‹ Lettres (volume 2)Chapitre 21 sur 264 · BON». CONTRAIRES · texte numérisé non relu

BON». CONTRAIRES

Brillac. FérioL

Renard. Nosués.

Bernard Héraut.

Rorfuesante. Poncet.

La Toison. Le chancelier.

La Baume.

Verdier.

Masnau.

Câlinât.

Pontcliarfrain.

' Par (!es sij^naux.

DE MADAME Dï SE VIGNE. 6S

)a Bastille. Foucault tenait son arrêt à la main. Il lui a dit : Mousieur, il faut me dire votre nom , afin que je sache à qui je parle. M. Fouquet a répondu : Vous savez bien qui je suis , et pour mon nom je ne le dirai pas plus ici que je ne l'ai dit à la chambre; et pour suivre le même ordre , je fais mes protestations contre l'arrêt que vous m'allezlire- On a écrit ce qu'il disait , et en même temps Foucault s'est couvert, et a lu l'arrêt. M. Fouquet l'a entendu découvert. Ensuite on a séparé de lui Pecquet et Lavalée , et les cris et les pleurs de ces pauvres gens ont pensé fendre le cœur de ceux qui ne l'ont pas de fer; ils faisaient un bruit si étrange, que M. d'Artagnan a été obligé de les aller consoler; car il semblait que c'était un arrêt de mort qu'on vînt de Ure à leur maître. On les a mis tous deux dans une chambre à la Bastille ; on ne sait ce qu'on en fera.

Cependant M. Fouquet est allé dans la chambre de M. d'Artagnan : pendant qu'il y était, il a vu par la fenêtre passer M. d'Ormesson , qui venait de reprendre quelques papiers qui étaient entre les mains de M. d'Artagnan. M. Fouquet l'a aperçu ; il l'a salué avec un visage ouvert , et plein de joie et de reconnaissance ; il lui a même crié qu'il était son très-humble serviteur. M. d'Ormesson lui a rendu son salut avec une très-grande civilité , et s'en est venu , le cœur tout serré, me conter ce qu'ail avait vu.

A onze heures , il y avait un carrosse prêt, où M. Fouquet est entré avec quatre hommes, M. d'Artagnan à cheval avec cinquante mousquetaires. Il le conduira jusqu'à Pignerol, où il le laissera en prison sous la conduite d'un nommé Saint-Mars , qui est fort honnête homme , et qui prendra cinquante soldats pour le garder. Je ne sais si on lui a redonné un autre valet de chambre : si vous saviez comme cette cruauté paraît à tout le monde, de lui avoir ôté ces deux hommes, Pecquet et Lavalée! C'est une chose inconcevable ; on en tire même des conséquences fâcheuses, dont Dieu le préserve, comme il a fait jusqu'ici! Il faut mettre sa confiance eu lui , et le laisser sous sa protection , qui lui a été si salutaire. On lui refuse toujours sa femme. On a obtenu que la mère n'irait qu'au Parc, chez sa fille qui en est abbesse. L'Écuyer suiNTa sa belle-sœur ; il a déclaré qu'il n'avait pas de quoi se nourrir ailleurs. Monsieur et madame de Charost vont toujours à Ancenis. M. Bailly, avocat général , a été chassé pour avoir dit à Gisaucourt, avant le jugement du procès, qu'il devait bien remettre la compagnie du grand

64 LRTTBES

conseil en honneur, ei qu elle serait déshonorée si Chamillart, Pussort et lui allaient le même train. Cela me fâche à cause de vous : voilà une grande rigueur. Tantxne animis cœlestibus irx ' !

Mais non, ce n'est point de si haut que cela vient. De telles vengeances rudes et basses ne sauraient partir d'un cœur comme celui de notre maître. On se sert de son nom, et on le profane, comme vous voyez. Je vous manderai la suite : il y aurait bien à causer sur tout cela; mais il est impossible par lettres. Adieu, mon pauvre monsieur ; je ne suis pas si modeste que vous , et , sans me sauver dans la foule, je vous assure que je vous aime et vous estime trèsfort. J'ai vu aujourd'hui la comète; sa queue est d'une belle longueur. J'y mets une partie de mes espérances. Mille compliments à votre chère femme .

12. — DE M™« DE SÉYIGNÉ A M. DE POMPONNE. Jeudi au soir, janvier 1665.

Enfin , la mère , la belle-fille et le frère ont obtenu d'être ensemble; ils s'en vont à Montluçon, au fond de l'Auvergne. La mère avait permission d'aller au Parc-aux-Dames avec sa fille; mais sa belle-fille l'entraîne. Pour M. et madame de Charost, ils sont partis pour Ancenis ; Pecquet et Lavalée sont encore à la Bastille. Y at-il rien au monde de si horrible que cette injustice ? On a donné un autre valet de chambre au malheureux. M. d'Artagnan est sa seule consolation dans le voyage. On dit que celui qui le gardera à Pignerol est un fort honnête homme. Dieu le veuille ! ou , pour mieux dire. Dieu le garde! Il l'a protégé si visiblement, qu'il faut croire qu'il en a un soin tout particulier. La Forêt, son défunt écuyer, l'aborda comme il s'en allait; il lui dit : Je suis ravi de vous voir, je sais votre fidélité et votre affection : dites à nos femmes qu'elles ne s'abattent point, que j'ai du courage de reste, et que je me porte bien. En vérité, cela est admirable. Adieu, mon cher monsieur; soyons comme lui, et ayons du courage, ne nous accoutumons point à la joie que nous donna l'admirable arrêt de samedi.

Madame de Grignan ^ est morte.

Vendredi au soir.

Il me semble, par vos beaux remercîments, que vous me donniez mon congé; mais je ne le prends pas encore. Je prétends vous écrire

' Virgile, Éncid., liv. i,

^ Angélique-Claire d*Angennes, première femme de M. de Grignan.

DE xMADAME DE SÉVIGNÉ. (Î.S

quand il me plaira ; et dès qu'il y aura des vers du Pont-Neuf et autres, je vous les enverrai fort bien. Notre cher ami est par les chemins. Il a couru un bruit qu'il était bien malade; tout le monde disait : Quoi! déjà... On disait encore que M. d'Artagnan avait envoyé demander à la cour ce qu'il ferait de sou prisonnier malade, et qu'on lui avait répondu durement qu'il le menât toujours , en quelque état qu'il fût. Tout cela est faux ; mais on voit par là ce qu'on a dans le cœur, et combien il est dangereux de donner des fondements sur quoi on augmente tout ce qu'on veut. Pecquet et Lavalée sont toujours à la Bastille ; en vérité , cette conduite est admirable. On recommencera la chambre après les Rois.

Je crois que les pauvres exilés sont arrivés présentement à leur gîte. Quand notre ami sera au sien, je vous le manderai; car il le faut mettre jusqu'à Pignerol , et plût à Dieu que de Pignerol nous le puissions faire venir où nous voudrions bien ' ! Et vous , mon pauvre monsieur, combien durera encore votre exil? J'y pense bien souvent. Mille compliments à monsieur votre père. On nfa dit que madame votre femme est ici; je Tirai voir. .T'ai soupe hier avec une de nos amies ; nous parlâmes de vous aller voir.

•;3juiii (iccs).

Votre souvenir m'a donné une joie sensible , et m'a réveillé tout l'agrément de notre ancienne amitié. Vos vers m'ont fait souvenir de ma jeunesse y et je voudrais bien savoir pourquoi le souvenir de la perte d'un bien aussi irréparable ne donne point de tristesse. Au lieu du plaisir que j'ai senti, il me semble qu'on devrait pleurer : mais, sans examiner d'où peut venir ce sentiment, je veux m'attacher à celui que me donne la reconnaissance que j'ai de votre présent. Vous ne pouvez douter qu'il ne me soit agréable , puisque mon amour-propre y trouve si bien son compte, et que j'y suis célébrée par le plus bel esprit de mon temps. Il faudrait, pour l'honneur de vos vers , que j'eusse mieux mérité tout celui que vous me faites. Telle que j'ai été , et telle que je suis , je n'oublierai jamais votre véritable et solide amitié , et je serai toute ma vie la plus reconnaissante comme la plus ancienne de vos très-humbles servantes.

La marquise de SE vigne.

* Fouqutt mourut en lG«u, dans sa prison (selon lopinion comuîune\

66 LtTTKKS

Page 1