‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 5)Chapitre 11 sur 258 · X. — TOURVILLE A SEIGNELAY · texte numérisé non relu

X. — TOURVILLE A SEIGNELAY

A la rade de Torbay, ce 5 aoust 1690. Après aToir demeuré quelque temps à la rade de Torbay sans pouvoir rien entreprendre avec les galères, par la contrariété des venls qui nous ont toufmr% esté couiraires sur les vues que j'avois eues , je n'ay pas voulu perdre un momeui de temps pour tascher d'entreprendre quelque chose. Je m'embarquay Uer daus mon canot pour visiter moy-mesme la coste; j'estois accompagné par \e bngantm de M. le chevalier de Noailles. Je n'ay point trouvé d'endroit plus propre ni qui cenvinst mieux aux galères pour faire un débarquement que Tiogmouth^, dans la vue que j'avois de faire brusier douze vaisseaux qui y estoîent. Yen apportay un petit plan aux officiers généraux, et je donnay les Cidres pour exécuter ce dessein le lendemain à la pointe du jour. J'avois donné ce commandement à M. de Villette; mais M. le comte d'Estrées me l'a demandé. Je donnay ordre aux galères d'estre à la pointe du jour devant Ting-

IDOQlh.

Tons les détacbemens ont esté faits selon les projets que je vous avois en-

f€jéB; les troupes débarquèrent le plus heureusement du monde sans qu'elles

areof éprouré aucune résistance, et elles se sont rembarquées de la mesme

maniëre, après avoir bruslé les navires qui estoient dans la rivière. Ladeneaua

esié commandé avec son canot pour exécuter ce dessein: il y a réussy parfaile-

' Tioffinoiilh , ville et port du Dcvonshire , à l'embouchure de la Ting.

Liv INTRODUCTION (ANNEXES).

ment et a eu toute la bonne conduite que vous pouvez souhaiter. J'avois vu de la cavalerie dans le temps que je fus sonder cette rade; favois ordonné à M. le comte d'Eatrées de ne point s'y engager s'il trouvoit de la résistance. Le major général estant sur la galère de M. de Mailly avec luy. Ton a proposé de le laisser descendre avec les grenadiers, et que, en cas qu'il trouvast une grande résistance, il n'engageroit pas davantage de troupes pour le faire soutenir, et que s'il se rendoit maistre des premières maisons, la descente estoit assurée; ce qui a très-bien réussy. N'ayant point trouvé de résistance, il a fait prendre les retrauchemens et la batterie des ennemis à revers, et dans ce temps-là toutes les troupes se sont débarquées. Par le détail que M. de Bonrepos vous fera de la conduite qu'il a eue dans cette affaire , vous serez convaincu qu'il estoit propre pour avoir ce détachement, comme je Hons l'avois proposé. M. le comte d'Ëstrées s'est comporté dans toute cette affaire avec beaucoup de prudence , et les troupes se sont rembarquées en très-bon ordre. Je mets à la voile pour aller du costé de Plymouth, où j'apprends qu'il y a quantité de vaisseaux.

Soyez persuadé, s'il vous plaist, que jen'oublierav rien de ce qui peut aller à la gloire du Roy et à nostre satisfaction.

[Histoire de la marine française, par Eugène Sue , IV, 377.)

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