‹ Lettres;Chapitre 38 sur 111 · DU COMTE DE BUSSY A MADAME DE SÉ\1GNÉ · texte numérisé non relu

DU COMTE DE BUSSY A MADAME DE SÉ\1GNÉ

A Forléans, ce 21 novembre 1666.

Je fus hier à Bourbilly. Jamais je n'ai été si surpris, ma belle cousine. Je trouvai cette maison belle; et quand j'en cherchai la raison, après le mépris que j'en avais fait il y a deux ans, il me sembla que cela venait de votre absence. En effet, vous et mademoiselle de Se vigne enlaidissez ce qui vous environne, et vous fîtes ce tour-là, il y a deux ans, à votre maison. Il n'y a rien de si vrai ; et je vous donne avis que si vous la vendez jamais , vous fassiez ce marché par

' Gehcsalemme lirebata , cant. V, st. 33.

procureur, car votre présence en diminuerait fort le prix. Eu arrivant, le soleil , qu'on n'avait pas vu depuis deux jours , commença de paraître , et lui et votre fermier firent fort bien l'honneur de la maison ; celui-ci en me faisant une bonne collation, et l'autre en dorant toutes les chambres, que les Christophle ' et les Guy * s'étaient contentés de tapisser de leurs armes. J'y étais allé en famille , qui fut aussi satisfaite de cette maison que moi. Les Rabutins vivants voyant tant d'écussons s'estimèrent encore davantage , connaissant par là le cas que les Rabutins morts faisaient de leur maison. Mais l'éclat de rire nous prit à tous quand nous vîmes le bon Christophle à genoux, qui, après avoir mis ses armes en mille endroits et en mille manières différentes, s'en était fait faire un habit. Il est vrai que c'est pousser l'amour de son nom aussi loin qu'il peut aller. Vous croyez bien, ma belle cousine , que Christophle avait un cachet, et que ses armes étaient sur sa vaisselle , sur les housses de ses chevaux et sur son carrosse. Pour moi , j'en mettrais mes mains dans le feu.

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