‹ Lettres;Chapitre 82 sur 111 · DU COMTE DE BUSSY A MADAME DE SÉVIGNÉ · texte numérisé non relu

DU COMTE DE BUSSY A MADAME DE SÉVIGNÉ

A Chaseu, ce !•' février t67f.

Je viens de recevoir votre lettre et le mémoire de notre maison, dont je vous rends mille grâces et à monsieur l'abbé. Les pièces que vous avez, avec les miennes, fout toutes les preuves que nous pouvons souhaiter, car, quoique votre cadet, j'en ai bien plus que vous.

Je suis bien aise, ma chère cousine, que vous approuviez le dessein de mon histoire généalogique ; vous verrez un jour ce que j'en ai fait , et vous louerez encore plus mon entreprise que vous ne faites.

Mais ne sauriez-vous vous corriger de reparler toujours du passé quand il est désagréable?

Vous me mandez que vous voudriez que je n'eusse ja-

inuis fait d'autre histoire que celîe de notre maison, et en suite du chagrin que vous témoignez du mélange des noms de Rabutin et de Duval, vous me dites que vous auriez eu une grande joie si j'avais voulu faire de mon nom tout ce qui était en mon pouvoir. Je n'ai que deux mots à vous dire là-dessus, sans entrer avec vous dans le détail de ma justification : ou je suis coupable et me suis attiré ma mauvaise fortune, ou seulement malheureux. Si c'est celui-ci, vous êtes injuste de me rien reprocher , et si je suis coupable, il est malhonnête à vous, dans tous les temps, de me le dire, mais particulièrement quand je suis accablé de persécutions. Personne que vous ne me parle ainsi, et si mes ennemis le disent quelquefois, je suis assuré qu'ils ne le pensent pas.

Je vois bien que c'est le départ de madame de Grignan qui vous met en méchante humeur; mais je remarque que vous avez, à point nommé, quand vous m'écrivez, des occasions de picoiterie dont je me passerais fort bien. Regardez s'il vous serait agréable que je vous redisse souvent que si vous aviez voulu, on n'aurait pas dit de vous et du surintendant Fouquet les sottises qui s'en dirent après qu'il fut arrêté; je ne les ai jamais crues , mais aussi je ne vous ai pas donné le chagrin de les entendre. Je vous prie donc, ma chère cousine, d'avoir les mêmes égards pour moi que i'ai pour vous ; car, quoique je ne puisse jamais m'empêcher de vous aimer , je n'aimerais pas que toute notre vie se passât en reproches et en éclaircissements ; c'est tout ce que nous pourrions faire s'il y avait de l'amour sur le jeu.

L'aventure de notre cousin n'est ni belle ni laide : la maîtresse lui fait honneur, et le rival de la honte.

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