DE M™e DE SÉVIGNÉ A M. DE POMPONNE
Vendredi I9 décembre I6G4.
Voici un jour qui nous donne de grandes espérances; mais il faut reprendre de plus loin. Je vous ai mandé comme M. Pussort opina mercredi à la mort ; jeudi , Nogués , Gisaucourt , Fériol , Héraut , à la mort encore. Roquesante finit la matinée; et, après avoir parlé une heure admirablement bien , il reprit l'avis de M. d'Ormessou. Ce matin nous avons été au-dessus du vent , car deux ou trois incertains ont été fixés ; et tout d'un article nous avons eu la Toison , IMasnau , Verdier, la Baume et Catinat, de l'avis de M. d'Ormesson. C'était à Poncet à parler ; mais , jugeant que ceux qui restent sont quasi tous à la vie, il n'a pas voulu parler, quoiqu'il ne fût qu'onze heures. On croit que c'est pour consulter ce qu'on veut qu'il dise, et qu'il n'a pas voulu se décrier et aller à la mort sans nécessité. Voilà oii nous en sommes, qui est un état si avantageux, que la joie n'en est pas entière; car il faut que vous sachiez que M. Colbert est tellement enragé, qu'on attend quelque chose d'atroce et d'injuste qui nous remettra au désespoir. Sans cela, mon pauvre monsieur, nous aurions la joie de voir notre ami, quoique bien malheureux, au moins avec la vie sauve , qui est une grande affaire. Nous verrons demain ce qui arrivera. Nous en avons sept, ils en ont six. Voici ceux qui restent : le Feron, Moussy, Brillac, Bernard, Renard, Voisin , Pontchartrain , et le chancelier. Il y en a plus qu'il ne nous en faut de bons, à ce reste-là.
Samedi.
Louez Dieu , monsieur , et le remerciez , notre pauvre ami est sauvé : il a passé de treize à l'avis de M. d'Ormesson , et neuf à celui de Sainte-Hélène. Je suis si aise, que je suis hors de moi '.
• Bureau de la commission qui jugea Fouquet :