‹ Lettres (volume 2)Chapitre 245 sur 264 · DE M™^ DE SÉVIGNÉ A M""^ DE GRIGNAN · texte numérisé non relu

DE M™^ DE SÉVIGNÉ A M""^ DE GRIGNAN

Aux Rochers, dimanche 25 sepleml)re 1689.

Je m'accommode assez mal de la contrainte que me donne ^L de Gricnan : il a une attention perpétuelle sur mes actions ; il craint que je ne lui donne un beau-père : cette captivité me fera faire une escapade , mais ce ne sera pas pour monsieur le comte de B.evel ; oui, monsieur, c'est non-seulement monsieur, mais c'est monsieur le comte de Bevel. ]N"ous ne savons ce que c'est, dans cette province, quedenommer quelqu'un .ça;î5 titre .cependant nous nous oublions quelquefois, et nous l'appelons Revel; mais c'est sous le sceau de la confession. Je ne veux point l'épouser, soyez en repos; il est trop galant. Vous voulez donc savoir, ma chère belle, qui sont ses Chimènes. Vous en nommez deux très-bretonnes : en voici trois autres: une jeune sénéchale qui était ici, et qui n'est point parente

de celle que vous avez vue; mademoiselle de K , fort jolie, qui

était à Rennes; et sur le tout, une petite madame de M. C...,, votre nièce, car elle est petite-fille de votre père Descartes • elle a bien de l'esprit , et a toute la mine de croire que le feu est chaud , et qu'elle peut brûler et être brûlée. Cependant tout cela est si honnête, que leur amant commun paraît s'ennuyer mortellement à Rennes. Il mandait l'autre jour à M. de Louvois que s'il avait besoin pour quelque guerre d'hiver de l'officier du monde le plus reposé , il le faisait souvenir de lui.

Parlons tout d'un trait, ma fille, de la prévention de M. le chevalier; l'amitié fait-elle un tel aveuglement.^ Je crois la connaître; mais il me semble qu'elle se laisse toujours convaincre par la lumière: on n'en aime pas moins ceux qui ont tort; mais on voit clair. Quoi ! une inconnue nommée la raison, soutenue de la \crité , heurtera à la porte, et elle en sera chassée comme de Tu-

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niversitéde Paris (vous avez vu le charmant ouvrage de Despréaux) et on ne voudra pas seulement l'entendre, accompagnée de ses {pièces) justificatives! quoi ! deux et deux ne feront plus quatre ! Une gratification donnée par le maréchal de la Meilleraie, de cent écus en deux ans , qui n'a jamais été sur aucun état de pension , et qu on ne savait pas, fera un crime de n'être pas continuée, quand on dit : « Monsieur, il faudra voir aux états prochains; si je m'étais «■ trompé , cela serait aisé à réparer. » Car pour celle du mort rayée et donnée aux états de 71 , Coètlogon n'en disconvient pas. Peut-on avoir tort quand on fait voir clairement toutes ces choses ' ? Ah! si M. le chevalier avait une telle cause en main , avec ce beau sang bouillant qui fait la goutte et les héros , il la saurait bien soutenir d'une autre manière que je fais ! Mais peut-on , avec un si bon esprit, fermer les yeux et la porte à cette pauvre vérité? Non vraiment, ma chère comtesse, ce n'est point sur ce chapitre que M. le duc de Chaulnes a tort ; c'est son chef-d'œuvre d'amitié ; i! en a rempli tous les devoirs , et au delà : c'est avec nous qu'il a tort , et qu'il a un procédé qui m'est entièrement incompréhensible : telle est la misère des hommes ; tout est à facettes , tout est vrai , c'est le monde. Ce bon duc de Chaulnes m'a encore écrit de Toulon : il ne cesse de penser à moi, sans y avoir songé un seul moment pendant huit jours qu'il a été à Paris ; pas un mot au roi de cette dépntation tant de fois promise, et avec tant d'amitié et de raison de croire qu'il en faisait son affaire ; pas un mot à M. de Croissi, dont il eimnenait le fils, et qui aurait nommé votre frère : il dit une parole en l'air à M. de Lavardin: mais croyait-il qu'il eût plus de pouvoir que lui pour faire un député ? Nous étions persuadés que c'était après en avoir dit un mot au roi. Enfin il part , il apprend que Lavardin ne tiendra point les états ; il fallait donc écrire. Il va à Grignan, vous lui en parlez ; il semble qu'il ait quelque envie d'écrire, mais cela ne sort point; il m'écrit de Grignan et de Toulon, il ne m'en dit pas un mot. Madame de Chaulnes en doit parler à M. de Croissi , mais ce sera trop tard : la place sera prise par M. de Coëtlogon. Pour M. le maréchal d'Estrées, il ne s'est

• Voyez l'arrêt Ijurlesque donné en la grand'chambre du Parnasse en faveur des maîtres ès-arts , pour le maintien de la doctrine d'Aristole. Œuv^res de P, ai le au.

-- Ce passage est relatif à l'affaire de M. d'Harouïs, trésorier des étals de Bretagne, allié de madame de Sévigné. F.llejustilie ici le duc de Chaulnes aux veux de ki famille de Grignan, (|ui lui donnait tort.

engagé qu'à madame de la Fayette avec une joie sensible , pourvu que la cour le laisse le nidître ; nous étions trop bien de ce côtélà ; mais, ma fdle, nous n'y songeons plus : M. de Cavoie aura la deputation pour sou beau-frère, et fera bien. La bonne duchesse a trop perdu de temps ; elle est timide , elle trouvera les chemins barrés; tout le monde ne sait pas parler. De vous dire que je concilie ce procédé léthargique avec une amitié dont je ne saurais douter, non très-assurément, je ne le comprends pas, ni mon lils non plus: mais notre réselution, c'est d'être assez glorieux pour ne nous point plaindre ; cela donnerait trop de joie aux ennemis de ce duc, ce serait un triomphe. Nous sommes dans ces bois; il nous est aisé de nous laire; il peut arriver des changements pour une autre année: ainsi, ma chère enfant, nous sommes fort aises que vous Tayez reçu si magnifiquement; nous ne rompons nous-mêmes aucun commerce; je dirai seulement le fait, et demanderai à son excellence comment elle a pu faire pour penser sans cesse à nous, et peur nous oublier et s'oublier elle-même. Nous n'irons point du tout aux états, et nous nous moquerons de l'arrière-ban, qui ne nous est bon qu'à nous donner du chagrin. Voilà nos sages résolutions : si vous les approuvez, nous les trouverons encore meilleures. Cependant nous sommes très-sensibles à la perte que vous allez faire de votre aimable Comtat; nous ne saurions trop regretter tant de belles et bonnes choses qui en revenaient , ni vous voir sans peine rentrer dans la sécheresse et l'aridité des revenus. Je sens ce coup tout comme vous, et peut-être davantage; car vous êtes sublime, et je ne lesuispas.

A propos de sublime , M. de IMarillac ' ne fait point mal , ce me semble. La Fayette est joli, exempt de toute mauvaise qualité; il a un bon nom, il est dans le chemin de la guerre, et a tous les amis de sa mère , qui sont à l'infini : le mérite de cette mère est fort distingué ; elle assure tout son bien , et l'abbé =* le sien. Il aura un jour trente mille livres de rente : il ne doit pas une pistole : ce n'est point une manière de parler. Qui trouvez-vous qui vaille mieux , (|uand on ne veut point delà robe? La demoiselle a deux cent mille francs , bien des nourritures; madame de la Fayette pouvait-elle

' René de Marillac, doyen des conseillers d'Élat, mariait Marie-Made^eine deMarillac, sa lille, avec René-Armand Molhier, comte de Ja Fayette, fils puint' de madame de la FayoUc.

» Louis Molliicr. hU]»- de la Fayelle, lils aine do madame de la Favelte.

espérer moins? Répondez-moi un peu , car je ne dis rien que de vrai. M. de Lamoignon est le dépositaire des articles qui furent signés il y a quatre jours entre M. de Lamoignon, M. le lieutenant civil , et madame de Lavardin qui a fait le mariage.

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