A M. TORELLI^ MINISTRE DU COMMERCE, A TURIN
En mer, d'Alexandrie à Brindisi> à bord du paquebot italien Principe-Tommaso,
31 mai 1865.
Depuis le départ des délégués du commerce, je n'ai pas quitté Tisthme, où j'ai cherché à activer les travaux qui nous mettront bientôt en mesure de faire profiter le commerce du passage d'une mer à l'autre.
11 y avait eu de telles exagérations, avant le voyage des délégués, tant de la part de ceux (en plus grand nombre que les autres) qui croyaient qu'il n'y avait rien de fait, que de la part de ceux qui se figuraient que tout était fini, qu'il était bon d'établir l'équilibre, en faisant connaître la vérité. Il est évident que ceux qui croyaient qu'il n'y avait fien de fait ont été enthousiasmés et que ceux qui croyaient \Vir le canal fini ont été désappointés.
La connaissance de la vérité nous suffit pour établir les choses comme il convient. La baisse des eaux, au moment du plus bas étiage du Nil et avant V exécution des travaux entrepris par le Vice-Roi^ n'avait rien que de très naturel, et cet inconvénient, qui n'a existé que pendant un mois, a déjà disparu dans ce moment.
Les écluses de communication entre le canal maritime et le canal d'eau douce à Ismaïlia ainsi que l'écluse de Suez seront terminées le 30 juin. J'ai fait une convention avec la maison Bazin de Marseille, pour que, dans
le courant de juillet, un chargement de 300 tonnes de charbon de terre soit pris sous palan d'un navire à Port-Saïd, transporté sur nos chalands, sans transbordement intermédiaire, dans la rade de Suez, et que là les mêmes chalands reprennent sous palan un chargement de retour de 300 tonnes de café Moka et autres denrées de la mer Rouge ou de la mer des Indes, pour se rendre à Port-Saïd sur le bâtiment qui les conduira à Marseille. Je me suis embarqué, le 28, à Alexandrie pour Brindisi. Je vais traverser rapidement l'Italie pour arriver vite à Paris, où je suis appelé, mais je compte retourner à la fin de juin dans l'isthme ,arin d'assister moi-même aux premières opérations de transit, dont je viens de vous parler, et je me trouverai de nouveau à Paris pour rassemblée générale des actionnaires, qui aura lieu le 1" août.
M. l'éditeur du or DAILY TELBGRÀPH »^
Paris, le 14 juin 1865.
Monsieur,
Je viens de prendre lecture de la correspondance, en date du 29 mai, qui vous a été adressée de Constantinopie, sur le Canal de Suez, et que vous avez publiée dans votre numéro du 9 de ce mois. Je n*ai pas l'intention d*engager une polémique sur les erreurs nombreuses qu'elle contient, mais je ne puis me dispenser de rectifier un fait personnel.
Voire correspondant affirme que, dans ma dernière visite à Constantinople, j'ai apporté avec moi une provision considérable de brochures très hostiles à TAngleterre et qui ont beaucoup circulé; il ajoute que quelquesunes d'entre elles sont même tombées en sa possession. Il en cite spécialement une de M. Dandolo, sénateur ionien, qu'il traite de démagogue, et portant la date du commencement de la guerre de Crimée. 11 se demande ensuite quel a été mon objet en cherchant à exciter un sentiment local d'animosilé contre TAngleterre.
A cette étrange dénonciation, je n'ai qu*à opposer une réponse simple et décisive :
Je n'ai pas emporté de Paris une seule brochure sur l'Angleterre.
Je n'en ai pas pris une seule sur toute la ligne de mon trajet, de Paris à Constantinople.
Pendant mon séjour à Constantinople, je n'en ai distribué aucune.
Je n'ai invité ni autorisé, directement ou indirectement, qui que ce soit à effectuer aucune distribution ou circulation de cette espèce.
Cette rectification pourra donner au public une idée des moyens qui sont employés pour combattre rentreprise que j'ai l'bonneur de diriger.
Je compte sur votre impartialité pour Tinsertion de ma lettre rectificative dans votre journal.
A s. E. M. DROUYN DE LHUYS^ MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES.
Paris, 13 juin 1865.
J'ai informé le Conseil d'administration de la Compagnie universelle du Canal de Suez que nous avions été invités, par une dépêche de Votre Excellence, en date du 22 mai, à désigner une personne qui serait chargée de représenter la Compagnie, dans une commission mixte formée pour la délimitation, sur les lieux, des terrains réservés à la Compagnie par la sentence arbitrale, sans appel, du 6 juillet 1864.
Après avoir fait connaître au Conseil que le Sultan, dans sa lettre à TElmpereur, avait déclaré que la délimitation des terrains était la seule question de laquelle il fit dépendre actuellement l'émission de son flrman d'autorisation, j'ai dû ajouter que la Porte, dans une communication adressée à Votre Excellence, avait fait prévoir que d'autres questions resteraient encore à résoudre.
Or, la sentence arbitrale souveraine, prononcée par S. M. l'Empereur des Français, ayant eu précisément pour objet défini dans un compromis, et pour effet officiellement reconnu de remplir les conditions à Taccomplissement desquelles la Turquie avait subordonné sa sanction, il eût peut-être semblé naturel de ne faire précéder le flrman d'aucune autre formalité ou opéra-
tion, mais le Conseil d'administration, voulant continuer à se montrer déférent envers S. M. I. le Sultan et S. À le Vice-Roi d'Egypte, prie Votre Excellence de supplier S. M. l'Empereur, en sa qualité d'arbitre souverain choisi ou accepté par les parties, de vouloir bien faire écarter d'abord par Votre Excellence toutes les difficultés étrangères à la délimitation des terrains. Votre Excellence jugera sans doute que ce sera seulement alors qu'il y aura lieu de procéder à la nomination des membres de la Commission mixte, dont les pouvoirs devront être clairement définis, conformément aux principes et au texte de la sentence arbitrale.