que le présidial d'Agen a faite des coupables de la sédition qui y estoit arrivée, et Sa Majesté ne doute pas que cet exemple n'empescbe les suites quVIle pourroît avoir. Vous devez

M. le marcschal d'Albrct ^ est pariy pour se rendre diligemment dans la province , et son arrivée lèvera toutes les petites difficultés que vous avez avec M. de Montaigu. Mais vous devez vous appliquer à faire en sorte que tous ces petits différends se terminent entièrement, et à passer par-dessas les obstacles qui s'y pourroient rencontrer, estant de vostre prudence d'empescher que ces petits démeslés n'ayent de suite.

Je vous ay écrit si amplement par tous les ordinaires précédens'sùr toutes les affaires extraordinaires et sur l'application que vous devez avoir pour en avancer le recouvrement et pour les terminer le plus tost qùTSI se pourra, que je n'aurois qu'à vous répéter les mesmes choses. Ainsy, je' me contenteray de vous prier de me donner, par tous les ordinaires , part' de tout ce qui se passera.

A l'égard de la sortie des vins et autres denrées du royaume , vous sçavez combien il importe que ces sorties soyent amples et considérables; c'est pourquoy vous devez, s'il vous plaist, donner une grande application à écouter tout ce que les marchands vous diront sur ce sujet et y employer toute vostre industrie et l'autorité que le Roy vous a commise.

A l'égard du papier terrier, je vois bien , par ce (jue contient vostre lettre du 3o du mois passé, la vérité de l'excès des frais dont on m'avoit donné avis et dont tout le monde se plaint. Permettez-moy de vous dire que, par l'instruction dernière que je vous ay envoyée, et par tout ce que je vous ay écrit, vous trouverez que vous avez souffert en vos subdélégués une conduite qui n'est pas bonne.

Quant à l'assassinat du sieur Chatart, trésorier de France, les parties se doivent adresser au Conseil, et vous ne devez point en prendre connoîssance jusqu'à ce que le Roy vous en ayt donné l'autorité. Mais si l'affaire vous paroist de trop grande conséquence, vous pourriez en faire vostre procès-verbal et l'envoyer au secrétaire d'Estat de la province^, n'estant pas un fait des finances.

( Bibl. des Inv. Ms. Correspondance de M. Colbert, 1678 , foî. 1 2. )

surtout bien observer ce qui se passera dans la province, pour remédier proniptement à ces petits désordres, en cas qu'il en arrive encore, tî {Cnrresp. de M. Colberty fol. a/i.)

' César-Phébus d'AIbret, de ia maison de Navarre, ne en iGiA; maréchal de France en i653; gouverneur de Guyenne, depuis décembre 1670. Mort, en fonctions, le 3 sep-

tembre 1G76. — ^ La Guyenne faisait partie du département de Baltiiasar Phelypeaux do La Vriliière, marquis de Chateauneuf, qui avait été reçu, en 1669, en survivance de son père et sur la démission de son frère , ù la charge de secrétaire d'Ëlat. Mort, le 27 avril 1 700, à Tàge de soixante-deux ans.

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