‹ Lettres, instructions et mémoires de Colbert (volume 5)Chapitre 166 sur 258 · GOUVERNEUR DE LA GUADELOUPE · texte numérisé non relu

GOUVERNEUR DE LA GUADELOUPE

Parts, 6 septembre 1673.

Je feray seulement quatre mots de réponse à toutes les lettres que j'ay reçues de vous depuis un fort long temps, vous avouant que je les trouve un peu trop longues, trop ennuyeuses et trop inutiles pour perdre mon temps à les lire toutes. Je vous diray seulement que je vois beaucoup de plaintes que Ton fait contre vous, et que vous travaillez continuellement à empescher, autant qu'il est en vous, que l'on ne puisse prendre créance en tous ceux qui sont envoyés de delà et en qui l'on doit natureUement en prendre.

M. de Baas est vostre ennemy, toute' la compagnie des Indes occidentales veut vous détruire; le sieur Pélissier est tout de mesme vostre ennemy déclaré ; le sieur Du Ruau Fallu ne l'est pas moins , et ainsy de tout le reste; et tout cela tourne dans vostre imagination sans qu'aucun d'eux se soit jamais mis en devoir de vous rendre aucun mauvais oiBce, mais seulement de dire la vérité avec des circonstances telles qu'elle ne peut estre

Les plus mauvais offices que l'on vous puisse rendre viennent de vos lettres par lesquelles vous me faites connoistre clairement que vous voudriez estre le tout dans l'isle dont le Roy vous a confié le gouvernement et dans toutes les autres. Les juges ne jugent pas bien s'ils ne jugent selon vostre sens; la compagnie ne fait rien qui vaille si elle ne le fait de mesme. Vous ne pouvez pas mesme vous empescher d'interposer vostre sens particulier sur l'exécution des ordres que vous recevez du Roy.

' Voir piècn n* 67.

Je vous dis en peu de mots que vostre véritable fonction ne consiste qu'à maintenir les habitans dans l'exercice des armes et les tenir, par ce moyen, en estât de résister aux ennemis en cas qu'ils fussent attaqués; laisser les premiers juges dans la libre et entière fonction de la justice , tenir la main à ce que leurs jugemens soyent exécutés et leur prester main-forte quand ils vous le demanderont; tenir le rang que le Roy vous a donné dans le conseil souverain et y donner vostre suffrage, sans y forcer ou violenter les autres par quelque voye et sous quelque prétexte que ce soit; faire exécuter les arrests du conseil et les ordres du roy que je vous envoyé sans interposer vostre sens particulier; maintenir les marchands qui vont dans vostre isle dans une entière liberté d'y vendre et débiter leurs denrées et marchandises, sans donner aucune préférence à qui que ce soit, ni leur faire aucun empeschement directement ou indirectement; maintenir de mesme les habitans de l'isle de la Guadeloupe dans une entière liberté de vendre leurs sucres, et ne vous mesler d'aucun commerce ni par vous, ni par qui que ce soit qui vous appartienne.

Lorsque vous agirez de cette sorte , vous pourrez vivre en repos sur l'assurance que je vous donne que cette isle augmentera en nombre d'habitans et que cette unique raison vous mettra à couvert de toutes les autres affaires dont vous vous plaignez sans fondement; à quoy j'ajouteray que vous ne devez pas consommer vostre temps inutilement à m'écrire d'aucune autre chose que des points contenus cy-dessus, et soyez assuré que c'est là le meilleur avis que je vous puisse donner.

( Arcb. de la Mar. Ordrêê du roiffour Im eompagniei dêi Indêi, 1673, fol. 61. )

Versailles, 93 mars 167&.

Quoyque je vous aye fait une réponse du 1 6 décembre qui doit servir à toutes vos lettres, je ne laisseray pas de vous dire encore, par ces lignes, que vous ayant fait connoistre cpi'il falloit en tout temps quitter tous les soupçons et les défiances qui vous sont naturels et qui occupent entièrement vostre esprit, et vous appliquer uniquement aux choses qui sont de vostre devoir et que je vous ay tant de fois expliquées de vive voix et par écrit, il faut, en ce temps icy plus qu'en tout autre, quand la guerre que Sa Majesté est obligée de soutenir et qu'elle soutient glorieusement contre la maison d'Autriche et les HoUandois joints ensemble, vous doit faire connoistre que vous serez seurement attaqué par les HoUandois, il

faut, dis-je, quitter toutes ces défiances et vous appliquer entièrement à bien faire vostre devoir, à bien obéir aux ordi^es qui vous seront donnés, à vivre avec la soumission et la déférence que vous devez avec M. de Baas, et ne pas vous mettre dans l'esprit qu'il veuille vous perdre, parce qu'ii ne le peut pas faire sans se perdre luy~mesme ou sans se faire un préjudice que la satisfaction d'une petite haine qui ne peut avoir de fondement ne pourroit réparer.

Quand vous raisonnerez qu'il a de l'esprit et de l'honneur, qu'il veut satisfaire le Roy et s'acquérir de la gloire , qu'il ne peut parvenir à ces fins que par le moyen et par les testes et les bras de tous les gouverneurs et de tous les officiers qui servent sous luy, vous condurez entièrement qu'il ne peut jamais avoir autre chose dans l'esprit que de vous donner lés moyens de faire quelque bonne action, si l'occasion s'en présente.

Vivez donc en repos; faites en sorte que tous les habitans de l'isle soyent contens de vous et qu'ils soyent bien disposés pour se défendre ; ce sont là les seuls moyens de satisfaire le Roy et d'acquérir de l'honneur.

( A.rch. de la Mar. Ordres du rm pour lu comparu»» dta htiês, 167& , fol. 19.)

Page 1