DU MÊME A LA MÊME
A Bussy, ce i6 mai 1669.
J'ai tort , ma belle cousine , non pas de ne vous avoir point écrit sur le mariage de madame de Grignan; car je vous en avais assez témoigné ma joie , mais de n'avoir pas continué notre commerce de lettres; je vous en demande pardon. Si vous saviez combien je me veux de mal d'avoir si souvent tort avec vous, vous ne m'en voudriez point, car vous connaîtriez par là que je ne pèche point contre les principes, et que mon cœur est pour vous comme il doit être. En effet , je suis bien maudit que, voos ayant toujours aimée et estimée assez pour faire la plus grande passion du monde , j'aie passé une partie de ma vie à vous offenser. J'en ai tant de repentir, ma chère cousine , que je ne doute pas que je vous aille aimer éperdument : nous verrons si vous me gronderez pour cela comme vous faites pour le contraire.
Madame de Grignan a raison aussi de se plaindre de moi : c'est à elle à qui je devais , de nécessité , écrire après son mariage, et Je lui en vais crier merci; j'avoue franchement la dette II faut aussi que vous soyez sincère sur le sujet de M. de Grignan : de quelque côté qu'on nous regarde tous deux , et particulièrement quand il épouse la fille de ma cousine germaine, il me doit écrire le premier, car je ne m'imagine pas que d'être persécuté, ce me doive être une exclusion à cette grâce : il y a mille gens qui m'en écriraient plus volontiers , et cela n'est pas de la politesse de l'hôtel de Rambouillet. Je sais bien que les amitiés sont libres, mais je ne pensais pas que les choses qui regardent la bienséance le fussent aussi. Voilà ce que c'est que d'être
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longtemps hors de la cour, on s'enrouille dans la province. Adieu , nia belle cousine; j'ai la plus grande impatience du monde de vous voir ; n'allez pas croire que Paris ait aucune part à cela; venez seulement à Bourbilly, et vous verrez que je ^erai content.