‹ Lettres, instructions et mémoires de ColbertChapitre 68 sur 108 · XL — DE POMEREU A LE TELLIER · texte numérisé non relu

XL — DE POMEREU A LE TELLIER

(Lettres autographes.)

Paris, a8 septembre t659.

Monsieur, quoyqu'ii y ayt apparence que M. Colbert vous écrit les choses qui se passent icy, dans les affaires où j'ay l'honneur d'estre employé, je ne puis pas néanmoins m'empescher de vous mander de mon chef ce qui me paroist de conséquence, afin de recevoir vos ordres et sçavoir de vous si nous agissons de la manière qui vous plaisl et à Son Eminence. Hier, le procès de Créqui , d'Annery et de Moulins-Chapel2 fut jugé par contumace au Grand Conseil, qui les condamna à la mort, leurs biens confisqués, et ordonna que leurs maisons seraient démolies et leurs bois coupés à hauteur d'homme, qui est tout ce que I on pouvoit souhaiter, afin que l'exécution du dernier point soit en la main du roy. M. le Chancelier n'a pu assister au jugement à cause de son indisposition ; et je pense qu'il n'est pas désavantageux que cela ayt réussy en son absence, aliu de marquer que l'on n'a rien employé d'extraordinaire dans toute la procédure. Devant le départ de Son Eminence, elle m'avoit commandé de mesnager Moulins-Chapel dont raccommodement , à ce que j'ay sçu , avoit esté procuré par M. de Longueville lors de la déclaration envoyée au Grand Conseil, il y a environ un an; mais ce gentilhomme s'est depuis trouvé à l'assemblée de Montmitat3, vers le mois de janvier, en sorte que les poursuites de la justice n'ont pu

1 Nous réunissons sous le même numéro du nom de Moulin-Chapelle— Colbert et Potes quatre lettres qui sont relatives a la même mereu écrivent ordinairement MouUm-VJiapel. affaire. » Sans doute Montmirail. arrondissement

* Il y » près de Bernay (Eure) un bamean de Mamers (Sarthe).

APPENDICK.

estre arrestées, les preuves qui regardoienl son lait particulier estant connexes avec Créqui et Annery. Il est bon que vous soyez informé de ce détail, aGn que Son Eminence le soit aussy par vostre moyen , et qu'elle juge ensuite s'il le faut pousser aussy loin que les autres, qui paroissent toujours avec la mes me fierté. Créqui est continuellement dans la généralité de Rouen et mesnage tout le monde pour sa seureté. Il n'y a pas huit jours qu'estant à Meulles lf proche d'Orbec, plusieurs gentilshommes se rendirent auprès de luy et luy proposèrent d'enlever le lieutenant général d'Évreux qui estoit aux environs pour informer, comme par droit de représailles sur Bonnesson et Lézanville : il leur tesmoigna que ces deux Messieurs ne pouvoient pas estre vengés par l'échange d'un petit juge, et que leurs affaires n'estoient pas en si meschant estai. L'alarme néanmoins est grande parmy toute la noblesse qui s'est embarrassée dans toutes ces assemblées. Les huguenots en Basse-Normandie ont ordonné des jeûnes. M. de Fortia m'a dit que, vers Jargeau 2, ils en avoienl fait de mesme, et cela pour le salut de Lézanville et de Bonnesson, tous deux de la religion.

Le procès de Bonnesson s'instruit toujours dans les formes. Il est muet jusqu'à présent et continuera, selon mon sens, jusqu'à ce qu'il se voye pressé par la confrontation des tesmoins que nous assemblons de toutes parts; et nous ne perdons aucuns momens pour mettre les choses en estât que le Roy fasse éclater sa justice et son autorité. La procédure sera un peu longue. Quand il répondra, il luy faudra un conseil; ensuite, comme il est huguenot, il faudra un adjoint aux commissaires du Grand Conseil pour l'instruction; et, autant que l'on peut prévoir, c'est un homme à disputer le terrain. Quant à Lézanville, vous sçavez bien qu'on ne l'a pas abandonné à la justice et ce qui se mesnage sur son sujet. Un certain notaire de village 3, qui vous fut amené à Fontainebleau par M. Dostie, reconnoist ce Ronnesson pour l'avoir vu à l'assemblée où il écrivit ces belles procurations que j'ay en original.

Je crois que dans peu nous aurons de nouveaux décrets du Grand Conseil. Je prendray vos ordres pour agir contre les gentilshommes qui y seront compris. J'en ay gagné quelques-uns pour servir contre les autres, et principalement deux, nommés Frouvilleet La Pagerie4, principaux députés du Dunois, par le moyen desquels j'ay beaucoup appris et retiré deux écrits considérables, en sorte que, dans la vérité, il paroist que tous ces Messieurs n'estoient pas seulement embarqués à procurer des estais généraux, mais résolus entre eux de monter à cheval au premier siège que le Roy feroit et de se faire soutenir par nos ennemis. Toute leur conduite est à présent bien déchiffrée, et il n'y a jour que je n'apprenne quelque nouveau député de province. Je fais lever la garnison de ceux qui ont déposé, à la charge qu'ils persisteront dans la con-

1 M pu Iles, canton d'Orbec, arrondissement 3 Le notaire Aurin. Pomereu parle encore

de Liaieux (Calvados). de Inî dans une lettre suivante, pape 5 1 s.

* Jargeau, arrondissement d'Orléans (Loi- (Voir aussi la lettre 361.) rH). * Voir lettre «97.

APPENDICE

frontatiou, et cela de concert avec M. le Surintendant et M. Colbert; ils oui trouvé à propos que Ton ostast celle de Lézanvillc, puisqu'on le tient à la Bastille. La mesme justice sera rendue à Bonnesson, quand il aura reconnu la juridiction de Messieurs du Grand Conseil.

Je finis en vous demandant pardon à mon ordinaire de mes longues lettres que je vous supplie très-humblement de n'avoir pas désagréables, puisque, par ■ la place que vous tenez, les subalternes comme moy ne peuvent pas s'erapeschcr de vous rendre compte des affaires que vous leur confiez. J'eu prends aussy occasion pour vous assurer de mes obéissances et de mes respects très humbles, et vous demande la grâce de m'avouer toujours pour ce que suis et seray loute ma vie, Monsieur, vostre très-humble et très-obéissant serviteur.

(Bibl. trop. Mss. S. F. î,OOi , Le T.-llier. Papier» d'Étal, vol. 17, foi 1 56.»

Paris, 1 1 octobre iG5g.

Bonnesson, prisonnier à la Bastille, a esté interrogé aussy tost qu'il a esté arresté; il a fait le muet et a demandé son renvoy en la chambre de l edit du parlement de Paris. On a continué vivemeut l'instruction de son procès, et desjà plus de douze tesmoins luy ont esté confrontés. Quoyqu'il décline la juridiction du Grand Conseil, il ne laisse pas de s'emporter quand il entend une déposition qui le presse; et mesme depuis il a fait un grand prosne de son innocence touchant l'affaire des révoltés de Sologne, qu'il a fait écrire deux heures durant; à la fin, il parle fort de son espérance en la bonté du Roy. Lorsque les deux gentilshommes dont je vous envoyé les interrogatoires' luy ont esté confrontés, il a esté dans le dernier abattement, les priaut de se dédire d'une partie de leurs dépositions, s'écrianl qu'on le vouloit perdre; eu sorte que, présentement, il est fort consterné. Il y a desjà cinq dépositions fortes contre luy, ceux qui les ont faites ayant suby le récolement et la confrontalion. Le reste ne laisse pas de porter pour marquer comme il s'est déguisé, pris par tout le monde pour le chevalier de La Mothe, et a tenu quantité de mauvais discours. Quelques autres tesmoins ouïs par M.deForlia sont attendus avec impatience. Mais sur le tout Lézanville va dire devant les commissaires d'estranges choses, sous l'assurance d'une abolition. J'ay desjà vu le mémoire de ce qu'il avoue. Il soutiendra à Bonnesson qu'il a esté eu Flandre avec Laubarderie traiter avec M. le Prince de la part du comte d'Harcourt; qu'ils ont signé ensemble le traité d'union peudant la guerre, si elle continuoit, et mesme durant la paix. Je crois qu'il dit avoir vu le traité, du moins il soutient que Bonnesson luy en a donné avis; il décrit toutes les allées et venues de Bonnesson , toutes les liaisons prises avec le comte d'Harcourt , lequel , de concert

1 Ces interrogatoires sont ceux : t* de Fran- ville, écuyer, seigneur de l'Esperonoièn». Le» rois de Tacheret, seigneur de La Pagerie, gen- interrogatoires se trouveul dans le inwne \o lilhomme du Dunois; s0 de Samuel de Fmu- luine, à la suilc de la leluv.

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avec Créqui et Annery, devoit se mettre encore depuis peu à la teste de la noblesse; que d'Igoville a, de sa part, traité beaucoup de choses avec Bonnesson et Annery, lequel est aussy entrt* dans le traité avec M. le Prince; que Ronnesson, depuis son retour de Flandre, alla en Basse-Normandie rendre compte de sa négociation. Enfin Lézanville doit dire une infinité de choses louchant Bonnesson, Lauharderie et tous les autres qui ont esté à toutes les assemblées. Je ne puis omettre qu'il a mis dans son mémoire que le dessein des gentilshommes avoit esté pris, dans ces derniers temps, d'enlever M. Le Tcilier, ou M. le Surintendant, et de s'assurer de l'un ou de l'autre, si quelqu'un de la noblesse estoit arresté ou maltraité.

Je donneray avis de son interrogatoire lorsqu'il aura esté fait, et n'omettray rien de ce qu'il peut sçavoir, pour en avoir la confession générale.

Pour Lauharderie, il a reconnu les juges. Le second jour, il s'est coupé en quelque chose, et touchant le baston d'exempt, brisé, que l'on a trouvé dans son coffre, il s'est assez mal expliqué; mais comme nous n'avons point encore de preuves contre luy, je n'ay pas cru qu'il fallust tirer sur luy d'abord les plus grands coups.

I.*' page, qui est neveu de Bonnesson, a esté interrogé par le lieutenant criminel. Il s'est coupé en plusieurs faits; et ce qui en résulte est que. quand il fut pris, il venoit prendre de son oncle des lettres ou bien se charger de quelque message pour le comte d'Harcourt, qui estoit à Royaumont où il alloit; et Bonnesson l'avoil chargé de venir auparavant le voir, mesme luy avoit dit qu'il luy seroil donné un cheval pour aller à.Hoyaumont. Cet interrogatoire d'abord nous découvrit, avec ce que nous avions appris d'ailleurs, que Bon- • nesson traitoit avec le comte d'Harcourt; mais ce n'estoit qu'un adminicule de preuve. A présent, les charges sont bien augmentées sur ce fait, et en vérité la conviction s'en doit bien ensuivre.

Je ne dois pas oublier que Bonnesson, lorsqu'on luy a représenté deux procurations signées de luy, n'a rien dit. Le notaire luy a soutenu tout et l'a reconnu. Je crois que les parens présenteront quelque requeste au parlement. Il est beau-frère du sieur Amproux, conseiller de la cour, qui est frère de Delorme jadis intendant.

Enfin il se voit dcsjà que Bonnesson a esté à la teste de toutes les assemblées, qu'il a signé les procurations, qu'il a parlé de lever des troupes, négocié avec les grands seigneurs contre le service du roy ; desjà demy-preuve qu'il est allé en Flandre; et l'affaire des Sabotiers commence aussy à s'éclaircir contre iuv. On tasche à faire en sorte que son procès soit jugé à la Saint-Martin. On n'y sçauroit apporter plus de soins. M. Colbert envoyé à Son Eminence les deux interrogatoires que j'ay faits.

(KM. Imp. Mm. S. F. 3,ooû, I.oTellier, Papitr$ d'État, vol. 17. fol. ao6.)

510 APPENDICE

Paris, 1 1 octobre i65g.

Monsieur, il résulte de toutes les informations et procédures criminelles qui jusqu'icy ont esté faites sur le sujet des assemblées de noblesse et autres cabales formées par les gentilshommes de ce royaume :

Que Créqui et Annery ont esté ceux qui ont causé le premier désordre et qui ont semé dans les esprits de tous les autres la pensée des estats généraux , et que, sous ce prétexte, ils ont engagé la noblesse à les suivre. Le premier engagement s'est pris aux assemblées de Trien (?), de Couches1 et de Lier [Saint-Elier2] en Normandie, dans toutes lesquelles ces deux chefs ont présidé et ont fait venir des députés des autres provinces, comme Lézanville et Bonnesson pour les provinces devers la rivière de Loire, ils ont continué, depuis la déclaration , aux assemblées de Montmirat, d'Authon3, des Tesnières», de Cloyes5, de Villequoy6, et des Tourailles7, dans lesquelles il s'est pris insensiblement des résolutions toutes contraires au repos de l'Estat, comme de se mettre partout en armes, attendre que la cour fust occupée à un siège, passer des procurations pour solliciter des unions et associations criminelles, et soulever le plus qu'il seroit possible de gentilshommes dans le royaume. On prétend mesmeque Créqui a poussé jusqu'à vouloir donner des commissions pour faire des levées au nom de M. le Prince; et rien n'est si vray que la folie mesme de Bonnesson a esté jusqu'à chercher des officiers d'infanterie; il y a eu aussy des taxes, réglées dans le commencement à un écu sur chacun pour mille livres de rente, et plusieurs autres emportemens dont nous avons les preuves.

Créqui et Annery, convaincus par contumace de tous ces crimes, ont esté condamnés à mort, et ordonné que leurs maisons soyent rasées. La mesme condamnation a esté contre Moulins-Chapel, à cause que les preuves se sont trouvées connexes. Sa faute est d'avoir esté des assemblées avant la déclaration 8, de laquelle il est excepté; et depuis il n'a esté qu'à celle de Montmirat, au mois de janvier dernier. C'est à Son Éminence à juger si c'est devant ou après ce temps qu'elle luy a promis grâce; et effectivement, depuis Montmirat je n'ay plus aucuns mémoires ni preuves contre luy.

Ceux qui sont les plus coupables après Créqui et d'Annery, sont :

Le sieur d'Igoville9, de la Basse-Normandie, qui a signé des procurations, assisté à des assemblées comme député, surtout à celle de Villequoy, au mois d'avril, où il vint chargé de l'écrit de M. le comte d'Harcourt pour lequel il promit l'union avec la noblesse, et signa plusieurs arrestés en son nom.

chef-lieu de canton

dans l'arrondissement d'Évreux (Eure). 7 Commune de Pré- Saint- Évmull, dépnr-

1 Saint-Elier, canton de Conciles. tentent d'Eure-et Loir.

1 Àuthon- du -Perche, arrondissement de * Au sujet de cette déclaration, \oir pagps

\ogent-le-Rotrou (Eure-et-Loir). 307 et Aoi,

* Commune de la Russière( Loiret). * II y a un village de ce nom dans Carron-

■ Chef- lieu de canton dans l'arrondisse- dissement de Louviers, canton de Pont-dement de ChAteaudun (Eure-et-Loir). l'Arche (Eure).

APPENDICE

Le sieur des Touraitles, de la Basse-Normandie, qui a esté ou est encore au comte d'Harcourt. H a esté des plus meslés dans la cabale; il estoit à Villequoy ; et, depuis six semaines, il y a eu chez luy une conférence de députés où estoit Créqui. Il y a décret de prise de corps contre luy, aussy bien que contre d'Igoville.

Le sieur de Boussé, beau-frère de Moulins-Chapel , chargé de quelques assemblées. On a décrété auasy contre luy prise de corps.

Le sieur Bougi-Bonnechose , qui demeure vers Argentan, chargé d'avoir excité toute la noblesse de son canton, et d'avoir envoyé des lettres circulaires. On le croit principal correspondant d'Annery dans son canton. Décret de prise de corps contre luy.

Le sieur de Fresné-Carpiquet, du mesme pays, chargé d'avoir esté chez des gentilshommes porter le registre pour les obliger à signer l'union. Décret aussy contre luy de prise de corps.

Il y a aussy décret de prise de corps contre Gratot pour les assemblées de la noblesse, avant la déclaration; mais depuis il n'a assisté à aucune.

Le sieur des Sablonnières1, vers Evreux, que l'on prétend avoir fait dans sa maison une assemblée où Annery, son voisin, estoit et plusieurs autres, surtout le chevalier de Tillières*, les sieurs de Bois-Guillaume, qui sont du Perche, de Nonancourt3, qui est du pays, contre lesquels, au dernier jour de septembre, au Grand Conseil, on a décrété ajournement personnel, mesme contre le sieur du Parc de Roncenay *, gentilhomme du pays, les sieur et dame de Belangant, proches parens d'Annery, la dame d'Houëtre ville, sa belle-sœur, la plupart de tous ses valets estant compris aussy dans ces mesmes décrets.

Le Grand Conseil a pareillement décrété ajournement personnel contre le vicomte de Saint-Pierre-sur-Dives5, en Normandie, lequel a fait chez luy quelques assemblées, et contre les sieurs de Prévois frères, chargés d'y avoir esté, et cela depuis peu. Nous avons admis que Créqui s'y est trouvé.

Voilà à peu près ce qui me revient dans la mémoire pour la Normandie. Quant aux gentilshommes des autres provinces, il y en a beaucoup d'autres contre lesquels il y a preuve et décret ensuite, sçavoir :

Les sieurs de Thiennes et de Bourguison, députés de Touraine, qui ont signé des procurations que j'ay entre les mains, ont assisté à l'assemblée des Tesnières, en Dunois, au mois de février, et mesme aux autres, de plus à celle de Villequoy. Décret de prise de corps contre eux.

Les sieurs de Leschasserie et de Saint-Philibert sont chargé* d'avoir eu la députât i<m du Poitou; il n'y a point encore de décret contre eux.

Le sieur de Vieuvi, autrement de Ligny, un des plus coupables. Preuve qu'il a fait chez luy, aux Tesnières, une grande assemblée où il fit écrire les

' Les Sablonnières, hameau de la commune, de Douait» (Eure).

1 Tillières-sur- Avre. canton de Verneuil, arrondissement d'Evreux, déparlement de

lime.

3 Cher-lieu de canton dans l'arrondissement d' Evreux.

* Canton de Damville, arrondissement d'Évreu*.

' Arrondissement de Ltsieiu (Calvados ».

512 APPENDICE

procurations au notaire Aurin qui est à la Bastille; qu'il s'est chargé de ia députation du Bourbonnois (à cause sans doute du marquis de Levv, qui a épousé sa nièce) ; qu'il a esté à toutes les autres assemblées et a rendu compte de sa députation en celle de Villequoy. Le Grand Conseil a décrété prise de corps contre luy et contre son frère appelé Courbouzon , lequel est chargé de quelque assemblée, et surtout d'avoir monté à cheval pour secourir Lézanville contre le prévost du Perche.

Le sieur du Perrey H y a preuves qu'il a esté à l'assemblée des Tesnières. Nous avons de ses lettres qui découvrent la cabale; et vous verrez par les interrogatoires que je vous envoyé qu'il pourroit bien avoir négocié avec le Poitou et avec M. le prince de Tarente. Il y a un décret de prise de corps contre luy.

Les sieurs de Neuvi, de La Pagerie et de Frouville, tous gentilshommes du Dunois, et des principaux députés. J'ay gagné les deux derniers eu leur faisant espérer grâce. Ils ont esté interrogés, déposé fortement, récolés et confrontés à Bonnesson, auquel ils ont tout soutenu sans se dédire de rien.

Les sieurs d'Aupuy et Rochambeau , pour lesquels Son Altesse Royale a écrit.

Il y a encore décret de prise de corps contre plusieurs nobles du Dunois, Vendômois et Perche, comme le sieur de Vilseur, député du Vendômois, de Rieux, de Stenay, d'Autry, Vilarmani, Lafonds d'Orléans, Lautrivière, la Grafardière, Boisguion, Planchehubert, de Briou, Montinbeuf, Grandhoux, Monhenry de Chartres et autres, pour, les uns avoir esté aux assemblées , les autre? excité leurs amis à signer l'union, et la plupart pour avoir formé un corps de cavalerie pour secourir Lézanville. Il y en a beaucoup de ces derniers qui M sont présentés au Grand Conseil.

Le sieur de Saint-Denis, et le sieur de La Losière, parent de La Croisette et de M. de Longueville, ont aussy payé un ajournement personnel contre eux donné pour pareilles affaires.

Il y a depuis ajournement personnel aussy contre M. de Chandenier, pour avoir esté aux Tesnières. Un gentilhomme qui y estoit, que j'ay gagné, jure qu'il n'y estoit point assurément; il y a un tesmoin qui le charge.

M. le comte de Saint-Aignan et M. le prince de Tarente sont chargés par les interrogatoires passés devant moy par MM. de Frouville et de La Pagerie. Je les envoyé exprès afin que la vérité soit connue exactement.

Je commence à pénétrer que les députés de la noblesse de Bourgogne uni esté les sieurs de Cussigny 2, de Bassigny ou Massigny s. Lézanville en dit desjà quelque chose, et je suis persuadé que des officiers du parlement de Dijon ont, pendant l'interdiction, fait quelques liaisons avec la noblesse.

J'ay mis dans un cahier à part ce qui regarde les prisonniers et qui est d'une plus grande conséquence.

1 II y a trois petits villages du nom de * 11 existe trois communes du nom de Mas-

Perrev dans le département de l'Eure. signy dans divers arrondissements du depar-

■ Canton de Nuits, arrondissement de leinent de la Côte-d'Or.— Il n") a pas de hV Baume (Côte-d'Or). signy.

APPENDICE. 513

J'oubliois des Essarte, qui a signé et esté de l'assemblée de Villequoy, contre lequel il y a décret de prise de corps'.

(Bihi. Imp. M». S. F. 3,oo4, Le Tcltier, Papten d'État, vol. 17. fol. «08.)

Paris, 7 novembre 1659.

Monsieur, j'ay appris avec beaucoup de joye, par les deux dernières lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, que vous avez reçu toutes les miennes, ensemble les mémoires que vous avez souhaités. La satisfaction que vous m'en tesmoignez me fait le plus grand honneur du monde, puisque je suis assez heureux de trouver occasion de vous plaire. Je continue, suivant vos ordres, à vous rendre compte de ce qui se passe au sujet des prisonniers de la Bastille, en vous envoyant un extrait de l'interrogatoire de Lézanville, un des accusés, que l'on veut sauver pour tirer toutes les lumières des dernières cabales. Vous y verrez tout ce qui s'est fait pour la liaison de M. le Prince avec le comte d'Harcourt, et quelques conjectures qui regardent M** le cardinal de Hetz, M. de Guise et M. de Matignon.

Du reste le procès de Bonnesson est tout en estât. H a toujours décliné la juridiction du Grand Conseil; et néanmoins, tantost, il a parlé pour sa justification, proposé mesme des reproches, fait des interpellations aux tesmoins, en sorte que, assurément, il ne sera point jugé comme un muet. Toutes choses estoient disposées pour terminer son affaire à la Saint-Martin; mais on ne vient pas à bout de M. Charpentier comme on voudroit, outre plusieurs petites traverses qui arrivent pour éloigner. J'ay pris un ordre du roy, signé de M. de Brienne, pour enjoindre au Grand Conseil de procéder au jugement toutes affaires cessantes, dans la pensée du bon effet que cela doit faire dans la compagnie, et dans la conjoncture où chacun croit qu'il n'y a rien qui ne prenne fin par l'accommodement de M. le Prince.

Je n'ay encore rien sçu des ordres que vous me mandez avoir envoyés à M. Colbert; comme il est à Nevers depuis trois semaines, il doit dans peu estre de retour. L'exécution en sera retardée de quelques jours, ce qui n'est pas considérable.

Je vois les nobles présentement assez abattus; il n'y a point de province où je n'entretienne correspondance pour pénétrer s'il n'y a point quelque nouveau dessein. Les amis de M. de Longueville font icy grdnde recherche de ceux qui ont donné lieu à une lettre que vous a écrite La Croisette et aux réprimandes que Son Éminence a faites à Hanctoville; et des gens me sont venus sonder pour voir si je n'avois point écrit pour causer ce vacarme. Je vous supplieray d'avoir la bonté d'informer Son Éminence des principaux pointe de son interrogatoire, que je prends la liberté de vous envoyer, d'autant que ni M. Colbert ni moy ne luy en avons rien fait sçavoir, si ce n'est , en général, sur les mémoires qui nous en avoientesté donnés. Il ne me reste qu'à vous demander toujours la continuation de vos bonnes grâces.

(Bibl. Imp. Mm. S. F. 3,ooH . LeTotlier. Papirr» d'État . vol. 18, M. 18 }

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