Zulime, tragédie de Voltaire, acte II, scène
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des deux effets elle aura produit; mais ce que vous mo direz aussi, s'il vous plaît, c'est comment vous vous portez; et moi je vous dirai la seule nouvelle qui m'intéresse t l'École militaire n'est pas encore donnée *.
Ce 6 juin 1773.
Mon Dieu ! que ce qui fait plaisir est rare, et vient lentement ! il me semble qu'il y a un temps infini depuis le 2*, et je ne sais combien il faudra attendre encore une lettre de Dresde 2; mais au moins me promettez-vous, ôtes-vous dans la disposition de m'écrire autant que vous le pourrez? n'aurai-je contre mon plaisir, contre mon intérêt, que ce qui ne dépendra pas de vous, c'est-à-dire, l'éloiguement et la lenteur descourriers?mais je n)'affligedeceque votre curiosité, de ce que votre activité, en un mot, de ce que vos qualités et vos verlus me sont également contraires. Cet amour de la gloire, par exemple, fera que votreamitié,ou plutôlla mienne ne sera qu'un malheur de plus dans ma vie; cependant vous pouvez me dire comme l'herinite à Zadig : «J'ai quelquefois répandu des sentimens de consolation dans l'âme des mal-
1. Il s'agil probablement ici des fonctions de gouverneur de l'Ecole royale militaire, devenues vacantes par la mort du marquis de l'roismare, lieulenant- ;;tnéial, et que Guibert pouvait amhitiunner pour ^on père, qui, en 1782, uccupa celles de gouverneur de l'Hôtel des Invalides, réunies, en 1 7''3, à celles, de surinteudant de l'École militaire, entre les mains du marquis de Monleynaid.
^.. M. de Guibert arriva à Dresde le 8 juin, à minuit, après avoir visité Kelil, 0 gardé par quelque? invalides, > Stolhoffeu et ses ligues forcées par Villirs, et qu'il juge « trop étfuduos pour les troupes qui les gardoient ; » l.astadt, Durlach, Bruchsal et son châleau, résidence de l'évêque de Spiie, où il voit, sans les admirer, les peintures du peintre Zick, Wisloch, Heidelberg, Manheim (27-29 mai); Darmsladt, qu'il juge une « caserne, • où s'exerce " la manie de l'Électeur, pour imiler tant qu'il peut le militaiie ppussien; » le champ de bataille de Berghen et son souvenir de victoire ; Francfort, Hanau, le bassiu de la Kinche, près de Gelnliausen, où il s'abandonne à cette apostrophe poétique : u Vallée charmante, je te salue, je te remercie de l'illusioa où ton aspect m'a jeté ! », Neuboff, Fulde, dont l'abbé souverain lui inspire cette autre apostrophe, moins poétique et qui sent le soldat pliilosophe and de d'Alembert: « Graud abus que ces ecclér-iasiiques souverains! O Kréiléric (le roi de Prusse), si tu vis encore vingt ans, je te les recommande! », Eisenach, Gotha, Erfurt, Leipsick et sou cli:imp de bataille déjà célèbre par la mort da Gustave-Adolphe. {Journal. 1, lU;, iil.)
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heureux • » ; oui, je vous dois ce qui fait le charme et la douceur de l'amitié, je sens que ce lien est déjà trop fort, qu'il a pris trop d'ascendant sur mon cime; quand elle souffre, elle est tentée de se tourner vers vous pour y chercher de la consolalion; et si elle c-loit calme, elle seroit entraînée par un mouvement plus actiT, même par le goût du plaisir. Voyez si je suis tout cela pour vous, et si en effet je ne suis pas mieux fondée à vous aimer et à vous regretter; tout au plus, mon sentiment vous a été agréable, et moi, avant que de vous avoir jugé, vous m'étiez devenu nécessaire; mais que pensez-vous d'une cime qui se donne avant de savoir si elle sera acceptée; avant d'avoir pu juger si elle sera reçue avec plaisir, ou seulement avec reconnoissance? Mon Dieu ! si vous n'étiez pas sensible, que de chagrin vous me causeriez ! car il ne me suffit pas que vous soyez honnête: j'ai des an)is vertueux, j'ai mieux que cela encore, et cependant je suis occupée de ce que vous êtes pour moi; mais, de bonne foi, n'y a-l-il pas de la folie, ei peut-être même du ridicule à vous croire mon ami? Répondez-moi, non pas froidement, mais avec vérité. Quoique voire âme soit agitée, elle n'est pas si malade que la mienne, qui passe sans cesse de l'état de convulsion à celui de l'abattement; je ne puis juger de rien : je m'y méprendrois sans cesse, je prendrois du poison pour du calmant; voyez si je puis me conduire, éclairez-moi, fortifiez-moi; je vous croirai, vous serez mon appui, vous me secourrez comme la réflexion ; elle n'est plus à mon usage, je ne sais rien prévoir, je ne dislingue rien; concevez mon malheur; je ne me repose que dans l'idée de la mort; il y a des jours où elle est mon seul espoir; mais aussi j'éprouve des mouvemens bien contraires ; je me sens quelquefois garrottée à la vie; la pensée d'affliger ce que j'aime m'ôte jusqu'au désir d'être soulagée, si c'étoit aux dépens de son repos. Enfin que vous dirai-je? l'excès de mon inconséquence égare mon esprit, et le poids de la vie écrase mou âme. Que dois-je faire? que deviendrai-je? sera-ce Charenton, ou ma paroisse qui me délivrera de moi-même? Je vous rends victime, et j'en suis affligée, si vous vous intéressez assez à moi pour prendre part à ce que je soufl're, et j'en mourrai de confusion, si je ne vous ai causé que de l'ennui. Ke