A MM. LES CORRESPONDANTS DE LA COMPAGNIE
Paris, 2S juillet 1862.
Quelques-uns de nos correspondants m'ont communiqué et ont signalé à mon attention une circulaire autographiée, ayant pour objet de donner Topinion des signataires sur le mouvement de certaines valeurs industrielles, et notamment des actions du canal maritime de Suez. 11 parait que celte circulaire est envoyée périodiquement et spécialement à tous les correspondants de la Compagnie universelle.
Tant que cette correspondance s'est bornée à exprimer, sur le cours de nos actions, des idées, selon moi erronées, j'ai cru devoir garder le silence, laissant à chacun de ceux qui en avait connaissance le soin de les apprécier.
Mais dans leur lettre du 14 juillet, les signataires vont plus loin.
« Le canal de Suez est resté stéréotypé depuis quelques « jours de 468 75 à 470. Il n'a dû se tenir à ces cours (( que moyennant la mise en pratique, et par ordre de « nous ne savons qui, du principe du soutien. »
Il y a, dans ces paroles, une insinuation que je dois énergiquement répousser pour ma part, et au nom de la Compagnie. Elles veulent dire, sans contredit, que nos actions sont soutenues par des moyens fictifs, par des achats particuliers qui substitueraient une influence étran^ gère aux transactions spontanées du public.
Je suis donc obligé d'opposer la dénégation la plus absolue aux assertions et aux insinuations de la circulaire.
Si, par la solidité de leur tenue, les actions du canal de Suez déconcertent ceux qui auraient désiré spéculer sur leur dépréciation, la cause en appartient tout entière à la confiance du public et à celle des actionnaires associés à notre grande entreprise, pour en atteindre les résultats, et non pour exploiter les chances d'une hausse ou d'une prime artiflcielle.
J'ai cru vous devoir ces explications afin que vous puissiez, le cas échéant , éclairer sur la vérité des faits ceux de nos actionnaires avec lesquels vous êtes en rapport et afin de vous mettre vous-même en garde contre des observations qui, dans l'avenir, pourraient émaner de la même source.
icix:x.^!c:~. M povs m. voisin.
A *•-?•: i*^ paquebot le a Boml lô .xMobre 18(52.
IkQS les c:n»Gs:ances ou se trouvait la Compagnie (/^ canal de Suez. * s^r-n cèbuL el où elle devait se troLizFfir plus tard, ainsi que l'eiperieDce l*a démonlré, il ne M était pas possible de faire eiêcuter ses travaux par une entreprise proprenieal dite.
Le traité (^^ssé avec M. Alph. Hardon, le 29 février 1860, a pour but de recourir, dans les détails de rexécution, à la coopération d'un régisseur général, entouré d*un personnel éprouvé que ses antécédents et son expérience lui permettaient de mieux choisir que nous ne l'aurions fait nous-mêmes, et qui. n*ayant. poursa propre part, d'autre rémunération à retirer de lexécution que 40 0/0 des économies pouvant être obtenues sur le prix des devis, était par conséquent intéressé à ne pas dépasser les premières évaluations et à aider le directeur général des travaux, spécialement chargé de Télude, du contrôle et de l'impulsion de Tœuvre technique, à assurer la bonne exécution de tous les travaux, de la manière la plus favorable aux intérêts des actionnaires.
La participation aux bénéfices devant résulter des économies à réaliser ne fut pas la seule condition aléatoire du contrat. On stipula que le régisseur déposerait un cautionnement de 1,200,000 francs pour garantir que les prix des devis ne seraient pas dépassés.
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C'est le dépôt de ce cautionnement qui a motivé la prétention du régisseur de se considérer comme un véritable entrepreneur général et qui Ta engagé à s'attribuer une initiative et une indépendance contraires à Tesprit qui m'avait dirigé, lorsque j'ai proposé au Conseil d'administration de conclure une convention, et que j'ai été chargé de suivre les négociations qui ont amené le traité passé avec M. Hardon.
Afin d'obvier, sur les points les plus urgents, aux difficultés de la situation actuelle, à l'antagonisme croissant de deux personnels qui emploient une partie de leurs forces l'un contre l'autre, au lieu de les faire concourir toutes au but commun, j'ai jugé nécessaire, sur la proposition du directeur général des travaux, sur l'avis de la commission consultative des travaux, sur l'approbation du Conseil d'administration et en vertu d'une décision prise en comité de direction, de promulguer, le premier septembre dernier, quatre arrêtés, par application du traité dont l'article 5 est ainsi conçu :
« Les travaux seront exécutés par M. Hardon pour le « compte de la Compagnie par voie de régie intéressée. »
Les arbitres, appelés le 12 août 1862 à régler les diverses questions relatives à la classification des comptes de la Compagnie avec M. Hardon, avaient, en outre, constaté dans le premier dispositif de leur sentence que le fait diminuant la convention du 29 février 1860, laquelle règle les rapports de la Compagnie universelle avec M. Hardon^ était le fait de la régie intéressée.
Les arrêtés du 1" septembre sont donc conformes au fait dominant de la convention du 29 février 1860, mais, d'un autre côté, il est juste de reconnaître, puisque tel en a été l'esprit, qu'ils portent une atteinte très-sérieuse à
rinitiative laissée jusqu'ici à M. Hardon, et font de lui un membre intégrant et obéissant de la Compagnie, au lieu de lui laisser une existence propre, justifiée à ses yeux par la responsabilité de son cautionnement.
Ces arrêtés, suivant Tintention que j*ai eue en les promulguant, altèrent, en eflfet, le caractère d'entrepreneur général revêtu par M. Hardon, pour ne laisser subsister que celui de régisseur général énoncé continuellement dans le traité, bien que la responsabilité pécuniaire attachée au dépôt d'un cautionnement considérable constituât une situation contradictoire, c'est-à-dire une véritable entreprise matériellement responsable de l'exécution des travaux à un prix déterminé.
Pour que la transformation que je crois indispensable puisse s'opérer sans entraves, et elle s'opérera ainsi en étant équitable, je propose de restituer à M. Hardon son cautionnement de 1,200,000 francs et de lé remplacer par un dépôt de 4 ou 500 actions du canal de Suez, lequel dépôt ne servira plus à garantir pécuniairement l'exécution à un prix déterminé, mais sera simplement la garantie des faits légaux de la gestion du régisseur et la preuve de sa participation importante au capital de la Compagnie.
Quoique, dans le principe, le cautionnement de 1.200,000 francs ait été demandé et donné en toute bonne foi, je considère aujourd'hui que la Compagnie, en restituant à M. Hardon ce cautionnement, consistant en une hypothèque sur immeubles, ne se prive pas en définitive d'une garantie bien efficace tandis que son maintien devient de plus en plus une cause de conflits et d'embarras.
En admettant, ce qui parait de moins en moins probable, qu'en fin de compte les premières évaluations soient dépassées d'une somme relativement insignifiante
pour la Compagnie, mais ruineuse quant au cautionnement, serait-il juste de faire peser sur M. Hardon l'aggravation de dépenses qui, dans les premières années, par exemple, a été le fait de circonstances indépendantes de sa bonne volonté ou de sa bonne gestion?
J'avoue qu'en juge impartial, lorsque j'ai fait partie du tribunal arbitral dont les décisions ont réglé la classification de ces dépenses, les arguments employés par M. Hardon, s'ils manquaient de valeur à mes yeux pour faire attribuer des bénéfices à la régie intéressée, en la dégageant de certains frais extraordinaires devant être répartis sur la suite des travaux, auraient eu une trèsgrande portée s'ils eussent été invoqués pour dégager le cautionnement.
Du moment où le rouage du fonctionnement de la Compagnie — que l'on a appelé à tort o Entreprise générale » — deviendra ce qu'il doit être uniquement : une régie , lu vérité de la situation amènera des conséquences justes. Le régisseur sera réellement l'agent immédiat de la Compagnie et les intérêts s'identifieront. Les ingénieurs de la Compagnie, en résidence dans les divisions, cesseront d'assister en état préventif d'hostilité à un ordre de choses que leur louable impatience d'agir, leur honorable désir de prendre une part plus directe et plus active à nos grands travaux ne leur permettent pas d'admettre de bon gré, et ils deviendront les instruments les plus précieux de l'exécution, parce qu'étant appelés eux-rnêmes, dans leurs services, à diriger l'exécution, aucune préoccupation ne pourra plus les dominer au sujet de la défense des intérêts qui leur semblaient contraires.
De là un accord et une fusion progressives entre les deux personnels et la possibilité d'obtenir, sur une très-
large échelle, des réductions dont chacun reconnaît ^^ convenance.
J'appelle l'attention de H. le directeur général des tr!!!rravaux sur les réflexions qui précèdent. Il étudiera la qu-— ^ es- Uoa avec le soin et la droiture qu'il apporte dans i^^
affaires dont l'examen lui est confié, et, tout en rests: ^^^
fidèle au principe de la régie intéressée de M. Harc^^^^ avec lequel nous sommes liés par une convention, il j^^ soumettra le résultat de ses méditations qui devront a^^^^/^. pour objet pratique d'arriver à la simplification et à Is^ ;>^. duction de tous les services d'exécution, ainsi qu'^ j^ transformation de la double comptabilité actuelle en wae seule administration.
Nous nous concerterons ensuite avec M. Hardon et H. Sciama, dont l'arrivée en Egypte est prochaine, pour arrêter les bases d'un projet de réorganisation, dans 1^ sens des idées que je viens d'exposer.