‹ Lettres, journal et documents pour servir à l'histoire du canal de Suez (volume 2)Chapitre 45 sur 87 · A M. LE DUC D^ALBUFÉRA^ A PARIS · texte numérisé non relu

A M. LE DUC D^ALBUFÉRA^ A PARIS

Alexandrie, 5 décembre 1862.

Vous savez que M. Hawkshaw, le premier ingénieur de TAngleterre pour les travaux de canaux et de ports, engagé par le vice-roi afin de lui faire un rapport sur le canal de Suez, esl arrivé en Egypte, le mois dernier.

Il a parcouru et étudié avec beaucoup de soin toute I ligne de nos opérations, et, au retour de son voyage, l vient de rendre compte verbalement au vice-roi de sei observations, qui feront Tobjet d'un rapport écrit. C rapport sera rédigé par M. Hawkshaw, dès sa rentrée en Angleterre. Il demande deux mois pour le faire. Pendant toute son excursion de Suez à Timsah, au canal d'eau douce, à Port-Saïd et à Damiette, il a été successivement reçu, accompagné et renseigné par nos ingénieurs de division et par M. Voisin. Le vice-roi, qui a pourvu à tous les frais de Texcursion, avait attaché à sa personne Mazar-Bey, ingénieur en chef des canaux d'Egypte, indigène, élevé en France.

Avant-hier, j'ai passé la matinée chez le vice-roi, à Ghizeh, près du Caire. Son Altesse m'a dit avec joie qu'elle était enchantée de l'opinion de M. Hawkshaw, qui nous était complètement favorable. En résumé, Tingénieur anglais avait déclaré que le canal était parfaitement réalisable dans toiHes ses parties et qu'il n'y avait dans son exécution aucune difficulté qui ne pût être surmontée par Tart de l'ingénieur ; il a été étonné du peu de

dépenses qui ont été faites, eu égard aux résultats déjà obtenus. Les jetées de Port-Saïd ont surtout appelé son attention. C'est le point que traitera particulièrement sou rapport.

M. Hawkshaw a désiré me revoir avant son départ pour l'Angleterre. Je suis arrivé hier à Alexandrie afin de lui donner le complément de renseignements qu'il; désirait emporter. Dans une conférence de plusieurs heures à laquelle j'ai fait assister M. de Chancel, nous avons recueilli une bonne impression. Le vice-roi considère avec raison Topinion favorable de M. Hawkshaw, lorsqu'elle sera publiée en Angleterre, comme devant exercer une très-salutàire influence pour éteindre ce qui peut rester encore de l'opposition politique anglaise. En attendant, cette opinion Ta très-heureusement impressionné lui-même, non pas tant sous le point de vue technique que sous le point de vue politique, et elle m'a paru l'encourager dans la résolution, que je crois toujours arrêtée dans son esprit, de signer prochainement notre convention financière et d'augmenter le nombre de nos travailleurs, afin de faire arriver le plus promplement possible nos deux canaux à Suez.

Ainsi que je vous l'ai déjà dit, j'attends la venue du vice-roi dans l'Isthme pour la conclusion de ces deux importantes questions que je ne perds pas de vue un seul instant. Celte visite à Timsah, où le vice-roi s'est déjà fait précéder par l'envoi d'un mobilier à son kiosque, a été retardée par une opération assez douloureuse qui a très-bien réussi et dont il est en train de guérir. Son état général de santé est excellent. 11 m'a dit qu'il partirait pour Timsah dans une douzaine de jours, après la célébration de l'anniversaire de sa naissance, fête à laquelle

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je dois assister, au barrage. Avant cette époque, je ferai peut-être encore une excursion dans Tlsthme avec sir Ira* Henry Bulwer, attendu demain au Caire, à son retour de la 1:^ llaute-Égypte. ■ ^^

Je viens d'achever la troisième tournée de toute la r ^ ligne de nos opérations de Tell-el-Kébir à Port-Saïd. Je '^

n'ai pas besoin de vous dire que je suis de plus en plus satisfait de tout ce qui a été fait dans Tlsthme, depuis sa \^

mois. Je vais passer en revue ce qui m'a particulièrement frappé.

Je commence par Port-Saïd.

L'ilot, fondé à 1,500 mètres de la plage, a tout à fait réussi. Les empierrements qui dépassent la ligne d'eau de la mer n'ont pas bougé, formant un talus naturel du côté de l'ouest. Deux fois j'ai vu décharger en un seul jour, à l'abri de cet îlot, des bâtiments qui s'accostaient sous la grue et qui ne bougeaient pas, lorsque au dehors la mer était houleuse. L'appontement va être prolongé de ^ ^ 200 mètres, au moyen de pieux en fer, dont, sur Tindi- — ' cation de M. Voisin, j'ai demandé au vice-roi de nous ^^ faire la cession au prix de 30,000 fr. , c'est-à-dire au mJ' u prix du poids de la fonte. S'il nous avait fallu les faire ^>'e venir d'Europe, la dépense eût été de 200,000 francs.

Je vois que la jetée de Port-Saïd a besoin d'être encore ^^ '^ fort étudiée, car M. Voisin est d'avis d'en faire une ^^ 6 partie à claire-voie, tandis que M. Hawkshaw, d'accord -fc^ d avec la Commission internationale, voudrait qu'elle fût:^-^* pleine partout. Il sera bientôt temps d'être fixé à ce sujet, ^ -^^ car, dans peu de mois, je l'espère, les carrières de^^ ^^ Gebel Geneffé pourront être mises en exploitation.

Cette situation m'engage à vous prier de presser vive^ -"

ment K. Tostain et M. Pascal, et, s'il est possible, M. de^^ -^

Fourcy, de mettre à exécution leur projet de venir visiter nos travaux. Outre la question des jetées, il y en a beaucoup d'autres sur lesquelles il nous sera fort utile d'avoir leur opinion prise sur les lieux, et, de plus, leur autorité, leur caractère et leur position, pourront au besoin servir à rétablir l'équilibre, dans le cas, peu probable, mais possible, où lord Palmerston parviendrait à exercer quelque influence sur l'esprit de M. Hawkshaw, ainsi que dans le temps cela a eu lieu pour M. Mac-Clean, Tun des membres de la Commission internationale.

Il est vrai que l'époque est tout à fait différente et que la politique anglaise peut avoir aujourd'hui intérêt à s'appuyer sur l'opinion du plus éminent de ses ingénieurs pour faire une retraite honorable.

Cependant, il est bon de prévoir un mauvais coup et de nous mettre en garde, avant la réunion du Parlement et notre prochaine assemblée générale d'actionnaires.

Dans tous les cas, la visite de nos ingénieurs de la Commission consultative et le rapport qu'ils nous feront me paraissent fort à désirer.

Veuillez bien faire tout ce qui dépendra de vous pour les décider.

Dans ma navigation de Port-Saïd àKantara, j'ai admiré les berges solides qui ont surgi, après tant d'efforts, du fond boueux du lac Mensaleh et entre lesquelles notre Canal maritime apparatt dans toute sa largeur.

A Kantara, M. Voisin fait faire une rectification très-im* portante à la ligne de notre Canal qui, là, présentait une courbe incommode et inutile de cinq kilomètres; la ligne droite à partir du lac Mensaleh se continuera jusqu'au lac Ballah.

J*ai laissé, il y a cinq jours, 7000 hommes employés

à ce travail de redressement et d'élargissement qui sera terminé le i*' janvier et qui améliorera singulièrement te service de nos transports, ainsi que Talimentation du lac Timsah, dont le remplissage se fera plus promptement. En attendant que le lac Timsah soit rempli, un déversoir, pouvant être réglé à volonté, a été établi au débouché du Canal maritime afln que, par la chute de Teau, il ne sorte pas plus d*eau d'un côté qu'il n'en entre de l'autre. En outre, il a été décidé que Ton mettrait immédiatement le Canal maritime en communication avec le canal d'eau douce, au moyen d'un chenal qui sera pratiqué au niveau du Canal maritime, sur le bord du lac Timsah, depuis le chalet' du vice-roi jusqu'au pointoù se termine, à Timsah, le canal d'eau douce. La dépense de ce chenal, dont l'idée a été donnée par M. Viller, sera gagnée en un seul mois par l'économie des frais de transport à dosde chameau, d'un point à l'autre.

Les ingénieurs ne croient pas que le lac Timsah puisse être complètement rempli avant six mois ; outre l'eau du Canal maritime, on va y introduire le trop plein du bassin de Néfiche où coule déjà, par un déversoir en maçonnerie, le trop plein du canal d'eau douce.

Quant au canal d'eau douce, 2,000 hommes sont occupés à le prolonger jusqu'aux magasins et aux dernières maisons de la ville de Timsah, de manière à ce qu'il n'y ait plus, ce qui a existé jusqu'à présent, une lacune entre ce qu'on appelait Timsah-transport et Timsah-ville.

12,000 hommes travaillent enfin avec beaucoup d'activité à la première section du canal d'eau douce débranchant à Néfiche, pour se diriger vers Toussoum et Suez.

Lorsque le vice-roi viendra dans l'Isthme, je ferai ouvrir cette section en sa présence et il y naviguera.

Je fais hâter les constructions de Timsah pour y appeler nos chefs de service. En attendant, j'y ai établi dans un campement mon quartier général et j'en ferai ma résidence habituelle, dès que je pourrai me flxer un peu.

C'est à nos premières dragues, tout imparfaites qu'elles sont, que nous devons nos bonnes digues dulacMensaleh et la certitude que le mètre cube dragué ne coûtera pas plus de 40 centimes. Toutes nos dragues sont successivement demandées par des tâcherons qui y gagnent de l'argent.

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IJCSTRITTIONS POUR L ENTREPRISE DBS TRAVAUX.

Alexandrie^ 7 décembre 1862.

J*ai été à même de constater dans mes dernières tournées que les magasins des campements continuent à être -.^ approvisionnés d articles de fantaisie et même d'objets de luxe dont l'achat et la conservation, sans répondre aux besoins sérieux des employés, deviennent très-onéreux .^ pour la Compagnie.

Il importe que les approvisionnements des magasins de la Compagnie soient dorénavant limités aux objets de |^} première nécessité. Le service et Torganisation des magasins y gagneront immédiatement d'utiles simplifications. Le serN'ice de l'intendance et des transports généraux sera débarrassé d'une multitude de soins et de détails qui le surchargent, au détriment de ses plus utiles attribu-' lions. Ce service pourra alors simplifier considérablement^ ses achats, et n'aura plus à pourvoir au choix et au trans^ port d'objets sans nombre dont l'acquisition et la récep tion, nécessairement partagées entre beaucoup d'agenls^^^ secondaires, donnent trop souvent lieu à des pertes, des déchets et même des fraudes qui échappent à tout contrôle,

et mettent en défaut toute surveillance.

^s Mais, en même temps que l'on restreindra dans de justes "^^ "

limites le nombre et la diversité des objets jusqu'ici approvisionnés dans les magasins, on devra prendre les^^ ^^ mesures nécessaires pour favoriser et développer, dansles^^ ^^ principaux campements, l'établissement de fournisseur^^ "^

libres offrant aux employés les ressources, les garanties et le bon marché de la concurrence.

Il est indispensable enfin de presser par tous les moyens la construction, à Timsah, d'un simple hangar avec un pourtour de vérandah pour le bazar européen. Ce bazar pourrait être utilement situé au milieu de la grande place déjà entourée de constructions, à Tendroit où nous avions d'abord pensé à établir un cercle. Le cercle pourra être placé au milieu de la place des logements des célibataires. Quant au bazar arabe, dont nous avons ensemble marqué remplacement sur les lieux, je vous prie d'y faire mettre la main ainsi qu'à la mosquée. Il me semble que ces constructions doivent être légères et simplement faites avec pans de bois et nattes , et tout au plus enduites d'une couche de plâtre.

Ce genre de constructions suffira aussi à la chapelle catholique, dont il convient de s'occuper en même temps que de la mosquée.

Je veillerai moi-même^ à Timsah, dans quelques jours, d'accord avec M. Viller, à l'exécution de ces ordres.

A M. UUICIIARD, CHEF DU SERVICE AGRICOLE 1>E LA COMPAGNIE, A TELL- EL- K ÉB IR .

Alexandrie^ 8 décembre 1862.

J'ai remarqué, à TelI-el^Kébir, un homme que Ton m'a assuré être un marchand d'esclaves ayant un dépôt de malheureuses femmes et de pauvres enfants à Tell-el- Kébir, où il exerce son odieuse industrie assez ostensiblement pour que les jours de marché, surtout, tout le monde en soit informé.

Il importe d'empêcher, partons les moyens, Taccomplissèment de pareilles transactions contraires à la loi égyptienne, à la volonté du vice-roi, et incompatibles avec Tesprit de moralité et de justice dont nous devons donner l'exemple sur nos élablissements.

Je vous prie, en conséquence, d'empêcher le séjour, à Tell-el-Kébir et sur tous les autres points du domaine agricole de la Compagnie, de tout individu se livrant, soii ouvertement soit en secret, à Todieux trafic des esclaves, el de faire connaître à tous les cheiks de nos villages et aux populations elles-mêmes la volonté de la Compagnie de ne souffrir aucune transaction de ce genre sur son dO' maine.

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