‹ Lettres;Chapitre 84 sur 111 · AU COMTE DE BUSSY · texte numérisé non relu

AU COMTE DE BUSSY

Paris, le <C février <674.

Mon Dieu, mon cousin, que votre lettre^ est raisonnable , et que je suis impertinente de vous attaquer toujours ! Vous me faites voir si clairement que j'ai tort , que je n'ai pas le mot à dire; mais je suis tellement résolue de m'en corriger, que quand nos lettres désormais devraient être aussi froides qu'elles sont vives , il est certain que je ne vous donnerai jamais sujet de m' écrire sur ce ton-là. Au milieu de mon repentir, à l'heure que je vous parle, il vient

« La lettre du \" février.

encore des aigreurs au bout de ma plume ; ce sont des tentations du diable que je renvoie d'où elles viennent. Le départ de ma fille m'a causé des vapeurs noires; je prendrai mieux mon temps quand je vous écrirai une autre fois, et, de bonne foi, je ne vous fâcherai de ma vie.

Encore une fois, j'aime fort que vous vous amusiez à notre belle et ancienne chevalerie ; cela me fait un plaisir extrême. L'abbé ( de Coulanges) yous prie de lui faire part de votre dessein : il a fait une litanie des Sévignés, il veut travailler à nos Rabutins; écrivez-lui quelque chose qui puisse embellir son histoire. Je ne trouve rien de si proche que d'être d'une même maison; il ne faut pas s'étonner si l'on s'y intéresse , cela tient dans la moelle des os, au moins à moi. C'est fort bien fait à vous d'avoir tous nos titres ; je suis hors de la famille, et c'est vous qui devez tout soutenir.

Adieu, mon cher cousin; écrivons-nous un peu sans nous gronder, pour voir comment nous nous en trouverons. Si cela nous ennuie , nous serons toujours sur nos pieds pour nous faire quelque petite querelle d'Allemand, sur d'autres sujets, cela s'entend. Ce qui me plaît de tout ceci, c'est que nous éprouvons la bonté de nos cœurs, qui est inépuisable.

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