VOYAGES DE HOLLANDE ET D'ANGLETERRE
Pmt eal effet, je mlnforoieray soigneuaemeiU et feray des mémoires de ma main:
Da nondbra des vaisseamL de guerre qu'ils ont dans leur ports el h la mer; de leurs noms, leur port et la quantité des canons;
S'ils mettent leurs sabords aossy ou plus proche Tun de l'autre que nous; la manière doDt ib les disposent;
Combien de canons de fer ils mettent sur chaque bord, combien de canons de fonte; où ib prennent leurs canwis de fer;
Le gabarit de leurs vaisseaux ;
La manière de leurs constructions;
La diiSéreDoe qu'il y a entre leurs vaisseaux et les nostres , afin de remarquer les défimls pour les éviter, et chercher ce qu'ils ont de meilleur pour le suivre; tasdier d'avoir on devis exact de toute la construction du vaisseau et de toutes les pièces qui y entrent^ depuis la quille jusquan baston du pavillon; voir de quelle manière ils chevillent les bordages; en quels lieux ils mettent du fer ou du bois; de quel bois ils se servent.
TaMher de sçavoir les raisons qu'ils ont pour la construction de leurs vaisseaux; quels irantaipes ils tirent de les faire plus à plate varangue que nous, et quels désavantages fl y a; les inconvéniens qui nous arriveroient, en cas de guerre, d'avoir des vaisseaux plus taillés qu'eux, et qui, par conséquent, prennent plus d'eau.
Examiner s'ils se servent de galeries, ou non , et les raisons qu'ils ont pour ne s'en point servir.
Voir si leurs vaiweaux sont plus diargés d'œuvres mortes et plus envdnmés que les Boelies, ou s'ils sont phis frégates.
Sçavoir l'opinion qu'ils ont de la marine de France; en tirer leurs sentimens tant sur lei farces du roy que sur les manières de constructions, sur la bonté des ofiiciers et des équipages, et généralement sm* tout ce qui regarde nostre marine.
Sçavoir le nombre des ^ipages qu'ils mettent sur chaque vaisseau; combien de OMlefeto; oombie& de soldais; combien d'officiers mariniers; leurs noms; combien de bauis officiers.
Si je pouvois trouver quelque habile eafûtaiBe ou bas officier, il faudroit tirer de luy ks noBis de tous les capitaines, heutenans, etc. leur mérite partiettUer et l'estime qu'ils ett dns leur corps; leurs fonctions, tant en guerre qu'en paix« en gros temps et en caiflM; les fonetions des officiers mariniers, et comment ils sont disposés sur chaque bord, tant en gros teoqps qu'en cdhne; ce qu'ils observent pour la manoeuvre du canon et du pilotage, et pour toutes les antres manœuvres du vaisseau; qoeb officiers ils ont pourcda; les fonctions des grands officiers, comme amiraux, vice-amiraux, oontreaoiiraox et chefe d'escadre , s'ils en ont. Enfin sçavoir généralement toutes les fonctions desdiis officiers, depuis l'amiral jusqu'aux mousses de chaque vaisseau.
Sçavoir tout ce qu'ils observent depuis que la tronche du vaisseau est achevée pour kmaster, l'agréer, l'armer et lester, le sortir des ports, le mettre en rade, le gouverner dans le cafane et dans le gros temps , et dans le temps du combat.
Sçavoir s'ib ont des majors et aydes-majors, et quelle est leur fonction.
Kiaminer et faire une description exacte de toutes les différentes sortes de bastimens dont ils se servent dans les ports et dans la navigation, tant pour la marchandise que pour la guerre.
Observer et faire dessiner les machines dont ils se servent pour le curement de leurs ports;
L'ordre qu'ils tiennent pour le délestage, et les lieux destinés pour jeter le lest;
Tons les ouvrages et digues pour garantir leur pays des inondations, ensemble tous les ouvrages qui se font pour leurs ports; la manière dont ils ont basty leurs môles; comme ils ont mis leurs vaisseaux h couvert du vent. Faire faire les dessins et la description , et voir les effets que chaque ouvrage a produits.
Comme la propreté d un vaisseau et le soin qu'on prend de le nettoyer est extrêmement considérable et capable de conserver ledit vaisseau beaucoup plus longtemps, il faut observer ce qu*ils font pour tenir leurs vaisseaux propres et en bon estât; combien de fois ils les grattent et goudronnent, combien de fois et comment ils les calfatent; la manière dont ils carènent, et s'ils ont des formes ou non.
Examiner avec une fort grande application tout ce qui se passe dans leurs magasins, Tordre qu'ils tiennent pour Tentrëe et la sortie des marchandises, et la manière dont elles sont rangées;
Tout ce qui se fait pour les constructions et radoubs des vaisseaux , depuis que la quille est posée, jusqu'à ce que le vaisseau soit à la mer. Comment ils achètent leurs bois, les lieux d'où ils les font venir, combien ils en ont dans leurs magasins, comment ils sont rangés , toutes les machines qu'ils ont pour la facilité de leurs constructions et de leurs radoubs.
Sçavoir s'ils font leurs constructions à prix fait ou ajournée. Si à prix fait, combien ils donnent de chaque vaisseau, soit en fournissant le bois par eux, soit par le charpentier. Si à journée, examiner bien particulièrement de quelle sorte les ouvriers travaillent, 5 quelle heure ils entrent et sortent des ateliers; qui en tient les rôles, qui les paye , le prix de leur joiunée , et généralement tout ce qui se pratique pour la bonne police, l'économie et le bon mesnage.
Examiner la quantité et qualité des marchandises qui sont dans les magasins, comme fer, ancres, chanvres, goudrons, masts, canons de fer et de fonte; en sçavoir les prix au juste. Sçavoir d'où et de quelle manière ils les font venir pour les avoir à bon compte, et généralement tout ce qui se pratique pour avoir le tout bon et à bon prix.
D faut sçavoir aussy de qud fer ils se servent dans leurs forges et d'où ils le font venir; comment ils font travailler à leurs ancres, ou à journée, ou à prix fait; sçavoir les prix faits et les marchés. S'ils les font faire ajournée, de combien d'hommes ib se servent pour fabriquer une ancre, de quatre, cinq, six milliers, et combien de jours on y employé, observant Testât auquel sont les pi^es desdites ancres, si les pattes, vei^ et bras sont en estât qu'il n'y ayt plus qu'à les joindre; combien ils payent les ouvriers qui font ces mesmes ferremens.
Pour la corderie, sçavoir d'où ils prennent le chanvre, et comment ils le peignent, le filent et le commettent, si à journée ou à prix fait; de quelle manière ils le goudronnent, en fil de caret on en cordage. L'utilité qu'on retire de le goudronner en fil de caret est que le goudron pénètre davantage; il se fait au Havre de cette manière; mais d'un autre costé il ne sue pas , et il est dangereux que , l'humidité restant , il ne pourrisse.
Observer s'ils travaillent h journée on s'ils ont des pru faits, et sçavoir les prix faits avec les poulieurs, menuisiers, sculpteurs, lantemiers et autres.
Examiner ce qui concerne la fonderie des canons.
Observer enfin en détail tout ce qui se pratique dans tous les arsenaux de marine, dans toutes les fonctions et métiers qui en dépendent, pour profiler, dans nostre marine, de leur longue expérience et de tous les moyens qu'ils pratiquent pour la diligence, la bonté et Téconomie.
Sçavoir comment ils lèvent et payent les équipages de chaque vaisseau; si c'est de-
Tuotoa après; de quelle manière les décomptes se font aux équipages; combien on dnuie k Âaqoe matelot, à chaque soldat et h chaque officier marinier;
La solde des officiers, pour en faire le rapport avec celle du roy et en connoisli*e les différences.
Sçavoir pour cela les différences de leurs monnoyes aux nostres.
Examiner avec soin de qudle manière les vivres sont fournis , si par un munitionnaire on par les capitaines; le prix de chaque sorte de victuailles; de quelle sorte la distribution en est faite et la manière dont tontes les marchandises sont disposées.
Sçavoir combien de gardiens ils mettent à bord dans le port, et la police qui s'observe pour la jriace desdits vaisseaux et pour leur nettoyement.
(Bibl. Imp. Mss. S. F. 3,oi9, Colbertet S&ignelay, V, cote 16, pièce 4. — Forbonnais; Bêchenhei ntr lês financée , année 1671.)
(Minute autographe.)
Amsterdam , a 9 juillet 1671.
J ay reçu depuis que je suis en cette ville trois lettres que vous avez eu la bonté de tt'écnre, et , si je ne vous ay pas encore écrit, c'est que j*ay esté bien ayse d'avoir quelque diose à vous envoyer devant que de le faire.
La première, du 1 o juillet, me marquoit de m'appliquer à bien pénétrer le mémoire de Tartillerie qui estoit joint à la lettre et de m'instruire sur tous les points qu'il contient, en cas que je trouvasse des gens disposés h me donner ces connoissances. Sur cela , je vous diray que les esprits sont si effarouchés icy et qu'ils sont si fort sur leurs gardes , qo'îl est assurément difficile de pi*endre toutes les instructions que je souhaiterois de prendre avec soin et exactitude.
A Rotterdam , j^allay, pendant que j'y estois, pour voir les vaisseaux de l'escadre de la Hnise qui restent dans le port , et comme je voulus me servir d'une homme que je trouvif pour pouvoir m'expliquer et faire quelques questions aux gens qui seroient à bord de ces vaisseaux, un homme qui nous suivoit vint parier à mon interprète, luy de- Bwida qui nous estions et le menaça de l'aller accuser & l'amirauté de mener des François voir les vaisseaux. Un moment après cette menace , nous ne vismes plus nostre inlopète, ni celuy qui luy a voit parié.
Pay voulu depuis que je suis icy visiter le magasin de l'amirauté, et je croyois que je le ferois avec toute liberté. Je dis au sieur Pélicot de m'y mener; il me surprit fort qoandii me dit qu'il seroit difficile d'en obtenir la permission , parce que les officiers de randranté avoient fidt depuis huit jours une défense expresse de laisser entrer per- Mme dans tout l'endos des magasins et des vaisseaux.
Enfin, après m'avoir fait attendre deux fois, il obtint la permission d'y aller, mais, fund nous y fusmes , ils ne voulurent pas nous permettre de monter à bord de plus d'un Tiîneaa. J*ay proposé depuis d'y retourner ; il m'a dit que c'estoit impossible et que, asraiément, nous n'en obtiendrions pas la permission. Gela est d'une très-^ande incommodité , parce que , si je pouvois entrer dans l'enclos de ces magasins , j'y verrois les cons- Inidions et tout ce qui s'y passe, ce qui me seroit fort utile, et je ferois plus en 'un fnr de cette manière que je ne feray en trois de toute autre. Ledit Pélicot roesme ne fait
Tous les ouvrages et digues pour garantir leur pays des inondations, ensemble tous les ouvrages qui se font pour leurs ports; la manière dont ils ont basty leurs mdies; comme ils ont mis leurs vaisseaux èi couvert du vent. Faire faire les dessins et la description , et voir les effets que chaque ouvrage a produits.
Comme la propreté d un vaisseau et le soin qu'on prend de le nettoyer est extrêmement considérable et capable de conserver ledit vaisseau beaucoup plus longtemps, il faut observer ce qu'ils font pour tenir leurs vaisseaux propres et en bon estât; combien de fois ils les grattent et goudronnent, combien de fois et comment ik les calfatent; la manière dont ils carènent, et s'ils ont des formes ou non.
Examiner avec une fort grande application tout ce qui se passe dans leurs magasins, Tordre qu'ils tiennent pour l'entrée et la sortie des mardiandises, et la manière dont elles sont rangées;
Tout ce qui se fait pour les constructions et radoubs des vaisseaux , depuis que la quille est posée, jusqu'à ce que le vaisseau soit à la mer. Comment ils achètent leurs bois, les lieux d'où ils les font venir, combien ils en ont dans leurs magasins, comment ils sont rangés , toutes les machines qu'ils ont pour la facilité de leurs constructions et de leurs radoubs.
Sçavoir s'ils font leurs constructions è prix fait ou ajournée. Si è prix fait, combien ils donnent de chaque vaisseau, soit en fournissant le bois par eux, soit par le charpentier. Si à journée, examiner bien particulièrement de quelle sorte les ouvriers travaillent, h quelle heure ils entrent et sortent des ateliers; qui en tient les rôles, qui les paye , le prix de leur journée , et généralement tout ce qui se pratique pour la bonne police, l'économie et le bon mesnage.
Examiner la quantité et qualité des marchandises qui sont dans les magasins, comme fer, ancres, chanvres, goudrons, masts, canons de fer et de fonte; en sçavoir les prix au juste. Sçavoir d'où et de quelle manière ils les font venir pour les avoir à bon compte, et généralement tout ce qui se pratique pour avoir le tout bon et à bon prix.
D faut sçavoir aussy de quel fer ils se servent dans leurs forges et d'où ils le font venir; comment ils font travailler à leurs ancres, ou è journée, ou è prix fait; sçaToir les prix faits et les marchés. S'ils les font faire ajournée, de combien d'hommes ils se servent pour fabriquer une ancre, de quatre, cinq, six milliers, et combien de jours on y employé, observant Testât auquel sont les pièces desdites ancres, si les pattes, veiges et bras sont en estât qu'il n'y ayt plus qu'& les joindre; combien ils payent les ouvriers qui font ces mesmes ferremens.
Pour la corderie, sçavoir d'où ils prennent le chanvre, et comment ils le peignent, le filent et le commettent, si à journée ou à prix fait; de quelle manière ils le goudronnent, en fil de caret ou en cordage. L'utiUté qu'on retire de le goudronner en fil de caret est que le goudron pénètre davantage; il se fait au Havre de cette manière; mais d'un autre costé il ne sue pas , et il est dangereux que , l'humidité restant , il ne pourrisse.
Observer s'ils travaillent h journée ou s'ils ont des prix faits, et sçavoir les prix faits avec les poulieurs, menuisiers, sculpteurs, lantemiers et autres.
Examiner ce qui concerne la fonderie des canons.
Observer enfin en détail tout ce qui se pratique dans tous les arsenaux de marine, dans toutes les fonctions et métiers qui en dépendent, pour profiter, dans nostre marine, de leur longue expérience et de tous les moyens qu'ils pratiquent pour la diligence, la bonté et Téconomie.
Sçavoir comment ils lèvent et payent les équipages de chaque vaisseau; si c'est de-
Tuotoo après; de quelle manière les décomptes se font aux équipages; combien on donne k Âaqoe matelot, à chaque soldat et h chaque officier marinier;
La solde des officiers, pour en faire le rapport avec celle du roy et en connoisli*e les différences.
Sçavoir pour cela les différences de leurs monnoyes aux nostres.
Examiner avec som de qudle manière les vivres sont fournis, si par un munitionnaire oo par les capitaines; le prix de chaque sorte de victuailles; de quelle sorte la distribution en est faite et la manière dont tontes les marchandises sont disposées.
Sçavoir combien de gardiens ils mettent & bord dans le port, et la police qui s^observe pour la place desdits vaisseaux et pour leur nettoyement.
(BiU. Imp. Mss. S. F. 3,oi9, ColbertetS&ignelay, V, cote 16, pièce 4. — Forbonnais; Rêt^urehes tur Iê8 financée , année 1671.)
(Minute autographe.)
Amsterdam, 99 juillet 1671.
J ay reçu depuis que je suis en cette ville trois lettres que vous avez eu la bonté de m'écnre, et , si je ne vous ay pas encore écrit, c'est que j'ay esté bien ayse d'avoir quelque dioee à vous envoyer devant que de le faire.
La première, du 1 o juillet, me marquoit de m'appliquer à bien pénétrer le mémoire de Fartillerie qui estoit joint èi la lettre et de m'instruire sur tous les points qu'il contieDt,en cas que je trouvasse des gens disposés & me donner ces connoissances. Sur cela , je vous diray que les esprits sont si effarouchés icy et qu'ils sont si fort sur leurs gardes, qa*îl est assurément difficile de pi*endre toutes les instructions que je souhaiterois de pnndre avec soin et exactitude.
A Rotterdam , j'ailay, pendant que j'y estois, pour voir les vaisseaux de l'escadre de la Houe qui restent dans le port, et comme je voulus me servir d'une homme que je trouvay pour pouvoir m'expliquer et faire quelques questions aux gens qui seroient à bord deees vaisseaux, un homme qui nous suivoit vint parier à mon interprète, luy denanda qui nous estions et le menaça de l'aller accuser à l'amirauté de mener des François voir les vaisseaux. Un moment après cette menace, nous ne vismes plus nostre inleqirète, ni celuy qui luy avoit parlé.
J'ay voulu depuis que je suis icy visiter le magasin de l'amirauté, et je croyois que je le fisTois avec toute liberté. Je dis au sieur PéÛcot de m'y mener; il me surprit fort quand il me dit qu'il seroit difficile d'en obtenir la permission , parce que les officiers de raminraté avoient fait depuis huit jours une défense expresse de laisser entrer persame dans tout Tanclos des magasins et des vaisseaux.
Enfin, après m'avoir fait attendre deux fois, il obtint la permission d'y aller, mais, fund nous y fusmes , ils ne voulurent pas nous permettre de monter à bord de plus d'un vânean. J'ay proposé depuis d'y retourner ; il m'a dit que c'estoit impossible et que, asluéiient, nous n'en obtiendrions pas la permission. Gela est d'une très-grande incomowdilé, parce que, si je pouvois entrer dans l'enclos de ces magasins, j'y verrois les constnidions et tout ce qui s'y passe, ce qui me seroit fort utile, et je ferois plus en un jenr de cette manière que je ne feray en trois de toute autre. Ledit Péiicot roesme ne fait
tout qu'en tremblant, et il a si peur qu'ils ne raoeusent ^ ayant deajà esté une Uméàé devant les officiers de Tamirautë et accusé de débaucher les ouvriers pour les envoyer en France \ que , quoyque je fasse tout ce que je puis pour luy donner du coeur, ta crainte qu'il a Tempesche de me servir utilement.
Toutes ces contrariétés ne m'empeschent pourtant pas de tirer Tédaircissement, si ce li'ést sur tous les points, au moins sur une grande partie de mes instroettoos et de mes mémoires; mois la crainte que j'ay de ne pouvoir pas satisbire comme je voudrais h tout et de ne pas vous contenter, ni trouver de quoy me contenter moy-mesme, me donne assez d'inquiétude; je vous assure au moins que je n'y perdray pas un moment de temps et qu'il n'y aura pas d'invention dont je ne me serve pour qu*il ne reste rien à m'instniire.
J'ay desjà parlé h un fondeur fort habile et fort estimé, qui m'a appris en deax conversations de deux heures que j'ay eues avec luy tout ce qui dépend de sa profession. J'ay vu aussy un canonnier qui m'a répondu sur toutes les questions que je luy ay faites, mais je n'ay pas encore esté satisfait de ce qu'il m'a dit; je l'ay engagé moyennant une gratification à me faire un mémoire, que je n'ay pas encore reçu. Le maistre d'équipage, qui est leur principal officier et qui répond au commissaire en France, m'a promis un inventaire exact de toutes les marchandises, armes et munitions qu'ils mettent sur leurs vaisseaux, tant pour leur armement que pour leur rechange; mais il m'a dit qu'on le perdoit si on luy venoit parler pour le presser et que quand il l'anToit fait il nous l'envcrroit assurément. Il n'est pas encore venu , mais je suis senr que l'espérance qu'il aura du gain luy fera tenir sa parole. J*auray après disner un devis d'un charpentier de toutes leurs constructions et de la manière dont ils bastissent leurs vaisseaux, avec les noms de toutes leurs pièces; ainsy , ûvec les mémoires que j'attends et d'autres que j'ay desgà reçus* et ce que j'ay vu par moy-mesme, j'espère que f auray répondu après-demain èi une grande partie de mon premier mémoire. Je vous envoyé ce pendant ce que j'ay fait sur celuy que vous m'avez envoyé; je voudrois bien qu'il fust plus exact, mais je tascheray de m'instruire encore davantage afin d'y ajooster encore de nouvelles choses. Je tireray éclaircissement des points auxquels je n'ay pas répondu, et je vous l'envoyé toujours afin que vous ayez la bonté de jeter la vue sur ce qu'il contient.
Il y a de certains détails auxquels j'ay peur de ne pouvoir pas répondre en ce payscy, comme sont tout ce qui regarde la manœuvre du canon , celle des vaisseaux tant en gros temps qu'en calme et tout ce qu'ils font dans la navigation , parce que, comme je n'ay pu trouver aucun officier, la plus grande partie estant à la mer et n'y en ayant point dans cette ville, je ne sçais si je pourray connoistre ce détail; j'y feray toujours ce que je pourray pour vous satisfaire et* pour me contenter moy-mesme.
L'homme que vous m'avez envoyé ne me sert de rien. Je luy ay trouvé si peu de lumières et une connoissance si confuse que je n'ay pu tirer de luy, depuis qu'il est icy, la distance des sabords des vaisseaux de ce pays-cy. Je m'étonne mesme comment un ancien capitaine de marine sçait, h ce qu'il paroist, aussy peu son métier. Il ne m'a pas encore répondu sur aucime question , quoyque je ne me sois pas espargné à luy en faire ; enfin, si je vois qu'il ne me soit pas utile, je crois qu'en prenant quelque prétexte honneste pour le renvoyer je me débarrasseray d'un homme qui ne me sert de rien.
Ce que vous me dites h la fin de vostre mémoire seroit difficile à faire. Vous dites que,
' Voir Marine j pièce n* 56 ol noie. — * Voir pièce ii" V, itolc.
û je pëûètre bien ce qu*il contient et que je tasche mesme d'y ajouter quelque chose du mieû, je me rendray capable de servir ie Roy dans un des principaux points de la mariue. Il est difficile d'augmenter quelque chose h une matière que vous avez examinée , et jeseray fort content de moy quand j'auray executif vos ordres avec ponctualité.
Par la seconde lettre, du 1 5 juillet, vous me dites que si je puis tirer les connoissances par moy-mesme ce sera beaucoup mieux, mais qu'en cas que ce soit impossible je donne h chacun de ceux qui sont auprès de moy une partie du contenu en mes instructioBset que je m'en fasse rendre compte tous les soirs. Je suis bien ayse d'avoir suivy en cda vos intentions ; j'ay cru que je m'instruirois beaucoup mieux par moy-(nesme qu'en doimaDt cette commission à d'autres; et tout ce que je vous enverray dans la suite et tout ce que j'ay fait jusqu'à présent, je l'ay fait par moy-mesme, allant voir tout ce que j'ay pa et ce qu'il m'est possible de voir sur les lieux. Je continueray à le faire de cette manière et je ne me serviray que dans la nécessité de l'expédient que vous me donnez.
La lettre du 1 6 me marquoit qu'il auroit esté bon que je me fusse trouvé en Angletore pour foire avec le roy le voyage de Mymouth et Portsmouth , qui sont les deux prindpaux ports.
J'ay cru que, comme cette ville est le principal endroit ou je puis recevoir les instructions que je demande , j'y devois demeurer jusqu'à ce que je fusse instruit de tous les points contenus dans mon instruction; ainsy j'y ay demeuré longtemps. Je fais estât d'en partir samedy pour aller à Sardam , de Sardam à Hoom , de Hoorn à Enkhnizen et d'Enk* luiiien à Medrâblik, et de Medenblik retourner à Amsterdam (tout ce voyage ne sera que de deux jours); d'Amsterdam à Utrecht, d'Utrecht à Dordrecht, de Dordrecht à V6ere(?) \ deVeere à Flessingue, de Flessingue droit à Dunkerque. J'ay écrit h mon onde que je poorrois estre en Angleterre dans huit ou dix jours.
Vous me recommandez par la mesme lettre d'examiner bien tout ce qu'ils font pour la propreté et la conservation de leurs vaisseaux. J'en feray un mémoire qui sera contenu dans le grand que je fois et qui est desj& bien avancé. Je vous l'enverray avec le joQinal de mon voyage , et , a6n qu'il soit tout entier, je me contenteray de vous l'envoyer de Dunkerque en vous marquant toujours Testât auquel il sera. Je crois pourtant que je Q'aomy guère à y ajouter quand j'auray achevé icy, parce que le reste de leur amirauté est trè»-pea de diose; je vous assure néanmoins que je ne m'endormiray sur rien et que je tascheray de m'acquitter le moins mal qu'il me sera possible de tout ce que vous m'avez ordonné.
Ces mesrieurs-cy opt présentement ko vaisseaux en mer qui depuis peu sont revenus pour se ravitailler au Texd pour quatre mois; ils ont augmenté de i,ooo hommes le nombre des soldats qu'ils avoient embarqués. La flotte estoit, il y a quelque temps, en rade de Hellevoëtsluis , à cinq lieues de Rotterdam ; je fus pour la voir ; mais , comme je fbsi Helievoëtsluis, elle avoit pris le large et s'estoit allée mettre à cinq lieues de là. Gomme nous nous embarquions pour y aller, un vent frais nous prit, contraire, qui kor estant favorable h eux les a fait disperser. Une partie est aflée au Texel et les autres en d'antres endroits. C'est Ruyter qui commande et qui monte un vaisseau de 8o pièces deeancm. Je marqueray tout ce détail dans mon mémoire.
(BiM. Imp. Mes. Mélangée Colhert, vol. 8A.)
* Le maniMcrit porte Trevers.