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Lettres intimes de M. Horace Vernet

Nous publions des Lettres intimes de M. Horace Vernet. Est-il besoin de faire remarquer le vif et charmant esprit, l'heureux caractère qui ont fait de l'illustre peintre le Français le plus gai de la terre , le conteur le plus amusant, le voyageur le plus malicieux? Dès le premier paragraphe , dès les premières lignes , on est tout étonné de ce style spirituel et léger, de cette façon de conter d'autant meilleure qu elle n'avait pas en vue l'imprimerie. Nul apprêt, aucune coquetterie, point d'artifice de langage, pas de phrases à queues de paon: des impressions vives , des sensations sincères , telles sont ces Lettres que M. Horace Vernet écrivait à sa famille, sans se douter qu'elles verraient jamais le jour.

La présente correspondance, heureusement conservée par des amis , prend d'autant plus d'intérêt qu'elle traite de la Russie , que l'empereur Nicolas ouvrait- à l'artiste en l'appelant auprès de lui. Les événemens récens lui donnent une grande importance ; mais il ne faut pas croire que ces Lettres soient publiées par M. Horace Vernet pour profiter de l'actualité ni pour faire parade d'esprit et se montrer sous un jour littéraire.

Cette correspondance fut donnée à M. Théophile Silvestre par l'illustre peintre lui-même , qui comprit, à la lecture , qu'il avait devant lui un biographe sincère et de bonne foi.

Aujourd'hui que l'Art est entré profondément dans la somme des jouissances du public, on a trouvé facilement une légion d'historiens archéologues, d'hommes patiens qui passent des années à fouiller de vieux papiers , à éclairer des dates , à étudier une seule figure et à en donner une monographie laborieuse. Les biographes archaïques ne manquent pas.

Il ne manque pas non plus d'hommes spéciaux pour «la critique des Salons.)) Les uns sont tout miel, se prosternant avec les salamalecs d'un grand style devant les moindres productions sorties du pinceau ou du crayon; d'autres sont tout amertume et ne procèdent que par négations brutales. De cette indifférence lau-

dative , de cette amertume , il restera une besogne de journalisme assez inutile pour l'avenir.

Il n'y a pas eu de nos jours un Diderot pour imposer ses idées ou ses paradoxes; Diderot est intéressant par sa liberté de langage, par les détails personnels sur la vie intime des artistes de son temps ; et nous sommes d'autant plus certain de la sincérité des détails biographiques qu'ils n'étaient imprimés ni en France ni à l'étranger, mais qu'ils servaient de thèmes de conversation à un prince allemand , protecteur de Grimm.

Ce que Diderot écrivait confidentiellement, M. Théophile Silvcstre a osé l'écrire publiquement. Après avoir étudié longuement la peinture dans les œuvres anciennes et modernes, ne trouvant pas, dans les manifestations du pinceau, suffisamment éclaircie Vidée qui avait dirigé le peintre, il a voulu connaître les hommes , étudier leur tempérament , sonder leur caractère, se rendre compte des pensées de l'artiste — quand il pense. C'était une entreprise difficile et pénible.

Un homme ne se laisse pas connaître en un jour ; une conversation isolée ne permet pas de sonder une doctrine ; s'il faut cinq minutes pour juger un être léger, de certains caractères demandent des semaines, des mois, des années. Chaque homme est variable

comme les saisons ; l'art laisse rarement le caractère égal ; les artistes , seulement gouvernés par des sensations, nient demain ce qu'ils affirmaient aujourd'hui. Il est facile à celui qui n'écrit pas de protester contre les doctrines qu'on lui met dans la bouche.

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