‹ Lettres (volume 2)Chapitre 15 sur 264 · i.LTnu:s · texte numérisé non relu

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tellement hors de ma mémoire et tk mon esprit, que j'ai été prés de deux ans sans y penser, et sans croire Tavoir. Quoi qu'il en soit , je le désavoue de tout mon cœur, et je vous supplie de croire, monsieur, que ma passion pour la personne et pour le service du roi n'en a pas été diminuée. M. le chancelier a dit : Il est bien difficile de le croire , quand on voit une pensée opiniâtre exprimée en différents temps. M. Fouquet a répondu : Monsieur, dans tous les temps, et même au péril de ma vie, je n'ai jamais abandonné la personne du roi ; et dans ce temps-là vous étiez, monsieur, le chef du conseil de ses ennemis, et vos proches donnaient passage à Tarmée qui était contre lui.

M. le chancelier a senti ce coup; mais notre pauvre ami était échauffé, et n'était pas tout à fait le maître de sou émotion. Eusuite on lui a parlé de ses dépenses; il a dit : Je m'offre à faire voir que je n'en ai fait aucune que je n'aie pu faire, soit par mes revenus, dont M. le cardinal avait connaissance, soit par mes appointements, SDit par le bien de ma femme; et si je ne prouve ce que je dis, je consens d'être traité aussi mal qu'on le peut imaginer. Enlin, cet interrogatoire a duré deux heures, oii M. Fouquet a trèsbien dit , mais avec chaleur et colère , parce que la lecture de ce projet l'avait extrêmement touché.

Quand il a été parti, M. le chancelier a dit : Voici la dernière fois que nous Tinterrogerous. ■M. Poucet s'est approché de M. le chancelier, et lui a dit : ^lonsieur, vous ne lui avez pas parlé des preuves qu'il y a comme il a commencé à exécuter le projet. M. le chancelier a répondu : Monsieur, elles ne sont pas assez fortes, il y aurait répondu trop facilement. Là-dessus Sainte-Hélène et Pussortontdit: Tout le monde nest pas de ce sentiment. Voilà de quoi rêver et faire des réflexions. A demain le reste.

Vendredi 5 décembre.

On a parlé ce matin des requêtes, qui sont de peu d'importaude , sinon autant que les sens de bien y voudront avoir égard eu jugement. Voilà qui est donc fait : c'est à M. d'Ormesson à parler, il doit récapituler toute l'affaire : cela durera encore toute la semaine prochaine , c'est-à-dire qu entre-ci et là ce n'est pas vivre, que la vie que nous passerons. Pour moi, je ne suis pas reconnaissable, et je ne crois pas que je puisse aller jusque-là. M. d'Ormesson m"a priée de ne le plus voir tpic laffaire ne soit jugée: il est dans le cou

clave, et ne veut plus avoir de commerce avec le monde. Il affecte une grande réserve; Une parle point, mais il écoute ; et j'ai eu le plaisir, en lui disant adieu, de lui dire tout ce que je pense. Je vous manderai tout ce que j'apprendrai. Eli! Dieu veuille que ma dernière nouvelle soit bonne! je la désire. Je vous assure que nous sommes tous à plaindre ; j'entends vous et moi , et ceux qui en font leur affaire comme nous. Adieu, mon cher monsieur; je suis si triste et si accablée ce soir, que je n'en puis plus.

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