‹ Lettres;Chapitre 41 sur 111 · DE MADAME DE SÉVIGNÉ A M. DE POMPONNE · texte numérisé non relu

DE MADAME DE SÉVIGNÉ A M. DE POMPONNE

A Fresnes, ce 1" août 1667.

N'en déplaise au service du roi, je crois, monsieur l'ambassadeur, que vous seriez tout aussi aise d'être ici avec nous, que d'être à Stockholm à ne regarder le soleil que du coin de l'œil. Il faut que je vous dise comme je suis présentement. J'ai M. d'Andillyà ma main gauche, c'est-à-dire du côté de mon cœur; j'ai madame de La Fayette ' à ma droite; madame du Plessis^ devant moi , qui s'amuse à barbouiller de petites images ; madame de Motteville "^ un pçu plus loin, qui rêve profondément ; notre oncle de Gessac ^, que je crain» parce que je ne le connais guère ; madame de Caderousse mademoiselle sa sœur ?, qui est un fruit nouveau que vous connaissez pas , et mademoiselle de Sévigné sur le to i ( . allant et venant par le cabinet comme de petits frelons, h suis assurée, Monsieur, que toute cette compagnie v jurplairait fort, et surtout si vous voyiez de quelle manière or se souvient de vous, combien l'on vous aime , et le chagr iii que nous commencions d'avoir conti'e votre excellence, ou pour mieux dire contre votre mérite , qui vous tient longtemps à quatre ou cinq cents lieues de nous. La dernière

' Françoise de Brancas , mariée à Charles de Lorraine , prince d'Harcourt Son pète, le comte de Brancas, se rendit fameux par ses distractions, et a servi de modèle à La BriiyCre pour le caractère de Ménalque.

2 Auteur de la Princesse de Clèvesi,

3 Madame Duplessis Guénégaud, dame de Fresne.

* Auteur des Mémoires pour servir à r Histoire d'Anne d'Autriche.

* Ceci est un titre d'amitié , car le marquis de Cessac n'était pas pai*ent de madame de Sévigné.

« Claire-Bénédictine de Guénégaud , épouse du duc de Caderousse. ' Elisabeth- Angélique de Guénégaud, depuis femme du comte de Boufflers.

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fois que je vous écrivis, j'avais toute ma tristesse et toute celle de mes amis. Présentement , sans que rien soit changé, nous avons toutes repris courage : ou l'on s'est accoutumé à son malheur, ou l'espérance nous soutient le cœur. Enfin nous revoilà tous ensemble avec assez de joie pour parler avec plaisir des Bavard et des comtesse de Chivergny, et même pour souhaiter encore quelque nouvel enchantement. Mais les magies d'Amalthée' ne sont pas encore en train, de sorte que nous remettons l'ouverture du théâtre pour la Saint-Martin. Cependant le roi s'amuse à prendre la Flandre, et Castel-Rodrigue à se retirer de toutes les villes que Sa Majesté veut avoir. Presque tout le monde est en inquiétude ou de son fils , ou de son frère , ou de son mari ; car, malgré toutes nos prospérités, il y a toujours quelque blessé ou quelque tué. Pour moi, qui espère y avoir quelque gendre, je souhaite en général la conservation de toute la chevalerie.

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