A M. LE COMTE DE LBSSEPS^ À PARIS
Coostantinople, 21 févriei 1865.
Après avoir quitté Paris, j'étais le lendemain à Lyon, et je t'ai envoyé de cette ville, par notre excellent sténographe Sabbatier, le compte rendu de mes conférences à la salle Saint-Pierre et dans une réunion d'actionnaires, ainsi que de mes explications aux membres de la Société d'encouragement.
De Lyon je me suis renlu à Turin, où M. Torelli. ministre des travaux publics, m^avait invité à un banquet où se trouvaient réuYiis les ministres, les hauts fonctionnaires. ]e président de la Chambre du commerce ; au dessert j*ai rendu compte de Tétat de nos travaux et j'ai terminé en perlant un toast à Tltalie. — M. Torelli a répondu par un toast à l'Empereur etàTImpératrice; puis le marquis Arconati Visconti, qui, pendant une récente visite dans l'isthme, avait pu vérifier par lui-même Tavancement de notre entreprise, a proposé la santé de son Président.
A mon départ de Turin, j'ai été accompagné à la gare par le baron Ricasoli, le général Menabréa, le corafe Sclopis, M. Torelli et le marquis Arconati Visconti.
La Chambre de Commerce de Turin nous enverra un délégué en Egypte pour le 6 avril prochain.
A Florence, la réception n'a pas été moins cordiale. — Etant allé assister, dans la loge du préfet, à un balletpantomime en trois actes qui a une grande popularité et
qui est intitulé : Il taglio del isthmo di Suez, toute la salle s'est levée à mon entrée et a fait entendre des acclamations redoublées ; les dames agitaient leurs mouchoirs. — Ces manifestations se sont renouvelées à la fin du ballet.
Le premier tableau me représente dans une conférence avec les ambassadeurs des grandes puissances, parmi lesquels le diplomate turc ne joue d'autre rôle que de fumer sa pipe. — Personne ne s'entend naturellement ; après force gestes, les ambassadeurs se retirent en désaccord. — Je reste seul, plongé dans mes réflexions, je m'étends sur un divan, je m'endors; pendant ce temps une charmante danseuse déguisée en civilisation, avec l'étoile au front, descend d'un nuage ; elle me prend par la main et me mène sur le lieu des travaux où des ouvriers européens dansent avec des aimées, pendant que des mines éclatent et ouvrent le bosphore. Dernier tableau : Arrivée dans les Indes ; je suis toujours conduit par la douce main de la Civilisation qui, me débarquant dans un port quelconque, fait prosterner les indigènes devant un temple où elle arrête l'accomplissement d'un sacrifice humain, et engage les marins de toutes les flottes, débarqués dans l'île, à une danse générale avec les bayadères. — Tableau final avec feu d'artifice, lumière électrique, etc.
Le roi Victor Emmanuel était absent de Florence ; il chassait à San-Rossore. Le lendemain, il voulut bien m'envoyer son aide de camp le comte de Gasligliano pour m'inviter à le voir, mais malheureusement, je ne pouvais manquer le vapeur qui devait quitter Naples le surlendemain, pour prendre à Messine le paquebot de Constantinople.
Le corps municipal de Pise, son gonfalonier en tête,
est venu me présenter une adresse. — Je lui ai répondu que je regrettais beaucoup de ne pouvoir prolonger mon séjour dans cette ville où nous avons passé, cher frère, les premières années de notre enrance.
A Naples, où je ne suis resté que quelques heures, le prince Humbert a bien voulu m*inviter à déjeuner avec le président du Conseil des Ministres, lé maréchal de la Marmora. Le prince s'est montré très au courant des niïaires du Canal, en a beaucoup causé et a exprimé sa vive sympathie pour son succès dénnitif.
 Messine, le préfet, la municipalité, la Chambre de Commerce m*ont fait un accueil qui ne le cédait en rien à celui que j'avais trouvé à Turin, à Pise et à Naples. Je ne parle pas de Rome où je n'ai fait que passer d'une gare à raulre,ne profitant d'un arrêt d'une heure que pour montrer à mon (ils Charles l'église et la place de Saint-Pierre.
Maintenant, nous nous reposons à Stamboul où tout est calme et où il faut beaucoup de patience avec MM. les Turcs, passés mailres pour faire attendre sans aboutir.