DU COMTE DE BUSSY A MADAME DE SÉVIGNÉ
A Chaseu, ce 7 septembre 1668.
Rien n'est plus généreux que l'action que vous venez de faire , Madame. Oui , je le dirai partout ; mais je ne comprends pas que vous parliez si bien d'un procès. Pour moi, je crois que vous avez eu quelque affaire en Bretagne, qui
VOUS a appris cette langue. Ne trouvez-vous pas que c'est grand dommage que nous ayons été brouillés quelque temps ensemble, et que cependant il se soit perdu des folies que nous aurions relevées, et qui nous auraient réjouis? car, bien que nous ne soyons pas demeurés muets chacun de notre côté , il me semble que nous nous faisons valoir l'un l'autre , et que nous nous entredisons des choses que nous ne disons pas ailleurs.
Il n'est pas difficile de savoir mes sentiments sur le sujet de feu mon Iris : je ne cache guère ni mon amour ni ma haine; mais il faudrait se parler pour tout dire; ce sera un jour la matière de quelques-unes de nos conversations, qui ne sera pas la moins agréable.
Cependant je vous envoie une imitation des remèdes d'amour d'Ovide , qui ne vous déplaira pas : il faut bien s'amuser et se divertir.
Je suis fort aise que M. de Montausier soit gouverneur de M. le dauphin; il n'y a que moi en France que j'aimasse mieux en cette place que lui. Il est vrai qu'il semble que le roi s'excite tous les jours à faire des grâces à cette maison.
Je suis tellement persuadé que mademoiselle de Sévigné sera bien et bientôt mariée, que cette opinion a de l'air d'un pressentiment. Vous m'en direz des nouvelles avant qu'il soit un an. Je suis son très-humble admirateur.