DU COMTE DE BUSSY A MADAME DE SÉVIGISÉ
A Chaseu, ce \3 mai 1670.
J'ai fait votre paix avec votre nièce de Bussy ; mais nous sommes aussi étonnés de ce qui vous a fait souvenir d'elle, lorsqu'on ne vous en parlait pas , que de ce qui vous l'a fait oublier; j'attends ici M. Corbinelli avec une impatience extrême. Nous en dirons de bonnes. Que n'ètes-vous en tiers ; j'entends ici avec nous deux, car à Paris nous n'y serions pas si à l'aise. Vous êtes trop distraits, vous autres gens du monde; vous n'appuyez pas sur les plaisirs , comme nous autres ermites ; vous ne les prenez qu'en courant , et cela fait qu'on n'en a pas tant avec vous. Après sept ou huit jouis de séjour, nous yous laisserions retourner dans votre chaos , car nous savons que la nature se plait dans la diversité.
Le voyage de M. de Grignan en Provence pourrait bien raccommoder madame de Grignan avec moi. Je vous déclare que je ferai toujours la moitié du chemin. J'oublierai aisément toutes les amitiés qu'elle a faites à son mari , et même sa grossesse, pourvu que je voie quelque apparence d'une meilleure conduite à l'avenir. A moins que cela, je ne l'aimerai que malgré moi, car je ne saurais m'empécher de l'aimer. Adieu, ma belle cousine; écrivons nous souvent, et badinons toujours. Nous sommes bien meilleurs ainsi que d'autre manière.